vendredi 31 octobre 2014

Lester Bangs et réflexions sur le rock et la critique

 



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Chers lecteurs, les amis, c’est avec joie (et émotion) que Still in Rock introduit une nouvelle rubrique : "Lester Bangers". Parti du constat que le rock’n’roll est tout autant une pensée qu'une écoute, l’idée s’est petit à petit forgée de vous présenter quelques items clés de cette philosophie.   

La "Lester Bangers" sera l’occasion, à échéances incertaines, de dresser le portrait de certains grands noms de la critique rock’n’roll, d’évoquer des documentaires, d’interviewer des labels (suivez mon regard) ou des écrivains, d’évoquer la naissance d’une scène… L'idée est de porter un regard plus analytique sur la scène, l'histoire, et la culture rock.   

Le premier article de cette série ne pouvait être autre que celui sur Lester Bangs, le plus grand critique rock de tous les temps. Il donne son nom à cette nouvelle rubrique parce qu'il encapsule tout ce que représente la culture rock.  

En espérant que ces écrits vous plaisent, et puissent vous interpeller, 
sincèrement,

Still in Rock 
 

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Lester Bangs et réflexions sur le rock et la critique

"I believe in rock'n'roll but I don't believe in Rock'n'roll"



Cet article se veut être le point de départ de nombreux débats. Il est ainsi volontairement abrupt, et peut parfois choquer la sensibilité des plus jeunes. Tout cela est volontaire. Mais que l’on garde bien à l’esprit que le rock vit à travers nos esprits, et que le débattre c’est le faire flamboyer. Cette vision est très précisément celle que défendait Lester Bangs lorsqu’il affirmait que les Clash n’étaient jamais que l’émanation d’un mouvement que le public devait porter. Cet article est également un prétexte à expliquer ce pour quoi ceux qui n'embrassent pas le rock comme philosophie manquent l'essentiel, une affirmation qui mériterait des nuances, mais à quoi bon. Cet article est un cri d'amour, assumé comme tel.

Lester Bangs est l’un des critiques rock les plus reconnus de l’histoire. Il a fait parti de ceux qui ont donné ses lettres de noblesse à la critique musicale. Lire Lester sert à comprendre ce qu'est le rock et ce que doit être la critique.

Avant toute chose, il est frappant de constater à quel point Lester était un grand écrivain. Fidèle admirateur de Kerouac, Ginsberg et Burroughs qu’il citent abondamment, l'écriture de Lester Bangs, c'est une sorte de langage parlé, façon Beat Generation, couplé à du Faulkner-ism. "I'm going to say it, and I'm going to say it slow", écrivait-il. Mais ce qui marque le plus est le propos tenu par Lester tout au long de ces années d'écriture. On trouve la plupart de ces écrits dans le légendaire magazine Creem ("America Only Rock'n'Roll Magazine"). Bien d'autres sont éparpillés aux quatre coins de la planète, et nous pouvons aujourd’hui remercier les éditeurs qui ont pris la peine de les rassembler dans deux ouvrages, Psychotic Reactions and Carburetor Dung (paru en 1988) et Main Lines, Blood Feasts, and Bad Taste (paru en 2003). Si le deuxième est moins centré sur la critique pure, notons bien le premier est un chef-d'œuvre du genre. À chaque fois que je le rouvre, j’y découvre cette même appréhension que j'ai à l’idée d’écouter un grand album pour la première fois. Surement est-ce un processus inconscient visant à se sauver de la submersion que génère une critique/musique possiblement trop grande. C’est aussi un processus visant à se protéger de la véritable critique qui, parce que bien aiguisée et vraie, peut bousculer la pensée de son lecteur, le poussant à réfléchir de lui-même et à questionner ses jugements les plus fermes.

Sur ce point et bien d'autres, je suis de l’avis de Lester qu’il n’y a pas assez de critique(s). C’est l’avis que partage également Bret Easton Ellis, dénonçant le fait que les avis négatifs ne sont plus réellement autorisés dans la société du "Like", et que dès lors qu’un avis négatif est publié, son auteur est perçu et dénoncé comme un élitiste. Still in Rock fait, dans une certaine mesure, également parti du problème depuis le premier jour où j’ai fait le choix de ne critiquer que la musique qui me plait (à vrai dire, plus pour des questions logistiques qu’autre chose, il faudrait trop d’articles pour critiquer toute la daube que l’on nous sert). Seulement, les critiques positives doivent être sincères, et hors système. C’est ce hors système que Lester prônait, lui qui éditait le magazine Creem, se faisait acheter une pub' en quatrième de couv’ par Frank Zappa, et qui le déglinguait dans le même numéro. Ce type de scénario est impensable dans la presse écrite française des années 2000' et 2010', ce que je déplore. Voilà très précisément pourquoi on manque de critique(s).

Alors, on lit Lester Bangs pour de multiples raisons. On y trouve nécessairement de nombreuses découvertes musicales. Son "Reasonable Guide to Horrible Noise" en est un formidable exemple. Mais plus encore, on lit Lester Bangs pour comprendre la musique, comprendre la critique, et acquérir les clés qui nous permettront de nous forger un avis motivé. Lire Lester permet également d'approcher l'illusion de comprendre pleinement son système de pensée. Mais dans le même temps, il était avant tout un esprit imprévisible. Alors, je me demande. Qu'aurait-il écrit sur Nirvana, sur Pavement, sur Sonic Youth ? De quelle façon les aurait-il encensés ? (ce dont je doute qu'il eut choisi de ne pas faire). Comment transporter la critique de Lester en 2014, sans le trahir, mais dans la continuité historique qui s'impose ?

On trouve dans les écrits de Lester une définition très précise de ce qu'est le rock, et c'est là une des clés permettant de transposer sa pensée à nos jours présents. Peu se sont essayés à expliquer ce qu'est le rock, et à mon sens, aucun n'y est si bien parvenu. Lester Bangs n'avait de cesse de relever à quel point le rock'n'roll est/doit être absurde, frivole, insoucieux, sans gravité. Et il avait raison. C'est d'ailleurs ce qui distingue cette musique des autres. "Rock 'n' roll" is "just a joke" disait-il, ajoutant encore "I believe in rock'n'roll but I don't believe in Rock'n'roll". Combien l'oublient aujourd’hui ? Voilà une des nombreuses raisons expliquant pourquoi la musique électronique est si mauvaise, précisément car elle ne cesse de se prendre au sérieux. Mais sachons également reconnaitre que de nombreux "rockeurs" ont oublié tout ça. Par ailleurs, et le point est très clairement exprimé dans sa critique des Clash, le rock est également affaire d'authenticité. Bob Dylan "was fake", les Clash étaient authentiques. Lou Reed était authentique, Jagger "was fake" (car trop professionnel, disait-il, et parce que, ajoutait-il, les Stones se sont toujours évertués à reprendre les riffs des vieux bluesman, voir de Chuck Berry).

Alors, si pour Lester Bangs le rock est à la fois synonyme d'authenticité et d'absence de vanité, un contraste apparaît pour certains artistes. En réalité, il n'y en a point. Voilà simplement la définition de ce qu'est le rock, le vrai. Il nous faut à présent observer la scène actuelle et de nous demander qui remplit les critères… On peut certes s’amuser de ceux qui font dans le tout-ironique, mais sont-ils authentiques ou jouent-ils simplement des codes de la scène qui se divertit toujours de représentations pseudo-comiques ? On peut certes respecter certains groupes authentiques qui croient le plus profondément en leur création, mais faut-il pour autant leur reconnaitre la production de rock lorsqu’ils n’ont de cesse de mépriser le public, la presse et j’en passe ? La réponse à ces deux questions est négative, négative parce que Lester avait résumé ce qu’est le rock : de l’authentique qui sait se détacher de lui-même.

Parfois, Lester évoquait des sujets plus graves, mais toujours avec cette même légèreté de plume. C’était le cas lorsqu’il parlait de racisme, voir sa chronique sur les Clash (encore) ou The White Noise Supremacists. Sa chronique de Lou Reed lui a servi à dépeindre le lien entre le rock'n'roll et la décadence de ses acteurs. En somme, Lester Bangs était fondamentalement pessimiste, défendant à qui voulait l’entendre que "nobody wants to have emotion anymore". Une question se pose alors : il était certes pessimiste, mais ne doit-on pas lui reconnaitre surtout son réalisme ? Lorsque je vois la scène "électronique" se développer, je me dis que Lester Bangs avait effectivement raison : l'émotion disparait de la musique. On déshumanise le médium par lequel l'art est transmis, mais à quel prix ?!

Ce pessimisme bien mérité s'exprime à de nombreuses reprises. "I don't discriminate, I'm prejudiced against everybody", disait-il citant Legs McNeil. En réalité, Lester Bangs avait lui aussi ses idoles, en la personne de Lou Reed (il disait que les "The Velvet Underground were the greatest band that ever existed"), d'Iggy Pop (à qui il attribue le génie d’avoir importé le sarcasme dans le rock, voir sa chronique sur Iggy qui est absolument magistrale) ou d'Elvis. Le point commun entre chacune d’entre elles est qu’elles traduisaient l'attrait qu'avait Lester pour la mort. Il n'avait par exemple de cesse de commenter à quel point la musique de Lou Reed était anti-émotionnelle, au point qu'elle devenait justement super-émotionnelle. Idem pour Iggy, dont il relevait à quel point il se sentait "unalive". Finalement, le système de pensée de Lester Bangs faisait parfaitement sens, il se tournait vers les artistes qui suscitaient en lui les plus émotions les plus simples et les plus sincères. Car oui, le rock est une affaire de sensation, et ce n’est pas rien de le dire. Lester relevait à ce titre le pouvoir de libération des premiers concerts, lorsque l’on rentre chez soi et que l’on se dit : "nothing can cancel the reality of that night".

C'est finalement ce Lester plus grave, et qui ne rentrait que rarement dans la technicité d'un album (il avait horreur des équipements d'enregistrement hors de prix, trouvant qu'ils dénaturaient le produit musical, il était donc logique qu'il ne s'y attarde pas) qui nous apprend tant. Il le disait lui même, il était souvent plus intéressé à parler de l'attitude des artistes que de la musique elle-même. Il portait très souvent un regard historique sur la musique, évoquant de nombreuses fois les grands mouvements de masses. On comprend ainsi à la lecture de Lester Bangs que le rock n’était pas générateur de révolutions sociales. Mais, mieux que n’importe quel autre médium, il permet de les apprécier, de les accompagner, et de les nourrir. Par ailleurs, Lester a de nombreuses fois dénoncé le mélange des genres entre rock et star-système. Il le dit très clairement : il détestait les rock-star, spécialement parce qu'il leur trouvait souvent une absence totale de personnalité. C’est pour cela qu’il dénonçait Joe Cocker ou Robert Plant des Ledzep, les désignant comme des êtres "Blank" que les commerciaux pouvaient remplir de quelque chose de vendeur, quelque chose qu’ils n’étaient pas. Et c’est finalement lorsque Lester portait son écriture sur ce qu’il savait faire de plus analytique que l’on trouve ses meilleurs écrits.




Assurément, découvrir la pensée de Lester Bangs a, à jamais, changé ma façon de percevoir non seulement la critique (toute critique d'art) mais également la musique. Je l'ai dit, Lester Bangs avait une obsession particulièrement pour les analyses sociologiques qui inondent ses critiques. Mais après tout, quoi de plus légitime à cela ? La musique est un formidable moyen pour évaluer nos sociétés. Parfois, et c'est ce qui lui est arrivé en interviewant les Clash, les artistes n'étaient pas près à ce que leur musique soit mise en perspective. Beaucoup d'artistes actuels rejettent également cela. C'est pourtant le rôle d'un critique, et personne mieux que Lester Bangs ne montre la voie. Alors bien sûr, certaines de ses critiques sont ainsi plus mythiques que les autres. Comment oublier celle écrite sur Van Morrison. Comment oublier celle sur Lou Reed où il retranscrit leurs dialogues dans un bar, évoquant David Bowie (qu'il étripe à de nombreuses reprises, le décrivant comme un clown froid et calculateur) et la drogue. Comment oublier celle sur les Clash, probablement la plus légendaire de toute. Pour Lester Bangs, le punk, qu'il décrit comme étant l'ultime rock'n'roll (à noter, l'utilisation du mot "Punk" pour décrire un style musical est du fait de Lester), était avant tout un combat contre ce que la société impose : le fait que chaque individu agisse en conformité avec la façon dont la société attend de lui qu'il agisse.

D’autres critiques se démarquent par leurs singularités. C’est le cas de sa chronique de plus de 5.000 signes sur Metal Machine Music ou Lester Bangs avait "oublié" d'expliquer les raisons pour lesquelles il aimait tant cet album. C'est finalement très révélateur de la façon qu'avait Lester Bangs d'aborder la critique musicale. Je crois que deux points en ressortent clairement. Le premier, toute critique est nécessairement subjective, et il importe peu de se concentrer sur le jugement final lorsque c'est le processus de découverte et d'appropriation d'un album qui prime. Le deuxième, la critique est une façon de se dévoiler, et il n'est pas nécessaire de dicter aux lecteurs la façon de juger son critique. S'il s'agit bien d'un art, alors, il faut savoir laisser au lectorat le pouvoir de se forger. Il est du rôle des artistes de ne pas projeter un "écran blanc" sans message, ce que Lester dénonçait parfois, mais pas de celui du critique.

Lester Bangs voyait dans le rock'n'roll toute la force de la démocratie. "You can do it too". Le pouvoir de la musique à tous, pour tous. "Rock'n'roll is truly the democratic art form" ajoutait-il. C’était là une des obsessions de Lester Bangs, mais combien continuent aujourd’hui à le dire, et à le penser ? Peut-être est-ce le point sur lequel Lester Bangs a finalement échoué, celui de faire comprendre à quel point "elitism must perish". "Openess and accessibiliy is much more revolutionary than all this eletism", confiait-il à raison. Lorsque je vois aujourd’hui à quel point la scène se prend au sérieux, à quel point les groupes les plus mauvais se croient révolutionnaires, je pense à U2 et compères (coucou Arctic Monkeys et Black Keys collection 2013/2014), je me dis que le message de Lester doit, plus que jamais, être porté sur les devants. Les Clash étaient un groupe à ce point génial précisément parce qu’ils avaient toute l’humilité du monde (à l’inverse de Bryan Ferry, voir un interview de Lester), qu’ils ne représentaient pas les gens, mais étaient les gens. Ne perdons pas totalement espoir, des artistes tels que Mac DeMarco continuent de porter très haut les couleurs du rock, avec ce détachement qui n’est pas feinté ! Mais ils se font si rares… 

La différence entre ces groupes et les autres réside également dans le propos. Les Sex Pistols et les Ramones (qui le citeront dans leur morceau "It's Not My Place (In the 9 to 5 World)", Hangin' out with Lester Bangs you all) avaient quelque chose à dire, idem pour Television, tandis qu’aujourd’hui, trop peu de groupes ont encore un message à faire passer à part celui de : "s’il vous plait, rendez-moi riche et célèbre". En somme, Lester recherchait la passion et un message. Tous les grands, Doors, the Band, the Velvet, Patti, Bruce, les Sex Pistols et les Clash avaient tous une vision, un point de vue sur le monde qui était unique.

Lester disait que le rock est "the most invincible Superjoke in history", parce que l'on ne peut pas asservir un idiot. Mais l’immortalité ne doit pas signifier que l’on ne doit pas étendre son domaine, continuer de le travailler, de l'analyser, et de le chérir. Il est grand temps que sa pensée soit remise au goût du jour. Mais pour l'heure, quittons nous sur une dernière pensée de Lester Bangs. "What is this fucking "M.T.V."? Though for sure it was some new drug, but Rick says it's not".    


jeudi 30 octobre 2014

Jam In the Van : Christian Bland and The Revelators (Psych Rock)




Christian Bland and The Revelators. Nous ne pouvions pas en rester là. Chroniqué le 12 octobre dernier (ici), ce groupe mérite que l'on s'y attarde un peu plus. Le prétexte ? Une session Jam In the Van qui le met tout à l'honneur.

Jam In the Van, telle que déjà présentée via deux articles sur Cat Signs (ici) et Mr. Elevator and the Brain Hotel (ici), c'est une petite émission qui consiste à filmer des artistes dans un mini-van. Le décor, très flower kids, et le faible espace mis à disposition des groupes les poussent à produire le meilleur de tout leur psychédélisme. C'est pour cette raison que les sessions Jam In the Van les plus réussies sont toujours celles de groupes qui osent à fond dans le genre. Alors, autant dire que nous étions servis avec Christian Bland and The Revelators. The Unseen Green Obscene, son dernier opus, est assurément l'un des meilleurs albums du genre de toute l'année 2014. Je le disais en effet, on a finalement (pour l'heure) "eu assez peu de bons albums de musique psychédélique en 2014. Je compte Morgan Delt, bien entendu White Fence, les Murlocs, les débuts de Ty en la matière et quelques autres singles (ici, ici), mais pas bien plus".

Que nous réserve cette session ? Trois titres, "CB160", "Paladin's Last Stand" et "The Same Road". Le premier est moins shoegaze que dans sa version studio. On y retourne une batterie plus incisive avec un son de guitare légèrement plus noisy (en atteste le final). "Paladin's Last Stand" est un titre paru en 2008 avec les Black Angels sur Black Angel Exit. Souvenez-vous, Christian Bland est aussi le guitariste de ce groupe, d'où cette reprise qui n'en est donc pas une. Une fois encore, le groupe délivre une dernière minute excellente. Il y dégage une ambiance toujours aussi noirâtre. Et puis, Christian Bland s'accompagne de deux groupies/danseuses pour "The Same Road". Il s'agit là du titre le plus mélodieux de toute la session. Voilà une nouvelle démonstration de toute l'étendue du talent de Christian Bland and The Revelators, ainsi que de la puissance de son dernier album. Cette session Jam In the Van est une bien belle occasion de le rappeler.





(mp3) Christian Bland and The Revelators - Brian Wilson (version studio)


Liens afférents :
Article sur Cat Signs en session Jam In the Van
Article sur Mr. Elevator en session Jam In the Van

mercredi 29 octobre 2014

Single : ScotDrakula - O'Clock (Garage Pop)




ScotDrakula a déjà occupé quelques lignes sur Still in Rock en novembre 2013. Presque un an plus tard, le groupe confirme tous les espoirs placés en lui. Ou du moins, il en fait naître de nouveaux.

Vous l'aurez compris, cette semaine est plus ou moins placée sous le thème d'Halloween. Cette nouvelle sortie de ScotDrakula tombe donc à pic (sur la tête). "Break Me Up", le précédent single, avait fait tomber la foudre sur la scène Garage. Still in Rock le classait 12ème meilleur titre de l'année 2013 (classement). "O'Clock", leur nouvelle création parue le 27 octobre dernier, se rapproche plus volontiers de leur ancien b-side "No Good!" car Pop et toujours aussi catchy (voir bien plus). Le bside, "Shazon", fait dans un univers semblable. ScotDrakula nous montre ainsi la voie vers une musique plus printanière, surement plus proche des clichés australiens. Une musique facile, que l'on accueil à bras ouverts pour ce qu'elle est. Nous attendons maintenant le premier LP de pied ferme.




(mp3) Scotdrakula - O'Clock (2014)
(mp3) Scotdrakula - Break Me Up (2013)


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Article de présentation de Scotdrakula
Article sur le groupe Pain Dimension (Garage Rock)


mardi 28 octobre 2014

Still in Rock présente : L.A. Witch (Psych Garage Pop)






L.A. Witch. J’entends les chats miauler et les chauves-souris voler, vous savez, ceux qui ne sortent qu’à la tombée de la nuit et celles qui ne tourbillonnent qu’autour des reflets de la lune sur ces lacs bordés par quelques maisons envoûtées et qui cachent nos sorcières, nos vampires et nos peurs bien-aimées. Ni David Lynch, ni Tim Burton ne serait de la partie, mais si ce synopsis devait avoir une bande son, je la confierais bien volontiers à L.A. Witch

Ce groupe, c’est trois nanas, Sade (voix et guitare), Irita (bass et synthé) et Crystal (batterie), tout droit venues de L.A. en Transylvanie et qui recèlent mille sortilèges merveilleux. L’EP qu’elles livrent semble sorti d’un monument érigé pour glorifier nos morts. Tout en lo-fi, tout en saturation, le mégaphone en continu apposé sur la voix si sensuelle de Sade la propulse directement en porte-parole d’une génération entière de revenants. On a envie de la voir se découvrir dans la pénombre d’une clairière inquiétante et d’apercevoir sur ses lèvres sanguines les quelques gouttes d’ivresse scintillante qui nous laisseraient lui offrir notre cou. Entre les frissons glacés que révèlent le titre "Get Lost" et les petits cris terrorisants de "You Love Nothing", vous aurez le droit au récital du vieux grimoire enchanté dans "Heart of Darkness". 

Alors oui, L.A. Witch, ce Garage Psyché sorti le 18 mars dernier, n’est pas tout à fait neuf, mais s’il nous fait toujours autant trembler, c’est qu’à l’écoute de ses titres, il rappelle ce savant mélange entre musique noire des ambiances dépouillée des 70’s et le premier simili de rock gothique vite devenu grunge des années '90. Cette potion mortellement bien dosée ne sait que trop bien nous envahir de terreur et d’excitation. À l’heure où tous confectionnent leurs déguisements d’Halloween, j’ai trouvé le mien, et pour une nuit dans les ténèbres, je me plongerais bien dans leurs corps terrifiants lors de leur prochaine scène ce 31 à Damn Springs, Palm Spring ou que sais-je encore… 


(mp3) L.A. Witch - Get Lost
(mp3) L.A. Witch - You Love Nothing


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Bandcamp
Article sur Thee Maximators

lundi 27 octobre 2014

Still in Rock présente : Slutever (Slacker Pop)




Slutever est un duo formé à Los Angeles en 2010 qui a déjà été de plus de 7 releases. Le tout premier EP du groupe, Sorry I'm Not Sorry, était super lo-fi : "Recorded in a bathroom and hot, sweaty room, Philadelphia. Overdubbed in bedrooms, Seattle and Los Angeles." Il avait ensuite fallu attendre un an pour que le groupe enregistre un nouvel EP, cette fois-ci à Drexel University, toujours à Philadelphie. Plus Punk, il indiquait une nouvelle direction pour Slutever. On la retrouvait en 2012 sur le single "Pussycat", à force de meow meow meow. Et puis, Slutever passait enfin au basement sur Slutever Demos

Avec un 7inch très bien conçu, "1994" et "Spit" avait monté le niveau d'un cran. Sur le premier, le son de la guitare, plus grungy, trouvait une véritable identité. Le second introduisait de premiers airs shoegaze. Slutever est finalement revenu en juillet dernier avec un nouveau single très réjouissant, j'ai nommé "White Flag". Toujours dans ce même esprit D.I.Y., Slutever a fait paraître un excellent split avec Girlpool le 14 octobre dernier. Introduit par "Blah Blah Blah (by Girlpool)", on se retrouve rapidement projeté sur "Stomach Ache", morceau digne des meilleurs moments des Courtneys et autres Bam Bams.

Slutever fait partie de ces groupes qui savent comment ne pas se prendre au sérieux. Notons à quel point ils sont rares et quasiment tous concentrés en Californie. En bref, Slutever fait à fond dans une Slacker Pop super chill qui n'a pas peur d'affronter les démons de ses propres clichés (pardy' on Wayne). Le tout est accompagné d'une Pop mélodique et toujours inventive. C'est d'ailleurs ce qui caractérise les écoutes de Slutever : le groupe navigue entre les styles, en conservant toujours sa touche D.I.Y. et une envie de surprendre dans la bonne humeur généralisée. En voilà un virus qu'il est bien !


(mp3) Slutever - 1994
(mp3) Slutever - Stomach Ache


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Article sur The Courtneys

jeudi 23 octobre 2014

LP Review : Meatbodies - Meatbodies (Psych Stoner)




Meatbodies, c'est avant tout le groupe de Chad Ubovich, par ailleurs bassiste pour Fuzz et guitariste pour Mikal Cronin. Pour (déjà) en finir immédiatement avec le name dropping qui indique beaucoup sur ce que l'on trouve dans cet opus, relevons que Ty Segall a joué guitare et batterie sur plusieurs des morceaux de l'album. Mais on compte aussi Chris WoodhouseEric Bauer et Bob Marshall qui ont joué le rôle de recording engineers pour Thee Oh Sees, Ty Segall et Sic Alps, en autre. La pochette a pour sa part était réalise par Tatiana Kartomten, elle qui a déjà fait celles de Fuzz et du Slaughterhouse de Ty.  Le décor est ainsi planté. 

Meatbodies s'est déjà fait remarqué l'an dernier en faisant paraître une cassette sur le label de Ty Segall. Il opérait alors sous le nom de Chad and the Meatbodies. Le revoilà, cette fois-ci sur In The Red avec un premier opus self-titled paru le 13 octobre dernier.

Dès les premières écoutes, on constate immédiatement que l'album est super bien produit, un véritable plus sur de nombreux morceaux tel que "Him". "Disorder", le deuxième titre de cet opus, est l'un des tout meilleurs. Partant à toute vitesse sur des bases de Garage Punk, Meatbodies le transforme ensuite en un Stoner psyché en tout point flamboyant. "Mountain", comme le fait maintenant Ty Segall, opère la résurgence de tout ce rock métrosexuel des années 70. C'est un mouvement qui s'amplifie, et je n'ai pas encore lu sur le phénomène. Il n'en demeure pas moins avéré. "Moutain", c'est un peu de Kiss, un peu de Black Sabbath, un peu d'Alice Cooper, beaucoup de grands riffs. J'en profite pour noter que Bass Drum of Death s'est également inscrit dans cet univers il y a quelques semaines à peine (article). Bien entendu, Manipulator a de nombreuses références communes. Il semblerait en fait que le mouvement eut été véritablement (re)créé par l'arrivée du premier album de Fuzz. Attention toutefois, si Fuzz avait su en tirer le meilleur parti, je ne suis pas certains que les autres groupes de la scène sachent comment éviter le goofy de ce style musical. Still in Rock reste sur le front, près à desceller l'amplification d'un mouvement qui reste, pour l'heure, encore inaperçu.

Revenons à l'album. Meatbodies délivre rapidement "Tremmors", l'énorme hit de l'opus que Still in Rock présentait en août dernier (article). Mais il faut ensuite attendre "Two" pour retrouver quelque chose de fort. Meatbodies finit par donner un véritable lead à la guitare qui cesse enfin d'être étouffée. Certains autres titres, je pense à "Plank", "Gold" et "Wahoo", en bref ceux du milieu de l'album, sont agréables mais auraient mérité un petit coup de make-up. Ils sont heureusement évincés par les tout derniers, "Off", taillé pour la scène, et "The Master", un titre clairement très ingénieux dont le placement en toute fin n'est pas hasardeux.

Par ailleurs, il y a dans la musique de Meatbodies quelque chose de très professionnel. J'en suis à la fois très content, tant on s'écarte définitivement du côté Garage très amateur qui sévit parfois sur la scène, mais aussi un peu blasé tant l'album s'en trouve un peu déshumanisé. Et puis, le rythme est dans l'ensemble trop homogène, ce qui pousse à l'overdose

Manque de bol, l'album s'inscrit en plein dans l'univers du Manipulator de Ty Segall. Alliant Stoner, guitares acoustiques et un brin de psychédélisme, Meatbodies aurait pu frapper un grand coup en janvier dernier. Aujourd'hui, on peine à être véritablement surpris. Mais tout cela n'est finalement qu'une question de conjoncture. Dans quelques mois à peine, nous aurons oublié cette sensation et l'écoute de Meatbodies se révélera probablement plus puissante qu'elle ne l'est pour l'heure. Que l'on s'entende bien, cette critique est parfois sévère avec l'album de Meatbodies parce que ce groupe nous montre là un potentiel que 90% de la scène cherche toujours. Au final, Meatbodies fait parfaitement la paire avec les nouveaux opus de Wand et de Bass Drum.




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mercredi 22 octobre 2014

Still in Rock présente : Hans Predator (Psych Garage Rock)




Hans Predator est un groupe originaire de Carbondale dans l'Illinois. Ce dernier vient de faire paraître son tout premier EP, Mars Tuxedo, le 27 septembre. Inscrit en plein dans la mouvance Garage qui a envahit la scène depuis la mort de Jay Reatard, Hans Predator est l'un des petits derniers à être arrivés dans ce monde de brutes. Mais je ne doute pas que ses shows chaotiques associés à un beau premier EP ne tarderont pas à faire que l'on en reparlera assez vite. Etant probablement le premier article français sur ce tout jeune groupe, Still in Rock ne manquera pas de le suivre de près.

L'EP s'ouvre sur un "She Don't Love You" somme tout assez classique : lo-fi, réverbs à fond, une bonne voix, une mélodie suffisamment rustique pour faire son effet et une guitare qui rappelle le flux des Ramones, bref, le rock-o-mètre à fond. "Bird Dog" nous fait ensuite entrer dans plus de psychédélisme-noisy. Meilleur titre de cet EP, il rappelle certaines partitions de Ty Segall. Et puis, il ne fait aucun doute à écouter la première minute de "Feelin' Low" que le morceau finira par exploser. Le tout est finalement assez contenu.

"Drug Luv" épouse parfaitement la pochette de cet EP : le titre est plus fifties que les autres, comme pour rendre un hommage au couple Chuck Berry / Elvis. Pour finir, "Trustafarian Blues #14" fait le parfait rapprochement entre un son Garage bien brut et des plages psychédéliques qui nous entraînent vers les bas-fonds.

Le groupe laisse déjà présager ce qui pourrait le différencier de la masse Garage. On y trouve beaucoup d'humour, de belles mélodies (et c'est important tant je ne compte plus les groupes qui se contentent de plugger leur fuzz/wah wah pour frotter leur guitare jusqu'à en saigner, non pas que ce soit mal, mais parfois, on aime bien les mélodies aussi hein') et de belles partitions de guitares. Car oui, Mars Tuxedo est avant tout un EP de guitares. C'est pour cette raison qu'il contentera les amateurs de Garage sans probablement trop émoustiller les autres. A écouter bien fort sur la route de campagne d'une belle soirée.




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mardi 21 octobre 2014

LP Review : Paul Jacobs - Do It Again (Garage Rock)




Paul Jacobs. Still in Rock l'a déjà crié haut et fortPaul Jacobs est LA révélation de l'année. Tous genres confondus. Seulement, il se trouve qu'il produit du Garage. Alors nécessairement, la musique de Paul Jacobs saisit particulièrement par son aspect brut. J'étais donc "inquiet" lorsque Paul me confiait qu'il s'apprêtait à faire paraître un LP qui reprendrait plusieurs de ses titres déjà existants. Ce genre d'exercice mène généralement à des versions aseptisées pas vraiment convaincantes. Mais rien de cela ici, les titres de Paul Jacobs conservent toute leur force. N'est pas un artiste de Garage qui veut. Certains s'y retrouvent à cause de la faible valeur de leurs premiers équipements audio, comme par défaut. D'autres y naviguent avec classe et brio. Vous aurez compris dans quelle catégorie je situe Paul Jacobs. 

Après avoir donc faire paraître 3 LPs, Paul a décidé de nous prendre à la gorge en sortant son nouvel album le 2 octobre dernier, j'ai nommé Do It Again. Compilant certains de ses titres préférés issus de ses précédents albums, Paul Jacobs fait ici un checkpoint dans sa toute jeune carrière, comme pour s'apprêter à partir ensuite sur des bases encore plus élevées.

On retrouve d'entrée le "Waiting for the Grave" de I Need a Place to Keep My Stuff. La version est similaire à celle que nous connaissions déjà. Et son effet est également similaire : c'est une tuerie. "Eee Eye" se fait immédiatement pressentir comme étant un killer en devenir. Son explosion est plus contenue que sur sa première version, comme enfermée dans une bulle lo-fi. "Broken Pencils" rappelle pour sa part les allures plus Punk de Paul Jacobs. Il nous sort un de ses interludes magiques avant que le titre n'explose à nouveau, échos sur la voix, lo-fi sur la guitare, batterie noisy.

C'est avec un immense plaisir que l'on recroise également "Trippin' in the Park". Disons-le, ce titre représente ce que Paul Jacobs sait faire de mieux. Du Garage à son sommet. Du brut, de l'animal. On ne coupera pas non plus à réécouter "Sharp Dress" dans une version plus Pop. Ce titre est à mon sens l'un des 3 meilleurs jamais composés par Paul Jacobs, c'est donc avec soulagement que je constate qu'il est, dans sa deuxième version, toujours aussi fort !

Cet LP sera l'occasion de mettre un coup de projecteur sur "Waking Up", assurément l'un des morceaux les plus puissants de l'album. Ce morceau trouve ici une nouvelle peau. Peut-être est une dû à une version plus percutante. Peut-être est ce tout simplement dû à sa place sur la maquette de l'album. Quoi qu'il en soit, "Waking Up" vient de se révéler à nous. On trouve également une création toute nouvelle avec "The Telephone", titre qui contraste avec la toute-puissance de "I Know You Hate Me" qui le succède. "Bag of Bones (Do It Again)" vient conclure sur de la surf Pop, un titre complètement étranger à l'univers des précédents. Pas mon préféré.

En bref, cet LP est l'occasion de se replonger dans la déjà très riche discographie de Paul Jacobs. Do It Again s'impose comme l'un des meilleurs LPs de l'année. Son écoute est jubilatoire, souvent harassante, mais toujours mirifique. Paul Jacobs place le Garage dans des sphères rarement atteintes. Impossible dès lors de ne pas tarir d'éloges à son égard, ni même d'y trouver le moindre détail à redire. On n'assiste pas à la naissance de tels artistes chaque année. Je le disais dans le Best of Juillet 2014, "Paul, nos yeux sont désormais braqués sur toi.". Plus que jamais, ils continuent de l'être. Le Garage est en train de vivre sa plus belle Époque depuis sa création, tâchons de le garder à l'esprit.

lundi 20 octobre 2014

Anachronique : Witch (Psych Rock)




Witch (acronyme pour We Intend to Cause Havoc !) était un groupe... Zambien. Je ne crois pas avoir beaucoup écrit sur la scène africaine. C'est une erreur. Outre l'excellente qualité du groupe du jour, cet article est également un prétexte pour donner un coup de projecteur à cette scène particulièrement active dans les années '70. Pour des raisons que j'ignore, elle est assez peu représentée dans la presse spécialisée. Pour apporter une toute petite pierre à l'édifice, voilà donc cet article sur l'un des tout meilleurs groupes de l'époque. 

Mené par le chanteur Emanyeo "Jagari" Chanda, Witch délivre du rock'n'roll, un rock'n'roll si pur qu'on le perdrait presque de vue. On retrouve dans Witch tout ce qui fait les codes de ce genre. Par ailleurs, on peut lire ici ou là que la musique du groupe n'a rien d'Africaine, et qu'il ressemble plus qu'autre chose à un pur produit de la culture américaine. C'est faux ! Sans évoquer l'accent du chanteur, Emanyeo "Jagari" Chanda, comment ne pas voir que le groupe parvient à transcender le Garage Rock sixties américain pour y ajouter les jams si symboliques de la musique de son continent. Nul besoin de longues plages sonores pour y injecter tout le groove nécessaire, Witch parvient toujours rapidement à nous engourdir l'esprit.

Dès le premier morceau, "Introduction", le décor est immédiatement planté : le Mojo de Witch est implacable et Emanyeo "Jagari" Chanda ne cherche pas à se faire passer pour plus américain qu'il ne l'est (pas). Il introduit tous les membres du groupe dans un élan qui lance parfaitement un LP fascinant à bien (tous) des égards. Et quel plaisir que d'avoir à entendre ce son de guitare si parfaitement saturé. On y retrouve l'énergie des Monks, quelques milliers de kilomètres ailleurs.

"Home Town" vient rapidement constituer le premier morceau instrumental de cet album. Ce titre donne déjà de nombreux indices sur la puissance de Witch : 1/ une structure super simple comme super efficace ; 2/ une guitare crunchy qui, par intermittence, vient nous embrumer l'esprit ; 3/ un jam entêtant. En voilà du rock'n'roll ! Et puis, vient "You Better Know". On entre là dans le vif du sujet. Witch délivre son tout premier Hit. L'Afrique coloniale n'a qu'à bien se tenir, Witch fait peser sa musique sur les débuts du psychédélisme. La musique de Witch est dépouillée à l'extrême. On croirait entendre les démos des Velvet Underground.

L'arrivée d'un nouveau jam se fait imminente avec "Feeling High". Nécessairement plus lent que les autres morceaux, il a le mérite de marquer le passage dans la deuxième moitié de l'opus. Influence Jimi Hendrix maximale ! S'il n'en fallait qu'un, c'est avec "Like A Chicken" que Witch parviendra à traverser l'histoire. Ce titre restera comme le meilleur du groupe. Surpassant bien des mélodies-star du début seventies, Witch avait ici créé un de ces morceaux qui, pour des raisons quasi-mystiques, atteignent la perfection d'un genre. La guitare de Gedeon Mulenga colle parfaitement à ce refrain immortel.

"See Your Mama" est Le titre le plus psychédélique de l'album. Mouvance White Light/White Heat. Dans la continuité, on retrouve le titre "Try Me", une berceuse qui allie la pop psychédélique des Witch à de nombreux accords jazzy. Et puis, a l'approche de la toute fin vient "No Time". C'est l'un des meilleurs refrains de l'album. Sur une structure très simple, Witch alterne entre interludes de guitares et des couplets fifties. Je ne peux m’empêcher de penser que le groupe est meilleur lorsque Emanyeo "Jagari" Chanda prête sa voix à cette seventies décomplexée. 

D'autres scènes africaines, particulièrement celle nigérienne, glaneront un peu l'attention des médias. Les Zambiens de Witch ne parviendront donc jamais à accrocher l'attention d'un Major, et resteront largement inconnus. Pourtant, Witch fut en son temps le fer de lance de la mouvance Zamrock. Avec ses pédales wah wah, Witch ne manque pas de citer Jimi Hendrix, Buddy Guy et James Brown comme influences. Emanyeo le dit, être capable de jouer "Hey Joe" était la condition sine qua non pour monter sur scène, d'où la virtuosité apparente de son groupe. Pourtant, le premier album de Witch, réalisé en Zambie ce qui était très rare à l'époque (beaucoup de groupes partaient enregistrer en Tanzanie), est plus dépouillé que les légendes qu'il cite. Sa musique est aussi plus sauvage que celle de Musi-O-Tunya, autre groupe Zambien de l'époque. Pour cette raison, Witch est un pionnier qui, lorsque la scène ouest-africaine renaîtra, sera largement cité et reproduit. Witch, c'est un peu le bébé Velvet / Jimi du continent. 


(mp3) Witch - Introduction (1973)


Liens afférents :
Article anachronique sur Kim Fowley
Lien vers TOUS les articles anachroniques

jeudi 16 octobre 2014

Still in Rock présente : Thurston Moore (Alt Rock)




Thurston Moore est connu pour avoir longtemps été le co-leader du fabuleux Sonic Youth. Personnage toujours controversé, il a récemment fait l'objet de nombreuses polémiques. La plus grande de toutes ? Sa séparation avec Kim Gordon, chanteuse de Sonic Youth (rendez-vous compte). Alors forcément, les haters et autres Kim-lovers se sont mis en tête d'attendre Thurston au tournant. Ce dernier fera paraître un nouvel album solo le 20 octobre via Matador Records. Nommé The Best Day, il s'agira déjà de son cinquième essai. 

J'ai toujours grand plaisir à ne pas voir une légende du rock se compromettre dans un autre style de musique plus électronique (la mode actuelle). Il ne faut pour autant pas baisser sa garde. Les légendes doivent parfois rester là où elles sont, et chaque nouvel opus n’est pas forcément une nécessité. Robert Pollard et Stephen Malkmus (Pavement) parviennent à agrémenter leurs discographies d’excellents albums. Mais tant s’y sont cassés le nez.

Que nous réserve alors The Best Day ? L'album s'ouvre sur "Speak To The Wild". Dans la lignée très directe du célèbre Daydream Nation, Thurston Moore délivre une introduction magistrale de plus de 8 minutes. The King has come. Ce premier titre de l'album se veut très grand, ce qui ne manquera pas de susciter quelques rejets. Mais notons qu'il atteint là un niveau que peu peuvent en réalité espérer. Jouant à fond la carte Rock Alternatif, Thurston Moore n'hésite pas à créer une montée en puissance fidèle au Sonic Youth de 1988. 

"Forevermore" enchaîne dans une même ambiance post-apocalyptique. Vous avez trouvé le premier titre trop long ? Accrochez-vous, celui-ci dépasse la marque des 11 minutes. Un temps qui paraît assez court tant le son métallique de la guitare fait bien le travail. "The Best Day" commence lui sur des bases plus rythmées, plus rock'n'roll. Et puis, le titre varie parfaitement toujours dans un esprit très nineties qui me rappelle certaines introductions quasi-Grungy de Pavement. Parfois, dans un élan plus punk et plus brut, on croirait entendre Robert Pollard. C'est le cas sur le titre "Detonation".

On retrouve la puissance (du décrié) NYC Ghosts & Flowers sur "Vocabularies" et "Grace Lake". Leurs introductions planantes, sorte de pop spatiale expérimentale, nous plongent dans une contemplation qui nous rappelle à quel point les années '90 ont apporté à la musique. "Grace Lake" renvoie à certains passages de "The Best Day", ce qui n'est pas sans créer une cohérence qui rassure dans le monde hétéroclite de Moore. Ce titre est un modèle du genre, un grand morceau dont les qualités sont indéniables. L'album se conclut sur "Germs Burn". Et disons qu'il est particulièrement intéressant en ce qu'il lie la musique Alt Rock de ses premiers amours avec un style plus Punk. L'arrivée d'un solo façon seventies vient, une dernière fois, brouiller toutes les pistes.

En somme, cet album ne révolutionnera Thurston Moore. Il ne sera pas non plus l’un des temps forts de sa carrière. "Révéler l’Art en cachant l’artiste, tel est le but de l’Art", et je ne suis pas certain que Thurston se cache toujours derrière sa musique. Malgré ça, Thurston emploi de nombreuses de ses formules secrètes auxquelles il ajoute quelques nouveautés. Et ça suffit à en faire un bon album qui nous occupera un bon moment. Il est difficile de concevoir le fait que cet artiste ait maintenant 56 ans. Son nom est à jamais inscrit comme symbole de la jeunesse, et ce n'est pas The Best Day qui viendra l'entacher. Au contraire.


(mp3)  Thurston Moore - Speak To The Wild
(mp3)  Thurston Moore - The Best Day


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Ecoutez l'album en streaming
Article sur Pavement (ami avec SY)