jeudi 27 novembre 2014

Live Report : Eagulls, Parquet Courts, The Jesus and Mary Chain




Le festival des InRocks réunit chaque année une partie de la scène indépendante, si tant est que cette étiquette veuille dire encore quelque chose. Voici le live report de Still in Rock.

Le vendredi, on retiendra surtout la performance de Parquet Courts qui a fait résonner un punk souvent expérimental. Mené par un son de batterie très puissant, on y a tout aussi bien retrouvé les influences de Television que celles de Pavement et autre Wire. Force est de constater que Parquet Courts a parfaitement su jongler entre un indie rock nineties et le son forcené de l’année ’77. Un must-see.




Le dimanche, la première bonne nouvelle est venue d’Eagulls qui a su comment recréer l’ambiance noire qui sied si bien à la version studio de son dernier opus. Brute et primitive, la musique du groupe nous a rappelé l’état embryonnaire du post-punk. Il a transporté avec lui toute l’opacité que Wu Lyf savait si bien manier, à la différence que le charisme de George Mitchell est autrement plus marqué. Moralité ? Les clichés de la musique anglaise sont toujours aussi efficaces. Royal Blood a ensuite pris la scène avec une musique à la croisée des chemins entre celle de Jack White et de tous les clichés que le rock US a créé. Sur fond de pop punk, il a au moins eu le mérite de nous replonger dans nos années lycées. Mais là n’était pas l’essentiel.




Quel fût notre soulagement de voir enfin arriver sur scène la formation la plus légendaire de tout le festival, j’ai nommé The Jesus and Mary Chain. En version studio, la musique de JAMC est un curieux mélange de noisy, de psychédélisme et de particules pop. En live, chacun de ces traits sont démultipliés. La première partie de leur set nous a inévitablement évoqué les Replacements. Avec son t-shirt hommage aux Modern Lovers, Jim Reid est parvenu a recréer le romantisme eighties que la mouvance shoegaze traduisait si bien. Et puis, JAMC nous a finalement asséné le fuzz lo-fi pour lequel nous étions tous venus. Comme un poison, il s’est divinement infiltré dans le psyché de chaque témoin de la démonstration. 

L’expérience a finalement été particulièrement forte. Le son de JAMC est souvent anti-émotionnel. Très aride, il ne laisse que peu de place à l’humanité que la musique requiert souvent au profit d’un son industriel très marqué. Mais cette réalité était contrebalancée par la communion d’une Cigale remplie à craquer. On y ressentait le poids de l’histoire, celui de voir jouer un groupe qui a été le pionnier de tant de mouvances. Avec son look de vieil érudit du Larsen, I Heart est heureux d’affirmer que JAMC n’a rien perdu de sa superbe.


Liens afférents :
Live Report également disponible à ce lien
Live Report du concert de Ian Svenonius à Paris (2014)

mercredi 26 novembre 2014

Still in Rock présente : Sunshine Girls (Pop Shoegaze)






Sunshine Girls. Il est parfois des side-project qui méritent toute notre attention et dont la qualité n’a rien à envier à des projets plus concrets. Tel est le cas de Sunshine Girls, envoutante émanation shoegaze de Jacob et Eli, en provenance de New-York.

Après avoir collaboré au sein de nombreux groupes, dont le dernier en date Doll Eyes, les deux amis décident de suivre des chemins différents. Pour Jacob, l’aventure se poursuit à Geneseo (NY) avec le groupe Slackjaw. Eli reste lui à New-York pour former Mouse Fitzgerald accompagné du batteur de Doll Eyes. Mais les deux inséparables ne restent pas bien longtemps sans se voir et ils se retrouvent dès l’été suivant. Le soleil, le temps libre et surtout l’irrésistible envie de créer vont pousser le duo à composer, juste pour s’amuser. L’avantage du side-project c’est qu’il n’engage à rien, ne crée pas d’attente particulière. Au pire, il est vite pardonné et sans conséquence, au mieux, il révèle tout le talent de son auteur et constitue le point de départ d’un nouveau groupe. C’est ainsi, affranchi de toute pression, que Sunshine Girls a vu le jour. Dès les premiers instants, l’idée est limpide, ce projet sera shoegaze ou ne sera pas. Baptisé Country Club et sorti en juillet 2014 cet EP se compose de quatre titres, "Amiram", "Patricia", "Arthur" et "Dharna" chacun d’entre eux empruntant le nom d’un de leurs amis.

Titre quasi-instrumental, "Dharna" est certainement le plus abouti de cet EP. Une intensité croissante et planante, ne laissant pas de répit aux oreilles attentives. Il faut souligner la qualité irréprochable de l'enregistrement servant à la perfection la mélodie. En fond, une voix à peine audible renforce le caractère énigmatique de ce titre obsédant. Cette voix est en réalité celle du professeur de philosophie d’Eli, enregistrée alors qu’il donnait un cours sur La République de Platon. A l’origine, "Dharna" n’était pas envisagé comme un titre indépendant, mais devait seulement constituer le final de "Arthur". Pris dans un tourbillon créateur et ensorcelé par ce riff addictif, le duo en est arrivé à la conclusion que ce passage nécessitait son propre titre. "Dharna" était né, pour notre plus grand plaisir. Autre titre qui retient notre attention, "Amiram" dévoile tout le potentiel de Sunshine Girls et nous entraîne dans une balade dream-pop dont il est difficile de s’extraire.

Un bien bel essai donc pour Sunshine Girls, qui pourrait ne pas en rester au stade de side-project, comme en témoigne la sortie mi-novembre de leur premier album Selected Ambient Works.


(mp3) Sunshine Girls - Dharna



Liens afférents :

mardi 25 novembre 2014

Still in Rock présente : Big Tits (Power Pop)




Big Tits, c'est le projet de Joey Genovese, un New Yorkais (Brooklyn) amoureux de Glam Pop et de Big Star. Le groupe fait partie de cette scène Glam Pop pour l'heure americano-americaine qui suscite de plus en plus d'engouement. Repéré par le label Fuzz City de Matthew Melton (interview), Big Tits tire parfaitement son épingle du jeu en délivrant une Power Pop qui remplit absolument tous les codes du genre. Irréprochable.

Paru en début d'année sur la 2014 Tour Cassingle qui regroupe un morceau de Big Tits et un autre de Warm Soda, le titre "Tasty" est une nouvelle addition Power Pop qui vient égayer un peu plus encore cette année 2014. Dans un style similaire à celui de Warm Soda (qui est son backing band), Big Tits donne  avec brio dans la romance désuète des années 70.

Et puis, Big Tits a également fait paraître un 45 tours, Ex-Repeater, que l'on peut commander en version X (seule la pochette change, hein), à condition d'être âgé de plus de 18 ans pour la commander. On y trouve deux morceaux, "Ex-Repeater" et "I Like It Alot" (vidéo). Le premier est plus proche du Glam Rock que les autres. Le second a tout de la Power Pop de Milk 'n' Cookies. La guitare crisse comme à l'ancien temps. Nul besoin de chercher plus loin, Big Tits est un excellent revival de cette mouvance quasi-disparue. 

Notons que cela fait déjà plusieurs fois que l'on croise Big Tits sur la route de Fuzz City. Le titre "You Made Me Look", par exemple, apparaissait sur la Summer of Fuzz Vol 1. On y avait trouvé un autre morceau imparable, le genre de hit sur lequel on dance toute la nuit dans les bars de la capitale de la Power Pop. Il ne fait donc aucun doute que Big Tits est une excellente nouvelle pour ce genre musicale qui n'en finit pas de remonter et qui s'imposera un jour ou l'autre comme l'un des avenirs les plus prometteurs de la Pop.

lundi 24 novembre 2014

LP : Fugazi - First Demo (War Punk)




Fugazi. Quel plaisir que d'avoir enfin trouver une excuse pour écrire à nouveau sur l'un des tous meilleurs groupes de l'histoire de la galaxie

Contexte. C'est en 1988 que les Fugazi entrent en studio pour la première fois ; alors qu'ils n'ont encore joué que 10 concerts ensemble. Cette session d'enregistrement va se matérialiser par une K7 que le groupe va distribuer à ses concerts d'alors sous le nom de First Demo. 26 années plus tard, le 18 novembre 2014, ces titres viennent enfin de paraître en format vinyle et CD pour la première fois via le label Dischord Records à qui il faut tirer un énorme coup de chapeau. Il nous fait même le plaisir d'y ajouter un morceau qui ne figurait pas sur l'originale.

Cette sortie est un indispensable de l'année 2014, pour deux raisons : sa dimension historique, et ses qualités intrinsèques. Dimension historique parce que les Fugazi font partie de ces quelques groupes qui, dans les années 1990, ont redonné vie au Punk. Qualités intrinsèques parce que les 11 morceaux sont tout simplement géniaux. Je le dis sans détour : First Demo, c'est une ÉNORME claque ! 

Les Fugazi ont toujours réussi à retranscrire comme personne toute la colère qu'une génération peut contenir. Ces démos en sont un nouvel exemple. Sans jamais tomber dans la facilité, le groupe a su rester simple et sincère. Le message des Fugazi s'accorde parfaitement avec celui de la génération des flower kids des années '60, à la différence que les Fugazi faisaient promotion de la paix par une musique beaucoup plus agressive. Le contraste y est souvent saisissant. De plus, je suis toujours aussi étonné de constater la virtuosité avec laquelle Fugazi délivrait sa musique. Et puis, à chaque écoute, je ne peux m'empêcher d'avoir en tête les images du groupe qui, en 1991, avait joué un concert sur le parvis de la Maison Blanche pour protester contre la guerre du Golf. Fugazi est finalement un groupe paradoxal qui, derrière son Punk complètement décomplexé, a su transcender bien des idées reçues. Combien sont de cette catégorie ?!

Ces démos sont introduites par "Waiting Room". Après une introduction fantasmagorique, les Fugazi font monter la pression avec une facilité déconcertante. "Merchandise" enchaîne rapidement, déjà un cran au-dessus. On trouve ensuite un "Furniture" bien plus saignant que dans sa version finale. Quel hit ! Il illustre à lui tout seul l'entier génie des Fugazi : on y sent une puissance sous-jacente prête à exploser à tout moment. L'écoute, que l'on fait presque craintif, se révèle extrêmement jouissive.

"Song #1" passe en force. Sa deuxième moitié ne laisse place à aucun doute : Fugazi est LE groupe le plus puissant de sa génération. Vient alors "The Word", la révélation de cet LP. Dieu que le Punk des Fugazi est dantesque ! On y réalise que le Punk très Pop des Ramones et celui plus War des Fugazi sont les deux merveilles du genre. Cette démo la prouve.

La version de "Badmouth" est très proche de celle finale (et, étonnamment, de la version live), si ce n'est pour la voix de Ian MacKaye qui ressort légèrement moins. Pour le reste, c'est toujours la même explosion nucléaire. On trouve ensuite le titre qui a été ajouté à la K7 originale, "Turn Off Your Guns", et on se dit que cette addition est une sacrée bonne idée. La première minute ne laisse planer aucun doute sur la volonté des Fugazi a accélérer le rythme dès que possible. Ils nous font finalement une Fugazi en bonne et due forme : la musique s'arrête, la guitare explose, la musique s'arrête, la guitare fulmine. A l'approche de la fin, "And The Same" un titre qui dépasse la marque des 5 minutes (chose rare chez les Fugazi) vient résonner si fort qu'il parvient à maintenir intact le flot d’adrénaline que l'album génère. Cette fois-ci, impossible de ne pas s'agenouiller devant ce son de guitare si pur.

Finalement, l'écoute de ces First Demo est peut-être éreintante, mais elle brille de mille feux. Aucun doute, si cet album avait été composé en 2014, il n'aurait aucunement échappé à intégrer le Top 5 de l'année. Et ce ne sont que des démos. Pourtant, elles parviennent à parfaitement retranscrire une partie de l'énergie que le groupe génère en live. Les Fugazi ont toujours réussi à parvenir à ce résultat. Ils sont en cela une sacrée source d'inspiration. Et puis, on retrouve dans ces démos toute l'essence de ce que fut le Punk nineties. Même si les Fugazi évoluaient dans un univers Post-Hardcore qui peut éloigner quelques réfractaires, il est important de comprendre quel était le message derrière cette musique. Les Fugazi avait une raison d'être. C'est ce qui différencie les plus grands groupes du reste.

Pour en finir avec cet article et pour ne rien bouder de mon plaisir à écrire sur les Fugazi, voici une sélection des meilleures vidéos du groupe. De quoi passer l'hiver au chaud :




jeudi 20 novembre 2014

KEXP : Pond pour Man It Feels Like Space Again (Psych Rock)




Pond. Je n'ai jamais cessé de penser que la session KEXP 2012 de Pond est la meilleure que l'émission n'est jamais filmée (article). On se souvient par ailleurs que, pour l'interview donné à Still in Rock, Pond avait déjà évoqué son nouvel opus, nous en disant qu'il n'a "aucun rapport avec le surf, le sel, les algues. Il n'a aucun rapport avec rien de toute façon.".

Alors, nous y voilà, Pond dans une nouvelle session KEXP pour venir défendre son nouvel opus. Toujours accueillie par la géniale Cheryl Waters, Pond est revenu dans les studios KEXP le 28 octobre dernier. La vidéo est tout juste disponible.

Le groupe y joue trois morceaux. Le premier, "Elvis' Flaming Star", est tiré de cet opus à venir, Man It Feels Like Space Again, qui paraîtra en janvier 2015. Ce morceau est par ailleurs le premier single de l'album susvisé. Une vidéo, sur fond de Martiens, vient d'être dévoilée pour accompagner cette musique enjouée. Si le titre surprend, souvenons-nous de la surprise qu'avait suscitée la première écoute d'Hobo Rocket. Pond a toujours su prendre son auditeur à rebrousse-poil, reste à savoir si on finira une fois de plus par aimer ses gouzi-gouzi. Le groupe enchaîne avec "Don't Look At The Sun Or You'll Go Blind", titre paru sur Psychedelic Mango en 2009. Comme King Gizzard & The Lizard Wizard, le groupe se rapproche ici de toute la mécanique allemande des années '70. Plus aucun doute, cet opus sera plus ensoleillé que le précédent. Il sera également moins analogue, pour le meilleur ou pour le pire ?!

Le groupe entame ensuite un interview de plusieurs minutes. Il y confirme que les titres du nouvel album ne seront pas aussi "heavy" que ceux d'Hobo Rocket. Le groupe confie d'ailleurs que cet album sera légèrement plus sophistiqué que les précédents. On peut donc penser à un rapprochement avec le son de Tame Impala qui n’a jamais été aussi intime avec toute la mouvance australienne qui rappelle Woflmother & co. Fini donc les références aux 5 groupes que Pond citait dans l'interview Still in Rock comme étant ses préférés, Guns 'n' Roses, AC/DC, Bon Jovi, Nickleback et Arseholes of Death.

On attaque enfin une version de 10 minutes de "Midnight Mass". Si Joseph Ryan (guitare) avait occupé tout l'espace sur la session de 2012, force est de constater que Jay Watson (batteur) est ici la pièce centrale. Yes, cet album a des airs de musique spatiale. Il se murmure que la chronique Still in Rock sur Man It Feels Like Space Again ne saurait tarder. 






Liens afférents :
Session KEXP 2012 de Pond
Interview de Pond par Still in Rock
Album Review de l'album Hobo Rocket

mercredi 19 novembre 2014

LP Review : Mourn - Mourn (Post Punk)




Mourn est un quatuor, initialement formé par Jazz Rodríguez Bueno et Carla Pérez Vas, tous les deux espagnols et nés en 1996, puis rejoint d'Antonio et Leia (à peine 15 ans). Il fera paraître son premier opus self-titled via Captured Tracks le 18 février prochain (oui, on prend un peu d'avance). 

Le jeune âge des membres du groupe pousse à redouter le pire, une musique immature et peu fouillée qui se contente de copier ses idoles. Mourn est bien loin de ça. Le talent de ses musiciens ne fait aucun doute, mais je ne saurai trop relever à quel point il faut ici parler d'instinct. Il n'est pas vrai que des artistes si jeunes puissent avoir la conscience artistique de produire une musique à ce point mature. Mourn, c'est donc un groupe qui abat les barrières artistiques que la jeunesse dresse habituellement.

Les morceaux de cet opus sont généralement assez courts. Relativement homogènes, ils ont le mérite de poser une véritable base aux futurs albums du groupe. De plus, Mourn réussit à se dégoter un univers tout à fait singulier, qui, s'il n'est pas sans rappeler certains groupes des années '90, n'en demeure pas moins original.

Dans l'ensemble, la musique de Mourn est très, très dépouillée. C'est étonnant tant les jeunes groupes ont tendance à en faire des tonnes. Rien de ça ici, la guitare est très présente, tout autant que la voix de Carla Pérez Vas, et la batterie vient en renfort dans un style très primaire. C'est tout. Et c'est super. "Your Brain Is Made of Candy" illustre parfaitement cette volonté, tout autant que "Misery Factory". A l'image de la pochette, on se retrouve plongé dans un univers très gris qui parvient facilement à nous emporter. Dans l'ensemble on retrouve de nombreuses influences de Sebadoh et de Slint (voir "Boys Are Cunts"). Mourn est aussi très bon en matière de Post-Punk noisy, comme il le fait sur "You Don't Know Me", "Otitis" et "Marshall". Les titres les plus inspirés de Patti Smith (du style de "Philliphius") sont en revanche moins originaux. 

Et puis, Mourn est tout aussi tranchant lorsqu'il ralentit le rythme, comme il le fait sur l'introduction de "Silver Gold", avant de devenir plus psyché. Il sera difficile de contester à ce morceau le trophée de meilleure création de l'album, lui qui, pour notre plus grand plaisir, nous rappelle certains Naomi Punk. On ressent incontestablement le besoin qu'a Mourn de crier son existence au monde entier. Sans compromis, le groupe frappe fort la où ça fait du bien mal. Rares sont les groupes à exploiter le côté Slint de la force. Les traits de comparaison avec ce dernier sont ici bien nombreux. Mourn vient de gagner son statut de groupe à suivre de très près. Il se pourrait bien qu'il sorte prochainement un opus qui attendra les plus hauts sommets.


mardi 18 novembre 2014

LP Review : Ty Segall - $INGLE$ 2 (Garage Rock)




Ty Segall. Le retour de notre Ty version Garage. Avant d'être un style musical, le Garage est un mode d'enregistrement. C'est ce que vient nous rappeler $INGLE$ 2, la nouvelle sortie de Ty Segall (via Drag City) qui fait suite à l'excellentissime Singles 2007-2010 paru en 2011 (chroniqué ici).

$INGLE$ 2 est un regroupement de B-sides et autres titres cachés qui ont été enregistrés entre 2011 et 2013 (la suite logique à la première version). Le son y est super lo-fi, véritablement lo-fi, au point que certains titres sont à peine audibles. Mais là n'est pas le point (si si).

A l'écoute de $INGLE$ 2, on croise parfois le chemin de bribes de titres qui sont depuis devenus des classiques, à l'image de "Hand Glams". D'autres fois, on trouve des morceaux tels que "For Those Who Weep" qui rappellent plus volontiers Sleeper et sa mouvance Acid Folk. En réalité, $INGLE$ 2 est surtout l'occasion de retrouver l'univers que Ty défendait il y a quelques mois encore. "Mother Lemonade" en est le premier exemple. Le deuxième, et assurément le plus brillant de tous, est sa reprise du "Femme Fatale" des Velvet. Ty en fait une pièce de Garage expérimental où le noisy rappelle le son de Lou Reed. Seulement, il semblerait que le spirit de "Sister Ray" soit venu contaminer le tout. C'est tout à fait génial. En s'approchant de la fin, on croise le chemin du très groovy "Music for a Film". Titre purement instrumental, il semblerait s'agir de la musique de Slacker fondue avec celle Woodstock. Ty conclut finalement sur un titre super-fuzzy comme il en a tant fait, "Pettin the Dog". Et après tant d'écoutes, c'est toujours aussi fort. Le constat s'impose, l'hétérogénéité de $INGLE$ 2 en fait un superbe album, et c'est surtout le retour aux sources qui achève de nous séduire. 

Certes, on y trouve beaucoup de démos, et il est en ça difficile d'affirmer que $INGLE$ 2 est un indispensable pour tout amateur de musique. Toutefois, il ne fait aucun doute qu'il contentera largement les fans de Ty Segall. $INGLE$ 2 n'est pas un conquérant comme l'est Manipulator, il n'ouvre pas de nouvelles perspectives et n'ira pas séduire les âmes ignorantes. Seulement, $INGLE$ 2 nous rappelle le Ty Segall des années 2009-2013, et il n'est pas anodin que Ty ait donné son feu vert à cette sortie après que le plus hi-fi Manipulator soit dans les bacs. Il se pourrait bien que Ty n'en est pas fini avec le monde du Garage, et ça, c'est l'excellente nouvelle du mois de novembre 2014 !


(mp3) Ty Segall - Femme Fatale (VU cover)


Liens afférents :

lundi 17 novembre 2014

Anachronique : ? and the Mysterians (rock'n'roll)




? and the Mysterians (prononcé Question Mark and the Mysterians), était un groupe originaire du Texas et basé à Bay City (Michigan). Formé en 1962, il aura fait paraître deux albums, dont l'excellent 96 Tears.

96 Tears parait en février 1966 et va très vite s'imposer comme le point de départ à de très nombreux genres : à la Power Pop, au Garage Rock, au Punk Rock et à la pop psychédélique (qui sera notamment imitée par les The Human Beinz en 1967). Rappelons à ce titre que The 13th Floor Elevators, inscrit dans les livres comme le premier groupe du genre, ne fera paraître The Psychedelic Sounds qu'en novembre de la même année. Et puis, notons que le psychédélisme mystérieux de ? and the Mysterians va plus loin que sur ses albums. Le songwriter du groupe, Question Mark, n'a jamais confirmé sa véritable identité. En revanche, il a toujours affirmé être un Martien ayant vécu une vie antérieure en compagnie des dinosaures. Un jour, une voix lui aurait dit qu'il jouerait toujours son titre "96 Tears" en l'an 10 000. A part ça, il va bien.

Avoir eu l'idée de mélanger le vieil R&B de l'époque avec un Garage naissant, tel fut le statement de Question Mark and the Mysterians. Et qui sait si on ne lui doit pas la scène actuelle ? Le groupe aura très directement influencé les Velvet (notamment sur "White Light/White Heat" et "I'm Waiting for My Man"), et je ne peux pas croire que l'on puisse être une référence du Génie (Lou) sans être responsable d'une partie de l'Histoire de la musique.

Alors, en quoi est-ce Question Mark and the Mysterians est si génial ? Tout se trouve dans sa quête absolue de la simplicité. Des titres tels que "Why Me" (dont je ne me lasserai absolument jamais) ou "Do You Feel It?" en attestent largement, ? and the Mysterians faisait partie de ces groupes capables de dénicher l'universel. Et puis, 96 Tears est un album d'amour, sur l'amour, pour l'amour. "Do Something to Me" (écoutez le son Jangle Pop de la guitare, brillant, comon' girl) et "Love Me Baby", par exemple, sont deux belles pièces Pop qui laissent place à la voix charmeuse de Question Mark. C'est pour cela que la Power Pop doit beaucoup à ce groupe. Comment rester insensibles à tant de générosité ? Chose impossible.

Question Mark and the Mysterians était à la fois un groupe très sixties (voir "Midnight Hour"), et un groupe en avance sur son temps. Le titre self-titled de cet opus, "96 Tears", est révélateur de tout ce paradoxe. Il n'est pas vraiment difficile de le situer comme du early sixties, et pourtant, Question Mark and the Mysterians le déconstruit de nombreuses fois. Notons que ce morceau atteindra la première place du Billboard en 1966, à l'époque où ça voulait encore dire quelque chose. On retrouve en somme toute la force de cette pop sixties aphrodisiaque à laquelle ? and the Mysterians y ajoute de nombreuses variations, un fait rare à l'époque où les Beatles allaient tout juste sortir de leurs opus super uniformes. "Up Side" et les deux don't, "Don't Tease Me" et "Don't Break This Heart of Mine", en sont la preuve. Le dernier cité y ajoute la force rockabilly d'Elvis et autre Buddy Holly.

Question Mark and the Mysterians savait comment créer les hits. "I Need Somebody" qui ouvre l'album en atteste mieux que les autres. Question Mark and the Mysterians y délivre une Pop qui rappelle les Troggs, un titre bref et sincère. D'autres fois, le groupe flirter avec la Soul. C'est ce qu'il fait sur une énième reprise de "Stormy Monday", ajoutant à l'original la patte d'artistes tels que The Cosmic Rays

Inutile de le rechercher, le mauvais titre de ? and the Mysterians n'existe pas. L'album est une poésie de rock'n'roll, une vieille épopée qui prouve à elle seule que le rock n'était pas affaire de mœurs ou de religion (Question Mark était le premier fils d'immigré mexicain à percer dans le milieu aux Etats-Unis). En ça, 96 Tears aurait pu être le fer de lance d'une Amérique honteuse de ses ségrégations artistiques. Imaginez la voix  (grave) sponsorisée par le gouvernement américain : "96 Tears s'impose a bien des occasions : une soirée cool entre amis ? Un repas de famille ? Un rencard chill et sentimental ? 96 Tears est l'album qu'il vous fait. Disponible chez tous les bons disquaires".

Question Mark and the Mysterians, c'est l'éloge du véritable rock'n'roll, celui qui va droit au but et qui ne s'encombre jamais. Pour cette raison, certains critiques ont un jour décrété que ? and the Mysterians était le premier groupe de Punk de tous les temps. A vrai dire, je ne suis pas certain que l'on trouve là ce qui fasse de ? and the Mysterians un groupe de Punk. Je crois plutôt qu'il mérite cette étiquette pour ses mélodies parfois agressives, ses riffs toujours rapidement distillés et l'attitude des membres (photo, photo, photo). J'y trouve également une traduction musicale au nihilisme. La musique du groupe était mystérieuse, comme venue d'un lieu inconnu, ce que le groupe cultivait d'ailleurs. Là se trouve à mon sens une énorme partie de l'influence du groupe sur le Punk. Une chose est sûre, Question Mark and the Mysterians continuera encore longtemps de susciter le débat. Autant que l'on y participe également en France, ce à quoi je n'ai jamais assister, so far... 




Liens afférents :

jeudi 13 novembre 2014

Single : Cherry Glazerr - Had Ten Dollaz (Bubblegum Pop)




Cherry Glazerr. La pop gentille et mignonne de Cherry Glazerr. Still in Rock présentait le groupe en janvier dernier (il s'agissait du tout premier article de 2014). Ce dernier venait alors de faire paraître son nouvel opus, Haxel Princess, via Burger Records. Cherry Glazerr a depuis migré vers Suicide Squeeze Records, un label indépendant de Seattle. Il a également considérablement gagné en hype, et je me disais alors qu'il se pouvait bien qu'il en soi fini du Cherry Glazerr indépendant et créatif. Il vient de faire paraître deux nouveaux titres, "Had Ten Dollaz" et "Nurse Ratched", qui viennent confirmer qu'il n'en est rien.

Le A-side, "Had Ten Dollaz", est clairement l'un des meilleurs titres à ce jour composé par le groupe. Le titre a tout du single, légèrement groovy et tout en contrôle, Cherry Glazerr parvient à trouver une nouvelle mélodie qui accompagnera parfaitement son "All My Friends". Je n'en attendais pas autant du B-Side, "Nurse Ratched". Pourtant, on retrouve ce même son de guitare crunchy qui accompagne parfaitement la voix de Clementine Greevy. Plus noir, il se rapproche d'un univers plus nineties. Peut-être est-il même plus intéressant que le premier ici cité.

Dans son article sur Burger Records (ici), le New York Times présentait Cherry Glazerr comme la révélation absolue. Je ne suis pas certain qu'il mérite tant d'honneur, et je me souviens de ma surprise lorsque j'avais découvert ces louanges. Mais après tout, Cherry Glazerr est très bon à ce qu'il fait : produire une pop qui pousse à de nombreuses écoutes, comme pour entrer dans le monde des bisounours en compagnie de la déjà mystérieuse Clementine Creevy. 


(mp3) Cherry Glazerr - Had Ten Dollaz
(mp3) Cherry Glazerr - Nurse Ratched


Liens afférents :
Interview de Wyatt Blair
Article de présentation de Cherry Glazerr

mercredi 12 novembre 2014

LP Review: Volage - Heart Healing (Garage Pop)




Volage est un groupe français originaire de Le Blanc (dans l'Indre) et formé en 2011. Petit protégé d'Howlin Banana Records, il vient tout juste de faire paraître son nouvel opus, Heart Healing.

Composé de 11 morceaux, Heart Healing fait de nombreuses fois penser au rock garage sixties des Troggs. Ce groupe a amorcé l'arrivée du Punk, et on ressent dans la musique de Volage ce même besoin d'immédiateté. La plupart des mélodies sont très rapidement amorcées dans une mouvance parfois proche de ? and the Mysterians. Les titres les plus pop de l'opus, "6h15", "Wait" et autre "Upset", rappellent plus volontiers ces bons vieux Hollies, une autre référence anglaise, ce qui n'est pas pour déplaire dans un monde où chaque album de garage pop/rock est nécessairement comparé à Ty Segall ou John Dwyer.

Très astucieusement, Volage s'introduit sur le morceau qui a tout du parfait single : "Owl". Rythmé et parfaitement calibré, il représente finalement le juste-milieu à beaucoup de titres de cet album. Pop Rock, british et suffisamment sixties pour nous paraître familier, "Owl" fonctionne à merveille. Mais là n'est pas le plus intéressant.

On se rive rapidement sur le premier titre rock'n'roll de l'album, "Loner". Ses 7 minutes attirent nécessairement notre attention tant il est rare qu'une telle marque soit atteinte dans le monde du garage. Volage fait une excellente exploitation du temps qu'il s'impartit, donnant même dans un psychédélisme qui ne saurait trop me rappeler Syd Barrett. Pourtant, les accords tout à fait massifs de ses deux premières phases ne laissent en rien présager l'arrivée d'un dandysme anglais. "Loner" est finalement un des tout meilleurs titres du genre de l'année, une pièce particulièrement intéressante en ce qu'elle ne perd en rien de son aspect expérimental malgré une instantanéité implacable. C'était tout le paradoxe qu'avait pour la première fois réussi à élucider The Piper at the Gates of Dawn. Volage vient de s'y essayer avec brio.

"This Ain't A Walk" continue dans une veine similaire. Le son de la guitare y est bourdonnant, ce qui produit un superbe effet grisant. J'y retrouve le Ty Segall (nous y voilà) de Twins, la folie de Pangea et le dépassement de Sic Alps. Disons-le sans détour, "This Ain't A Walk" fait partie de ces morceaux qui galvaniseraient la mamie de Bernadette Chirac, un titre capable d'extraire ce qu'il y a de plus brutal en chacun de nous. Qu'il est bon de ressentir les palpitations d'excitation à l'entame d'un titre. Volage nous y découpe les tympans avec l'habilité d'un Fugazi égaré dans les années 2010.

"Paolina" réalise la transition entre la grande virulence des deux morceaux précités et la fin de l'opus. Si on est plus volontiers scotchés par les mélodies rock'n'roll de l'album, je ne saurai trop vous conseiller une écoute répétée du petit dernier, "Love is All". C'est finalement au tour de Mikal Cronin de bien se tenir. J'écoutais il y a peu cette chanson assénant le fait que "nobody write sad songs anymore". Je me laissais convaincre par cette phrase répétée plusieurs dizaines de fois, et "Love is All" trouvait alors une résonance toute particulière. Une véritable chanson d'amour de la lignée de grands songwriters.

Assurément, Heart Healing intègre le top des sorties réalisées par Howlin Banana depuis sa création. L'album présente l'immense qualité de savoir comment parfaitement naviguer entre différents styles. 2014 vient d'être, une nouvelle fois, marqué au fer rouge d'une musique française d'excellence.




En concert le 28 novembre prochain au Point Éphémère.


Liens afférents :