lundi 26 janvier 2015

Video : White Fence en session Moonlight Motel (Psych Pop)




White Fence. Pas d'article anachronique pour ce lundi, mais une belle session vidéo de White Fence. Son dernier album, For The Recently Found Innocent, s'est hissé à la 7ème place des meilleurs albums de 2014 (classement). On l'a depuis entr'aperçu avec le titre "Nero", mais c'est aujourd'hui l'une des premières fois qu'il revient interprété (en partie) son opus.

Enregistrée à Los Angeles en novembre 2014, cette session vidéo fait la part belle à trois morceaux : "Beat", "Sandra" et "Make Them Dinner at Our Shoes". Le premier est une sorte de ballade pop qui joue aux montagnes russes avec une guitare pleine de couleurs. Plus long morceau de la session, Tim Presley démontre une nouvelle fois qu'il est le roi du psychédélisme . Toujours en utilisant ses nombreux patchworks, il délivre une nouvelle version très séduisante de "Beat" (titre issu de Cyclops Reap). Vient ensuite "Sandra", qui est tout particulièrement réussi. On y retrouve ce même groove qui avait fait de ce morceau le meilleur de son opus (par ailleurs classé 5ème meilleur titre de 2014, ici).

La session de conclut finalement sur "Make Them Dinner at Our Shoes", un autre titre de Cyclops Reap. On tombe alors en plein dans de la bedroom pop, l'occasion pour moi de vous annoncer que le nouvel opus de Murals (créateurs du Colorcast) paraîtra en 2015. White Fence y délaisse un peu l'aspect jazzy de ses dernières compos' pour nous distraire calmement. Pari réussi. En espérant maintenant qu'il revienne dès 2015...





(mp3) White Fence - Arrow Man (version studio)


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Interview de Tim Presley par Still in Rock

jeudi 22 janvier 2015

The Colorcast # 12




The Colorcast. L'œuvre de Murals est de retour sur Still in Rock. Le premier Colorcast de chaque année est toujours un événement, l'assurance d'une nouvelle traversée en bécane de l'Amérique des Beat. Entrecoupé d'un monologue inquiétant sur la découverte de l'espace, ce nouvel épisode laisse place à de nombreux sons analogues. Introduit par la voix chaleureuse de Michael Chapman, il fait également la part belle à la magie de plus grands songwriters, à l'image de Sam Cooke et Robert Wyatt. Le Colorcast, c'est une musique qui impose de prendre son temps, d'apprécier son environnement et de partager. Merci à Rob pour avoir mixé ce nouvel instant de magie.

The Colorcast. Murals' work of art is back on Still in Rock. Each year new Colorcast is always an event, the certainty of a new biking moment across the Beat Generation America. Interspersed with a worrying monologue about the space discovery, this new episode leaves room for many analog moments. Introduced by the warm voice of Michael Chapman, it also gives pride to the magic of the greatest songwriters such as Sam Cooke and Robert Wyatt. The Colorcast is a music about taking the time to appreciate our environment. And sharing. Thank you Rob for having mixed this new moment of magic.



1.  You Say - Michael Chapman  (1:01)
2.  Tomorrow - Lee Jung Hwa (5:15)
3.  Out of Mind - Jack Name  (9:18)
4.  Venus - Sam Cooke  (14:03)
5.  Flutter - Maston  (16:57)
6.  Sun - Margo Guryan  (19:51)
7.  I Thought the World of You - Lewis  (22:22)
8.  She Comes Running - Lee Hazelwood  (24:49)
9.  At Last I Am Free - Robert Wyatt  (27:00)
10.  1999 - Freedom's Children  (31:14)



(mp3) The Colorcast #12


Link:
Link to ALL Colorcast

mercredi 21 janvier 2015

EP Review : Cardboard - EP II (Dream Pop-Folk)




Cardboard. Depuis le premier article sur le groupe, Jonathan (dont Cardboard est le projet solo) et moi sommes devenus amis, et critiquer la musique d'un ami est toujours difficile. Toujours ? Presque toujours ! Lorsque les mots ne peuvent être trop élogieux parce que la musique proposée est assurément d'exception, un certain relâchement (soulagement) apparaît.

Après un premier EP absolument magnifique paru en 2013 (pour rappel, le titre "Card" se classait 3ème meilleur titre de l'année (ici), et l'EP 5ème meilleure sortie (ici)), Cardboard est enfin de retour avec son EP II. Les trois morceaux qui le composent ont été enregistrés avec l'aide de Jason Quever (du groupe Papercuts). Le processus fut simple et presque indolore : "We recorded the songs onto 2 inch tape over the course of three sunny days in November". L'ambition qui se cache derrière cet EP est de créer une connexion avec ses amis, d'avoir quelque chose à leur montrer, de leur témoigner une affection. Jonathan avoue volontiers avoir eu en lui plus d'émotions qu'une "freshman girl" lorsqu'il a composé ces morceaux. Et on ressent immédiatement que ces titres sont d'une fragilité toute particulière, cette même fragilité qu'il n'y avait pas sur le premier EP. En cela, les nouvelles créations de Jonathan me font souvent penser au génie de Chris Bell. C'est désormais comme cela que je conçois la musique de Cardboard : un nouveau Chris Bell, intégré en 2015, et qui n'oublie jamais de se détacher des figures légendaires.

Alors, que nous réserve cet EP ? Le premier titre, "Snow White", est une ballade de pop façon seventies, comme si le temps n'était jamais passé depuis l'époque de Big Star. Du haut de son Cosmos, je ne doute pas que Chris soit fier de constater la portée de son influence sur la scène. Comment ne pas imaginer que ce morceau eut été un grand titre de la mouvance Glam Pop, un hit pour les Paul Collins et autre Chilton. En fait, "Snow White" nous extrait immédiatement de notre environnement. On se retrouve plongé en plein dans l'univers de Cardboard, là où la musique rime toujours avec mélodie. Une fois encore, c'est la pleine sincérité de Jonathan qui fait de ce morceau un hymne à la vie.

Vient alors "Julia", un titre qui prend le meilleur d'Icewater pour nous délivrer quasi trois minutes en tout point exceptionnelles. "Julia" ne manque pas non plus d'évoquer le Beck de l'album One Foot in the Grave. On y voit cette même volonté de montrer patte blanche, de s'exposer et de se soumettre à son auditeur qui se place plus comme un ami que comme un juge. La voix de Jonathan a quelque chose de plus, peut être est-ce la pureté que tous recherchent. Et puis, chers lecteurs, les plus fidèles d'entre vous reconnaîtront nécessairement "Different Drum". Still in Rock avait publié la démo de ce morceau en juillet 2013 (article). Le titre conserve toute sa force originelle, un grand coup de chapeau doit être tirée à Jason Quever qui a su le sublimer d'avantage. "Different Drum" s'impose comme le titre plus groovy, en cela plus proche de son premier EP.

Alors voilà, ces trois morceaux font indéniablement parties des titres les plus magiques et les plus enchanteurs que j'ai eu l'occasion d'entendre depuis de long mois. Une fois encore, au risque de me répéter (avec le tout premier article sur Cardboard), il y a des artistes qui font que je prends autrement plaisir à écrire, ce sont les moteurs de Still in Rock, le moteur de ce pourquoi je continue et continuerai toujours à rechercher de la musique. Cardboard est un de ces rares artistes. A l'occasion de mon Live Review sur Cardboard, je me confiais ainsi : "J'étais venu à Brooklyn avec l'idée en tête de voir évoluer un futur grand groupe depuis ses débuts : le candidat idéal est tout trouvé". Depuis, Jonathan s'est consacré au développement du groupe Icewater (article). Cardboard en a un peu pâti, et il n'est toujours pas ce grand que j'évoquais. Ou du moins, il n'est pas encore reconnu comme tel, car la musique qu'il produit fait partie de la meilleure que je connaisse. Et il se murmure déjà qu'un nouvel EP soit prêt à être dévoilé... Je décrète alors 2015 l'année de Cardboard.


(mp3) Cardboard - Snow White
(mp3) Cardboard - Julia


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mardi 20 janvier 2015

Video : Thee Maximators - Black Eyes (Garage Rock)




Thee Maximators, enfin le retour sur Still in Rock. Ce groupe de garage français a déjà fait l'objet de nombreux éloges, ici et . Pour varier un peu, celui du jour sera double. Thee Maximators vient de faire paraître une nouvelle vidéo, et c'est en effet là que l'on s'agenouille : le titre mis à l'honneur, "Black Eyes", est non seulement un véritable killer dont on notera qu'il est parfaitement produit (on l'avait déjà entendu de nombreuses fois en live, à en faire saigner un cochonou), mais il est également accompagné d'une vidéo franchement splendide. 

"Black Eyes", c'est le premier single du premier album des Maximators, Hour Glass, qui paraîtra en avril prochain via Black Totem. Sur fond de lutte pour la sagesse entre un lion et des aigles (je cite le chanteur, "ça fait un peu rasta mais bon, c'est surtout inspiré de proverbes de William Blake"), ce titre est surtout l'occasion de se rappeler à quel point le son des Maximators est sanguinolent. Et puis, pour la première fois, les Maximators nous évoquent l'énergie très nineties et surtout très Washington D.C. des Fugazi. Le fait est que la structure du titre est easy-going, que la voix d'Arsène semble en avoir tellement en réserve que l'on redouterait presque son explosion et que le son de la batterie (hi Hugo) est si brut qu'il nous ramène à la pureté des premiers groupes de Garage.

Quant à la vidéo, elle est l'œuvre de Pacôme Gabrillagues, artiste qui fait d'habitude dans la vidéo de skate façon early MTV. Inutile de trop la commenter, je ne saurai que trop vous conseiller de cliquer sur le petit play juste en bas et de vous laisser embarquer dans un univers façon Arcade Neo Legende passée en noir et blanc. Le résultat se regarde en plein écran (1080p), un bon casque sur les oreilles. 

Enfin, quelques nouvelles du front. Le groupe a fini de mixer/masteuriser l'album avant-hier. Cet opus contiendra neuf titres, et tout porte à croire (...) qu'il puisse s'imposer comme l'un des meilleurs premiers albums de 2015 (en fait, je peux déjà vous confirmer qu'il en sera). Ah oui, j'oubliais, le groupe a maintenant un bassiste à ses côtés, Lou. En bref ? Thee Maximators, plus que jamais, continue d'être l'enfant prodige de la scène française, et son arrivée chez les (très) grands ne saurait tarder.




(mp3) Thee Maximators - Black Eyes


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Article de présentation des Maximators
Lien vers tous les groupes français sur Still in Rock

lundi 19 janvier 2015

Réédition : Kim Fowley (Psych Garage)




Cet article est une réédition (revue et corrigée) de celui paru le 14 juillet 2014 (lien)
A la mémoire de Kim Fowley, décédé ce 15 janvier 2015...


Kim Fowley, le Dorian Gray du Rock'n'Roll. Kim Fowley, c'est LE curriculum vitæ le plus impressionnant de l'ensemble des articles anachroniques. Tenez-vous bien. Outre une quarantaine d'albums solos, Kim Fowley est surtout remarquable pour avoir d'une manière ou d'une autre lancé : The Runaways, les Stooges, les Modern Lovers, Kiss, Phil Spector, les Them, Cat Stevens, les Soft Machine, KISS, Alice Cooper...

Il été ami de fac avec Nancy Sinatra et Bruce Johnston (Beach Boys), il a aidé les Flamin' Groovies à écrire Teenage Head, aura participé au premier opus de Frank Zappa, aura assisté le bassiste des Byrds, aura travaillé dans la sex industry de Los Angeles, aura participé à la bande-son de American Graffiti, aura réalisé ses propres films... Il aura également créé la maison des musiciens camés, sorte de lieu d'accueil pour les musiciens sans argent. Keith Moon des Who, Jim Morisson, Jefferson Airplane, les Seeds, Steppenwolf... autant d'artistes qui y sont passés à leurs débuts (voir l'Interview de Kim Fowley). Et malgré tout ça, il continue de se surnommer lui-même le Lord of Garbage. My Gosh !

Vous l'aurez compris, il faudrait que Still in Rock consacre un mois entier à Kim Fowley pour couvrir son influence sur la scène mondiale. Il n'est même pas sur que la tache soit réalisable. Alors, plutôt que courir après l'impossible, concentrons nos forces sur l'un des tout premiers LP de Kim Fowley, j'ai nommé Outrageous, paru en 1968 sur Imperial Records.

"Animal Man", le premier titre de cet album, est l'introduction idéale à Kim Fowley. Super catchy et à peine psychédélique, Kim se cache encore un peu même s'il résume déjà tout en deux phrases : I'm the Devil, I'm a Pig. Les longs solos de guitare et le son bluesy qui en ressort fait de ce titre un petit exploit à lui tout seul. La Blank Generation de Richard Hell s'est bâtie sur ces quelques secondes. "Wildfire" est beaucoup plus classique rock, on croirait avoir affaire à un vieux Clapton de la grande époque (bien que toutes les époques soient grandes avec Clapton). A little faster please, a little lourder, Kim Fowley rend déjà fou. What bothers you about everything? demande-t-il. Reality répond-il. Et puis de rajouter : I'm Not Crazy. A ce stade, nous avons déjà des doutes. La vraie face de Kim Fowley vient d'être exposée au grand jour : il a des dents longues et la peau blanche.

"Hide And Seek" est le seul titre instrumental de l'album. C'est fou comme on croirait entendre la voix de Kim. Peut-être le surnom de ce morceau est-il Jackie Brown. "Nightrider", dans un genre semblable, aura donné des idées à Jon Spencer Blues Explosion. On y aime particulièrement les paroles, si si. Cette première moitié d'album est décidément super dynamitée, pas une seconde de répit (pas non plus dans la deuxième), chaque riff semble être là pour nous enfoncer un peu plus dans une allure de Blues Garage.

Vient ensuite "Bubble Gum". Un des All Time classiques de Kim Fowley. Et cette fois-ci, les ressemblances avec Chain and The Gang semblent plus que jamais évidentes. Plus beau solo de l'album, "Bubble Gum" laisse déjà entre apercevoir l'amour que Kim Fowley portera plus tard à la Power Pop (il produira tant de grands groupes du genre). "Inner Space Discovery" est un morceau plus déjanté qu'il n'y paraît. C'est dire. Côté musique, l'Inner Space ne semble plus avoir aucun secret. Côté parole... the short hair people of America are truly the aliens of society. All long hair stay together, oh brothers. Assez étonnamment, "Barefoot Country Boy" enchaîne immédiatement après sur des airs de rock fifties qui ont du faire plaisir à Phil Spector. 

"Caught In The Middle" se résume à un voyage en enfer où Kim Fowley assène en permanence : is there a drummer in hell? La marche funèbre qui compose la dernière minute est à la hauteur des créations les plus psychédéliques de Vanilla Fudge. "Down", l'un des titres les plus psychés de l'album, fait finalement apparaître son Lord of Garbage. Ecoutez ce morceau une fois la nuit tombée, vous n'oublierez pas l'expérience. Et puis, avec "California Hayride", nul doute que Kim Fowley a bien travaillé dans la X industrie et qu'il est bien FOU.

Outrageous est un exemple parmi tant d'autres (voir aussi son titre "The Trip" ci-après) de ce qu'est le génie de Kim Fowley, son seul LP à avoir intégré le Billboard 200. Outrageous, c'est une apologie du rock'n'roll. Une des premières véritables apologies... Kim Fowley dépasse les limites dans tous les domaines. Son rock'n'roll, le rock'n'roll, y est sale et délabré. Me revienne en tête les propos de Lux Interior des Cramps qui disait que le rock'n'roll est la seule musique déterministe, en cela qu'elle permet de faire le tri entre ceux qui y adhérent et ceux qui la rejette, car trop violente et trop directe, à la différence de la Pop ou de la Folk qui tendent (au minimum) à rassembler. Le rock ne rassemble pas, il fraie son chemin dans la foule, séparant en deux clans les amateurs des mécréants. Kim Fowley était de ceux qui formaient le mur de séparation.

Cet homme n'est peut-être pas humain. On doute par défaut que les plus grands noms de l'Histoire du Rock le soient. Mais Kim à de quoi faire porter des soupçons tout particuliers. Influencer l'histoire de la musique avec tant de brio et d'évidence relève assurément de ce que certains appellent... DIEU (et Dieu ne meurt jamais, qu'on dit).


(mp3) Kim Fowley - The Trip (1965)

(mp3) Kim Fowley - Animal (1968)


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vendredi 16 janvier 2015

EP Review : Ty Segall - Mr. Face (Garage Psych Pop)




Aujourd'hui, Kim Fowley est mort. C'est avec une immense tristesse que je pose ces quelques mots sur le papier. Je me réconforte en me disant que le futur est déjà brillant. Merci Ty Segall

On a beau dire, on a beau faire, Ty Segall trouve toujours moyen à nous surprendre.  Je le disais déjà dans l'article sur "Mr. Face" (ici), 2015 ne sera pas l'année du grand étonnement : Ty Segall continue de survoler la scène, de très haut. Chaque nouvelle sortie est l'occasion de visiter une nouvelle pièce de son talent. Le manoir est aussi grand que l'Oheka Castle.

Still in Rock a déjà tant écrit sur Ty Segall que le risque de se répéter paraît être inévitable. Je ne l'éviterai donc pas. Oui, Ty Segall est un génie, oui, ce mot doit être employé avec précaution, et oui, Mr. Face pourrait bien être son meilleur EP. Ty y joue tous les instruments, à l'exception de la batterie sur un morceau. Un nouveau statement.

"Mr. Face", chroniqué sur Still in Rock la semaine dernière (ici), est ce titre proche de Sleeper qui nous rappelle toute la force Folk de Ty Segall, musique pour le peuple. Le deuxième morceau est "Circles". L'introduction de ce titre nous procure une fois encore la montée d'adrénaline que chaque morceau de rock'n'roll devrait créer. Mais c'est finalement dans un univers proche de celui de White Fence 2014 que Ty Segall évolue. "Circles", c'est l'analyse d'une relation amoureuse, un titre qui pousse également à la réflexion.

C'est alors au tour de "Drug Mugger" d'injecter un peu de rock'n'roll. Nous y sommes confrontés à un nouveau dilemme. Chaque instrument semble avoir le leading roll, l'introductieon laisse présager une batterie en force, puis une base proéminente apparaît, et les guitares (toujours ce doux mélange d'électrique et d'acoustique) fait ensuite des siennes. Au final, la force de "Drug Mugger" s'en trouve décuplée, chaque note semble être le temps fort de ces 3 minutes. C'est, à mon sens, le meilleur titre de cet EP, ce qui en dit long sur sa qualité. Mr. Face se conclut finalement avec un "The Picture" plutôt très élégant. Sur un terrain qui ressemble un peu à celui de Manipulator, maniant l'art du psychédélisme avec justesse, Ty Segall nous régale d'un nouveau titre à intégrer toutes les meilleures playlist de 2015. En bref, Mr. Face est un nouveau BAM. Et pour assumer pleinement la répétition, oui, Ty Segall est le meilleur artiste des années 2010'.



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jeudi 15 janvier 2015

Session KEXP : Thurston Moore (Alt Rock)




Thurston Moore. Ça faisait longtemps que Still in Rock n'avait pas écrit sur une session KEXP. Celle-ci n'est pas celle de n'importe qui. Thurston Moore, l'ancien leader de Sonic Youth, a fait paraître un excellent album en 2014, chroniqué ici même. Quelques jours avant que l'article ne paraissent sur Still in Rock, Thurston Moore était à Seattle, dans les célèbres locaux de la radio. L'intérêt de cette session est double : les KEXP sont toujours d'excellentes factures, un art de filmer, de capter le son et de créer une ambiance que personne d'autre ne sait reproduire. Et puis, Thurston Moore est un artiste visuel, parce qu'extrêmement technique et généreux.

La session s'introduit sur "Germs Burn". Dernier titre de la maquette de The Best Day, il est trouve ici absolument sublimé. James Sedwards en sort un excellent solo avant que Thurston ne vienne y injecter son éternel son expérimental, un véritable poison. "Detonation" enchaine tout de suite après. Le début est un peu lent, mais la montée en puissance en fait une sorte de rock alternatif Sonic Youth-ien qui ne peut pas laisser insensible. C'est le titre qui se rapproche le plus du groupe précité. Alors, comment résister ?!

Vient ensuite l'interview. Il y évoque son travail avec Beck sur Demolished Thoughts (2011). Et puis, il décrit The Best Day en seulement quelques mots : "Sonic, No-Wave, Guitar, Rock Music". Tout est là. Il consacre alors quelques instants à évoquer comment il a formé son groupe pour la tournée du Best Day. Après quelques mots sur son amour inconditionnel pour Londres, la musique reprend finalement.

Il reste alors deux titres, les deux choisis par Still in Rock à l'occasion du premier article sur l'album. Accrochons-nous. "Speak To The Wild" s'étale longuement, de quoi nous laisser le temps de penser, d'apprécier le moment, et de se dire que les musiciens qui accompagnent Thurston Moore sont des virtuoses, et que ça fait plaisir à voir (et entendre, cela va sans dire). La technique de cette formation est véritablement mise au service de sa musique. Thurston a toujours expérimenté et continuera toujours à le faire. Le final de ce titre eut été impossible sans toute cette maitrise. Comment fait-il pour ne pas tomber dans le ridicule des groupes seventies qui concevaient la musique comme un exercice de démonstration ? Mystère. Vient enfin "The Best Day". Dès l'introduction, l'adrénaline monte d'un cran et l'on sait déjà que Thurston ne nous lâchera pas la grappe. Le studio de KEXP semble se noircir soudainement. Une nouvelle fois, "The Best Day" s'impose comme un modèle absolu pour tous ceux à la recherche d'une technicité capable de les aider à développer un son qui leur soit propre. James Sedwards fait une nouvelle démonstration. C'est une des meilleures sessions KEXP jamais enregistrées.

En bref ? Thurston Moore, c'est le niveau au-dessus.



mercredi 14 janvier 2015

Still in Rock présente : Washer (Garage Punk Pop)




Washer. Il faut toujours qu'il y en ait un, le groupe qui est passé à travers les mailles du filet et qui aurait sinon intégré le top de l'année écoulée. Après tout, qu'importe, l'important est d'avoir réussi à mettre la main dessus me direz-vous (hein, hein ?!).

Washer, c'est un groupe New Yorkais qui a fait paraître son premier EP en 2014. Bighead EP est composé de 5 morceaux. C'est par "Jerk Party" que j'ai découvert le groupe, et c'est par "Jerk Party" que j'y reste scotché. Le son rebondi inlassablement. On retrouve ce son même saccadé sur "Fleas". Le groupe y rappelle l'aspect brut et toujours surprenant de Pavement. La guitare se place rarement là où on l'attend, ce morceau est en tout point excellent. On ne s'éloigne pas trop des mêmes références avec "Bass 1", plus proche de Silver Jews (le groupe vient d'ailleurs d'annoncer sa reformation). Le titre explose parfaitement lorsque nous oreilles l'attendent. "Miles of Sleep" conclut sur des notes plus vives. Une nouvelle fois, Washer fait preuve d'une maitrise absolue. Clairement un modèle du genre. 

Les membres de Washer sont également impliqués dans deux autres projets, Big Ups et Flagland. Big Ups a récemment fait paraître un 7inch qui contient les deux morceaux suivants, "Rinse & Spit​​" et "Rot". Le premier est plus Punk que les précédents, dans un style similaire à celui de Parquet Courts. Seulement, son final le démarque clairement, donnant à ces quelques secondes la touche Big Ups que l'on aime déjà. Le deuxième cité, "Rot", passe également en force. Si je crois préférer les titres de Washer, force est de reconnaître une nouvelle fois l'efficacité de ce dernier. Le final est d'excellente facture, flirtant avec un noisy Sonic Youth-ien

Flagland est un projet plus concis qui me rappelle la force de Guided by Voices tant les titres s’enchaînent rapidement et contiennent de belles mélodies. Certains de ces morceaux sont très convaincants, à l'image de "Searchers". Love Hard, le dernier album du groupe, contient 20 titres, et voici le tri que j'en fait : on garde "Not a Joke" pour son aspect Dinosaur Jr., "Time #3" pour ses ressemblances avec Robert Pollard, même raison pour "It's Your Time", et "Mosquito Bite" parce que c'est quand même au dernier titre bien cool.

Au final, ces mecs-là multiplient les projets et les bonnes idées. Pour l'heure, Washer demeure un ou deux crans au-dessus, mais il faudra garder Big Ups et Flagland à l'esprit. En attendant, on se dit que l'on vient quand même de mettre la main sur quelques morceaux géniaux. Affaire à suivre, de très près.


(mp3) Washer - Jerk Party
(mp3) Washer - Fleas


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Bandcamp
Article sur Parkay Quarts

mardi 13 janvier 2015

Still in Rock présente : Ladywolf (Garage Pop)




Ladywolf est un groupe originaire de Portland (Oregon), formé en novembre 2013. L'ensemble des titres du groupe sont créés et enregistrés par Nik Barnaby, à la façon d'un projet solo, mais c'est bel et bien un groupe complet qui vient sur scène défendre chaque soir (ou presque) cet album. Les membres de Ladywolf se distinguent notamment par leur jeune âge, eux qui sortent à peine du lycée. Cela ne les empêchent pas de délivrer un son Garage intéressant qui peut prétendre a bien plus.

Le troisième EP du groupe, Babes, est paru le 15 décembre dernier via Resurrection Records. Il contient 6 morceaux qui oscillent entre Garage Rock, Punk et petites avancées psychédéliques. Décrit comme étant 'A collection of songs (mostly) about babes', il ne fait aucun doute que l'on y trouve largement de quoi s'amuser !

"Meat Wallet", en introduisant un peu de gore façon Slacker dans l'univers du groupe, débute l'EP avec brio. "Dab Dungeon" se rapproche gentiment de Nobunny. Quant à l'introduction de "About Melody", cette dernière pique forcément notre curiosité. Sur le terrain de la Garage Pop, il s'avère être un bon titre du genre qui rappelle notre Travel Check national. Le reste de l'EP est plus générique, mais je ne doute pas que le temps saura révéler une touche plus distincte.

Ce billet ne serait être complet sans brièvement évoquer Vamp Queen, deuxième EP du groupe paru en mars 2014. On y trouve notamment un "Internet Puke" qui prête à sourire et un titre de plus de 8 minutes, "Marceline The Vampire Queen". Ne vous en privez pas ! La ville de Portland délivre finalement assez peu de groupes de musique de qualité. Ladywolf est un ajout non-négligeable. 




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lundi 12 janvier 2015

Anachronique : The Cramps (Psychobilly)




The Cramps, c'est avant tout une rencontre, celle de Lux Interior et Poison Ivy, le jour où le premier a pris la seconde en auto-stop. Bryan Gregory se joindra rapidement à eux, collègue de Lux Interior dans un magasin de vinyles. Et puis, la sœur de Lux, Pamela, qui ne savait pourtant pas jouer de la batterie, viendra vite renforcer les rangs. Cette dernière (re)partira rapidement et sera remplacée de nombreuses fois. Les débuts des Cramps seront chaotiques, des lives où les guitares n'étaient pas accordées (au CBGB), des départs tumultueux... Et puis, les Ramones les soutiendront, ce qui aboutira à la parution d'un album en 1980, Songs the Lord Taught Us, produit par ni plus ni moins que l'immense, le génial, le fabuleux Alex Chilton. C'est alors que Kid Congo Powers, l'ancien guitariste du Gun Club, rejoindra le groupe à son tour.

Les Cramps, c'est du Psychobilly, ce drôle de mélange entre du rockabilly, un peu de Punk version '77 et beaucoup de trash façon série B. Mais avant tout, les Cramps, c'est du rock'n'roll, une expérience. Lux Interior le disait lui même, le rock'n'roll est une urgence, une sorte de folk musique fondée sur le blues, exactement ce qu'est celle des Cramps. La musique des Cramps en devient presque un mode de vie, celui du trash, celui de l'exubérance, celui du no-limit. Les Cramps, c'est aussi le sexe dans la musique. Cette musique qui explique à quel point le rock'n'roll est un art sexué. Et puis, les Cramps, c'était deux leaders charismatiques, un homme et une femme. Ils avaient l'art de la provocation en eux, l'un avec ses pantalons en cuir moulants, l'autre avec ses robes en dentelles. Les deux formaient l'un des couples les plus provocateurs de la scène. 

Songs the Lord Taught Us s'introduit sur la marche militaire de "TV Set". On y comprend bien quel est tout le paradoxe des Cramps, un esprit punk dans un style à la Elvis. Le rockabilly, le garage punk et le psychédélisme, tout est déjà là. Le zombie de Buddy Holly fait son apparition sur "Rock on the Moon". Et puis, le Psychobilly des Cramps connait son heure de gloire avec "I Was a Teenage Werewolf". Dans une version plus temporisée, le groupe parvient à canaliser sa folle énergie pour la mettre au service d'un titre grandiose. Une fois de plus, la batterie y est très minimale, ce qui ne manque pas de rajouter à l'effet brut de ce morceau. Et puis, le refrain, façon Dick Dale désincarné, a de quoi faire danser sur la tombe de ce bon vieux Chuck Berry. "Zombie Dance" transmet indéniablement la même envie.

Les Cramps donnent dans le psychédélisme avec "Sunglasses After Dark". Le titre est également plus Punk que les précédents. C'est un autre paradoxe de la musique des Cramps. Un "The Mad Daddy" plus loin arrive "Mystery Plane", à mon sens l'un des quatre ou cinq grands morceaux de cet opus. "What's Behind the Mask", la question que l'on se posera toujours à l'égard de Lux Interior, vient ensuite remuer plusieurs de nos neurones. "I'm Cramped" (hello Druggy Pizza) est un énième hit de cet album. J'en profite pour rappeler que si les Cramps ont choisi ce nom, c'est avant tout parce qu'il évoque une douleur vive et intense. "I'm Cramped" la rappelle à nous avec un plaisir comme légèrement masochiste. On conclut finalement avec "Tear It Up", l'ultime combinaison des dépouilles d'Elvis et Dick. On s'arrête avec "Fever", une superbe reprise du titre originalement composé par Eddie Cooley et John Davenport. 

Cette fois-ci, je n'aurai pas de mal à démontrer l'influence du groupe (ana)chroniqué sur la scène actuelle. La combinaison du gore et du rock'n'roll se porte bien, Nobunny et compères se chargent chaque jour de nous le rappeler. Les White Stripes et autre Jon Spencer s'en réclament également. Et puis, les Cramps avaient à cœur de sexualiser le rock'n'roll, rappeler le côté primaire d'une musique qui tape fort. Pari réussi, le débat sur la place du sexe dans la musique n'en finit pas de faire rage (voir, par exemple, l'existence de She Shreds Magazine, espace dédiée aux seules guitaristes féminines).

Bien entendu, la discographie des Cramps est extrêmement riche, et il serait criminel de s'en arrêter à Songs the Lord Taught Us. Mais le criminel était de l'ADN des Cramps, et à devoir commencer (continuer et finir) avec les Cramps, autant se porter vers leur meilleure création, la plus authentique, celle qui demeure la plus brutale de toutes. La 'Bad Music for Bad People' des Cramps y brille de mille feux. 




(mp3) The Cramps - Fever (1980)


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