mardi 21 octobre 2014

LP Review : Paul Jacobs - Do It Again (Garage Rock)




Paul Jacobs. Still in Rock l'a déjà crié haut et fortPaul Jacobs est LA révélation de l'année. Tous genres confondus. Seulement, il se trouve qu'il produit du Garage. Alors nécessairement, la musique de Paul Jacobs saisit particulièrement par son aspect brut. J'étais donc "inquiet" lorsque Paul me confiait qu'il s'apprêtait à faire paraître un LP qui reprendrait plusieurs de ses titres déjà existants. Ce genre d'exercice mène généralement à des versions aseptisées pas vraiment convaincantes. Mais rien de cela ici, les titres de Paul Jacobs conservent toute leur force. N'est pas un artiste de Garage qui veut. Certains s'y retrouvent à cause de la faible valeur de leurs premiers équipements audio, comme par défaut. D'autres y naviguent avec classe et brio. Vous aurez compris dans quelle catégorie je situe Paul Jacobs. 

Après avoir donc faire paraître 3 LPs, Paul a décidé de nous prendre à la gorge en sortant son nouvel album le 2 octobre dernier, j'ai nommé Do It Again. Compilant certains de ses titres préférés issus de ses précédents albums, Paul Jacobs fait ici un checkpoint dans sa toute jeune carrière, comme pour s'apprêter à partir ensuite sur des bases encore plus élevées.

On retrouve d'entrée le "Waiting for the Grave" de I Need a Place to Keep My Stuff. La version est similaire à celle que nous connaissions déjà. Et son effet est également similaire : c'est une tuerie. "Eee Eye" se fait immédiatement pressentir comme étant un killer en devenir. Son explosion est plus contenue que sur sa première version, comme enfermée dans une bulle lo-fi. "Broken Pencils" rappelle pour sa part les allures plus Punk de Paul Jacobs. Il nous sort un de ses interludes magiques avant que le titre n'explose à nouveau, échos sur la voix, lo-fi sur la guitare, batterie noisy.

C'est avec un immense plaisir que l'on recroise également "Trippin' in the Park". Disons-le, ce titre représente ce que Paul Jacobs sait faire de mieux. Du Garage à son sommet. Du brut, de l'animal. On ne coupera pas non plus à réécouter "Sharp Dress" dans une version plus Pop. Ce titre est à mon sens l'un des 3 meilleurs jamais composés par Paul Jacobs, c'est donc avec soulagement que je constate qu'il est, dans sa deuxième version, toujours aussi fort !

Cet LP sera l'occasion de mettre un coup de projecteur sur "Waking Up", assurément l'un des morceaux les plus puissants de l'album. Ce morceau trouve ici une nouvelle peau. Peut-être est une dû à une version plus percutante. Peut-être est ce tout simplement dû à sa place sur la maquette de l'album. Quoi qu'il en soit, "Waking Up" vient de se révéler à nous. On trouve également une création toute nouvelle avec "The Telephone", titre qui contraste avec la toute-puissance de "I Know You Hate Me" qui le succède. "Bag of Bones (Do It Again)" vient conclure sur de la surf Pop, un titre complètement étranger à l'univers des précédents. Pas mon préféré.

En bref, cet LP est l'occasion de se replonger dans la déjà très riche discographie de Paul Jacobs. Do It Again s'impose comme l'un des meilleurs LPs de l'année. Son écoute est jubilatoire, souvent harassante, mais toujours mirifique. Paul Jacobs place le Garage dans des sphères rarement atteintes. Impossible dès lors de ne pas tarir d'éloges à son égard, ni même d'y trouver le moindre détail à redire. On n'assiste pas à la naissance de tels artistes chaque année. Je le disais dans le Best of Juillet 2014, "Paul, nos yeux sont désormais braqués sur toi.". Plus que jamais, ils continuent de l'être. Le Garage est en train de vivre sa plus belle Époque depuis sa création, tâchons de le garder à l'esprit.

lundi 20 octobre 2014

Anachronique : Witch (Psych Rock)




Witch (acronyme pour We Intend to Cause Havoc !) était un groupe... Zambien. Je ne crois pas avoir beaucoup écrit sur la scène africaine. C'est une erreur. Outre l'excellente qualité du groupe du jour, cet article est également un prétexte pour donner un coup de projecteur à cette scène particulièrement active dans les années '70. Pour des raisons que j'ignore, elle est assez peu représentée dans la presse spécialisée. Pour apporter une toute petite pierre à l'édifice, voilà donc cet article sur l'un des tout meilleurs groupes de l'époque. 

Mené par le chanteur Emanyeo "Jagari" Chanda, Witch délivre du rock'n'roll, un rock'n'roll si pur qu'on le perdrait presque de vue. On retrouve dans Witch tout ce qui fait les codes de ce genre. Par ailleurs, on peut lire ici ou là que la musique du groupe n'a rien d'Africaine, et qu'il ressemble plus qu'autre chose à un pur produit de la culture américaine. C'est faux ! Sans évoquer l'accent du chanteur, Emanyeo "Jagari" Chanda, comment ne pas voir que le groupe parvient à transcender le Garage Rock sixties américain pour y ajouter les jams si symboliques de la musique de son continent. Nul besoin de longues plages sonores pour y injecter tout le groove nécessaire, Witch parvient toujours rapidement à nous engourdir l'esprit.

Dès le premier morceau, "Introduction", le décor est immédiatement planté : le Mojo de Witch est implacable et Emanyeo "Jagari" Chanda ne cherche pas à se faire passer pour plus américain qu'il ne l'est (pas). Il introduit tous les membres du groupe dans un élan qui lance parfaitement un LP fascinant à bien (tous) des égards. Et quel plaisir que d'avoir à entendre ce son de guitare si parfaitement saturé. On y retrouve l'énergie des Monks, quelques milliers de kilomètres ailleurs.

"Home Town" vient rapidement constituer le premier morceau instrumental de cet album. Ce titre donne déjà de nombreux indices sur la puissance de Witch : 1/ une structure super simple comme super efficace ; 2/ une guitare crunchy qui, par intermittence, vient nous embrumer l'esprit ; 3/ un jam entêtant. En voilà du rock'n'roll ! Et puis, vient "You Better Know". On entre là dans le vif du sujet. Witch délivre son tout premier Hit. L'Afrique coloniale n'a qu'à bien se tenir, Witch fait peser sa musique sur les débuts du psychédélisme. La musique de Witch est dépouillée à l'extrême. On croirait entendre les démos des Velvet Underground.

L'arrivée d'un nouveau jam se fait imminente avec "Feeling High". Nécessairement plus lent que les autres morceaux, il a le mérite de marquer le passage dans la deuxième moitié de l'opus. Influence Jimi Hendrix maximale ! S'il n'en fallait qu'un, c'est avec "Like A Chicken" que Witch parviendra à traverser l'histoire. Ce titre restera comme le meilleur du groupe. Surpassant bien des mélodies-star du début seventies, Witch avait ici créé un de ces morceaux qui, pour des raisons quasi-mystiques, atteignent la perfection d'un genre. La guitare de Gedeon Mulenga colle parfaitement à ce refrain immortel.

"See Your Mama" est Le titre le plus psychédélique de l'album. Mouvance White Light/White Heat. Dans la continuité, on retrouve le titre "Try Me", une berceuse qui allie la pop psychédélique des Witch à de nombreux accords jazzy. Et puis, a l'approche de la toute fin vient "No Time". C'est l'un des meilleurs refrains de l'album. Sur une structure très simple, Witch alterne entre interludes de guitares et des couplets fifties. Je ne peux m’empêcher de penser que le groupe est meilleur lorsque Emanyeo "Jagari" Chanda prête sa voix à cette seventies décomplexée. 

D'autres scènes africaines, particulièrement celle nigérienne, glaneront un peu l'attention des médias. Les Zambiens de Witch ne parviendront donc jamais à accrocher l'attention d'un Major, et resteront largement inconnus. Pourtant, Witch fut en son temps le fer de lance de la mouvance Zamrock. Avec ses pédales wah wah, Witch ne manque pas de citer Jimi Hendrix, Buddy Guy et James Brown comme influences. Emanyeo le dit, être capable de jouer "Hey Joe" était la condition sine qua non pour monter sur scène, d'où la virtuosité apparente de son groupe. Pourtant, le premier album de Witch, réalisé en Zambie ce qui était très rare à l'époque (beaucoup de groupes partaient enregistrer en Tanzanie), est plus dépouillé que les légendes qu'il cite. Sa musique est aussi plus sauvage que celle de Musi-O-Tunya, autre groupe Zambien de l'époque. Pour cette raison, Witch est un pionnier qui, lorsque la scène ouest-africaine renaîtra, sera largement cité et reproduit. Witch, c'est un peu le bébé Velvet / Jimi du continent. 


(mp3) Witch - Introduction (1973)


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Article anachronique sur Kim Fowley
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jeudi 16 octobre 2014

Still in Rock présente : Thurston Moore (Alt Rock)




Thurston Moore est connu pour avoir longtemps été le co-leader du fabuleux Sonic Youth. Personnage toujours controversé, il a récemment fait l'objet de nombreuses polémiques. La plus grande de toutes ? Sa séparation avec Kim Gordon, chanteuse de Sonic Youth (rendez-vous compte). Alors forcément, les haters et autres Kim-lovers se sont mis en tête d'attendre Thurston au tournant. Ce dernier fera paraître un nouvel album solo le 20 octobre via Matador Records. Nommé The Best Day, il s'agira déjà de son cinquième essai. 

J'ai toujours grand plaisir à ne pas voir une légende du rock se compromettre dans un autre style de musique plus électronique (la mode actuelle). Il ne faut pour autant pas baisser sa garde. Les légendes doivent parfois rester là où elles sont, et chaque nouvel opus n’est pas forcément une nécessité. Robert Pollard et Stephen Malkmus (Pavement) parviennent à agrémenter leurs discographies d’excellents albums. Mais tant s’y sont cassés le nez.

Que nous réserve alors The Best Day ? L'album s'ouvre sur "Speak To The Wild". Dans la lignée très directe du célèbre Daydream Nation, Thurston Moore délivre une introduction magistrale de plus de 8 minutes. The King has come. Ce premier titre de l'album se veut très grand, ce qui ne manquera pas de susciter quelques rejets. Mais notons qu'il atteint là un niveau que peu peuvent en réalité espérer. Jouant à fond la carte Rock Alternatif, Thurston Moore n'hésite pas à créer une montée en puissance fidèle au Sonic Youth de 1988. 

"Forevermore" enchaîne dans une même ambiance post-apocalyptique. Vous avez trouvé le premier titre trop long ? Accrochez-vous, celui-ci dépasse la marque des 11 minutes. Un temps qui paraît assez court tant le son métallique de la guitare fait bien le travail. "The Best Day" commence lui sur des bases plus rythmées, plus rock'n'roll. Et puis, le titre varie parfaitement toujours dans un esprit très nineties qui me rappelle certaines introductions quasi-Grungy de Pavement. Parfois, dans un élan plus punk et plus brut, on croirait entendre Robert Pollard. C'est le cas sur le titre "Detonation".

On retrouve la puissance (du décrié) NYC Ghosts & Flowers sur "Vocabularies" et "Grace Lake". Leurs introductions planantes, sorte de pop spatiale expérimentale, nous plongent dans une contemplation qui nous rappelle à quel point les années '90 ont apporté à la musique. "Grace Lake" renvoie à certains passages de "The Best Day", ce qui n'est pas sans créer une cohérence qui rassure dans le monde hétéroclite de Moore. Ce titre est un modèle du genre, un grand morceau dont les qualités sont indéniables. L'album se conclut sur "Germs Burn". Et disons qu'il est particulièrement intéressant en ce qu'il lie la musique Alt Rock de ses premiers amours avec un style plus Punk. L'arrivée d'un solo façon seventies vient, une dernière fois, brouiller toutes les pistes.

En somme, cet album ne révolutionnera Thurston Moore. Il ne sera pas non plus l’un des temps forts de sa carrière. "Révéler l’Art en cachant l’artiste, tel est le but de l’Art", et je ne suis pas certain que Thurston se cache toujours derrière sa musique. Malgré ça, Thurston emploi de nombreuses de ses formules secrètes auxquelles il ajoute quelques nouveautés. Et ça suffit à en faire un bon album qui nous occupera un bon moment. Il est difficile de concevoir le fait que cet artiste ait maintenant 56 ans. Son nom est à jamais inscrit comme symbole de la jeunesse, et ce n'est pas The Best Day qui viendra l'entacher. Au contraire.


(mp3)  Thurston Moore - Speak To The Wild
(mp3)  Thurston Moore - The Best Day


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Article sur Pavement (ami avec SY)

mercredi 15 octobre 2014

LP Review : Tomorrows Tulips - When (Pop Lo-fi)




Tomorrows Tulips. Introduit durant l'été 2013 sur Still in Rock (article), Tomorrows Tulips est de fait un groupe destiné à faire parler de lui pour la simple et bonne raison que ses membres ont "Le Style". C'est, une fois encore, ce que dénonce Total Slacker (ici) : soyez beau, faites de la musique Indie, soyez connus.

Toutefois, Tomorrows Tulips a l'immense avantage, en plus de celui du physique Kurt Cobainien et de l'accoutrement vestimentaire, de produire une musique intéressante. Quelle est-elle ? Une psych Pop qui emprunte à la musique noisy son aspect très saturé, tout en y ajoutant par moment une légère touche de surf (bien moindre que sur Experimental Jelly), un peu de Folk dans d'autres. Il y a, dans ce When inattendu, quelque chose de très brillant. Tomorrows Tulips semble enfin avoir trouvé un son qui le différencie de la foule Dream Pop.

"Baby" introduit cet opus sur les notes les plus vives de tout l'album. "Surplus Store" vient très vite prendre le relais. C'est, déjà, l'un des meilleurs titres de When. Comment ne pas se rappeler alors le génie de Connan Mockasin ? Lorsqu'arrive "Laying In The Sun", on ne peut s’empêcher de penser que l'exercice est tout de même un peu... cliché. We got it. Pourtant, comme souvent sur cet opus, Tomorrows Tulips finit par nous prendre aux tripes lorsque la deuxième guitare arrive en renfort. Avec une batterie finalement assez jazzy, le titre fait le travail. Dans un même registre, "I Lay In My Bed" est facile, et si bon. Jouons à fond la carte clichée et écoutons le dimanche prochain, au réveil de 14h. Je me permets de reprendre une énième fois la métaphore de la sieste éveillée tant elle s'accroche parfaitement à ce morceau. S'ensuit "Glued to You", que je chroniquais déjà en août dernier (ici), soulevant particulièrement l'absence de mise en avant de la guitare. Tomorrows Tulips n'est donc pas du Punk (ah... ça...).

Il y a sur "Favorite Episode" une belle montée en puissance, qui, sur de premiers airs de Sonic Youth, vient finalement former l'un des tout meilleurs titres de l'album. Une leçon ? Tomorrows Tulips excelle dans le genre psychédélique, ce qu'il exploite finalement assez peu. Peut-être serait-ce une bonne idée qu'il s'y penche sur son quatrième album. Je dois dire en effet que Murals produit, dans le genre Pop Folk Dreamy, une musique de très haute voltige qui, de toute façon, ne sera pas égalée. M'enfin bon, nous ne en sommes pas encore là. Retour à l'album.

Un peu comme le fait Boys Age (article), "Down Turned Self Pity" est un titre très lancinant où la voix d'Alex Knost est très présente, ce qui contraste avec l'instru où l'effet studio joue en plein. Et puis, une fois encore, on y entend toute l'influence de Ian Svenonius sur la scène actuelle. "Papers By The TV" est pour sa part à la sauce DIVO. Finalement très eighties, on regrette de ne pas en entendre plus. Paradoxalement, "Plan It Peace" dure deux fois plus longtemps, et le titre peine à convaincre. Oh, on l'écoutera volontiers, mais pas franchement de quoi en faire un caprice. Pour sa part, "Confetti and Glue" me fait plus volontiers penser à de la Folk Pop rêveuse. Je ne peux m'empêcher de me délecter de la guitare semi-crunchy qui arrive sur le final. Tomorrows Tulips en fait de la soie. Sans en avoir l'air, ce morceau est l'un des temps forts de l'album.

La maquette de l'album est bizarrement pensée : les titres varient parfaitement sur la première partie alors que la Face B est beaucoup plus monotone. Peut-être est-ce volontaire, l'idée étant de nous faire entrer dans une léthargie hivernale. Toutefois, je note qu'il faut tendre l'oreille pour continuer à s'émerveiller de la richesse de cet album alors que, si "Clean", le dernier titre, eut été placé plus en avant, la délicatesse de la guitare nous aurait plus facilement frappée.

Au final, malgré ces petits défauts, When est un beau patchwork de Bedroom Pop. Je ne me fais aucun souci sur le fait que Tomorrows Tulips en tirera toute la reconnaissance qu'il mérite. On entend jusque dans la production tout l'amour qu'il y a mis. C'est une belle pièce de musique Pop qui tire parti de tout ses atouts.


Note : le groupe est en concert ce soir à l'Espace B.


(mp3) Tomorrows Tulips - Surplus Store
(mp3) Tomorrows Tulips - I Lay In My Bed


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Article de présentation de Tomorrows Tulips (2013)

mardi 14 octobre 2014

Still in Rock présente : Strange Lords (Heavy Psych Rock)




Strange Lords. Mais où sommes-nous ? Strange Lords est un groupe originaire de Gainsville (Floride) qui a fait paraître son premier album en juillet dernier. Composé de 9 titres, on y trouve une musique que je peine encore à rapprocher à celle d'un autre groupe. Sur fond de surf music, Strange Lords délivre un vieux rock'n'roll quasi rockabilly, bien psychédélique, super heavy. Avec trois petits montres sur sa pochette, cet album tombe à pic en cette période d'un Halloween naissant. Sortez les griffes.

"Knuckle Duster" introduit les débats. Welcome Frankenstein! On trouve sur "Amano-Iwato" la formule secrète de Strange Lords : des riffs très noirs et un jeu de batterie super efficace. "Rat Walker" augmente encore un peu le ton. Avez-vous déjà vu Bad Santa faire du surf ? Le voilà, sourire aux lèvres, un peu de sang aux commissures ! Sur la plage, Vahine nous attend avec ses cocktails morbides. "Stanky Dracula" nous dit tout dans son appellation. A croire que Coppola n'est pas le seul à savoir s'y prendre avec ce personnage mythique. Un "Grease Devil" bien Punk plus loin vient enfin "The Golem", le totem de cet opus, son fer de lance, sa raison d'être. "Szandora", le dernier morceau de cet album, atteint quasiment la marque des 3 minutes, un record.

Le 4 octobre dernier, Strange Lords faisait paraître un nouveau titre, "No Grave". Au pays des sorciers, les aveugles sont rois. Nul besoin d'autre chose qu'une bonne paire d'oreilles pour apprécier ce nouveau riff toujours aussi dévastateur. La bande de Waylon Thornton and the Heavy Hands et The New Shitbirds accueille donc un formidable petit monster à sa clique. Strange Lords parvient à chaque fois à faire ressortir en nous une énergie très primaire. Assurément l'un des albums les plus dynamités de l'année, ce corpus self-titled est un exemple de ce que le rock est tout puissant. Comme savait le faire le groupe des Mummies, il joue à fond la carte du Gore en la transcendant d'un rock'n'roll à la frontière de bien des genres. 




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Article sur Druggy Pizza

lundi 13 octobre 2014

Anachronique : The Gun Club (Post Punk)




The Gun Club était un groupe formé sur la côte ouest des Etats-Unis en 1978. Toujours mené par le très charismatique Jeffrey Lee Pierce, le groupe fait paraître son premier album, Fire of Love, en 1981 via Slash Records. Pour la petite histoire, le nom du groupe est une idée du colloque de Jeffrey Lee Pierce, qui n'était autre que Keith Morris, le chanteur du légendaire Black Flag.

Lorsque l'on évoque les influences d'un groupe, on parle généralement de ces sonorités empruntées aux grandes références et que l'on retrouve dans des albums post-X. Rien de cela avec The Gun Club. Les influences du groupe reflètent ici une autre façon de faire. Je ne saurai douter que, lorsque Lou Reed a pour la première fois écouté les Gun Club, il a dû être admiratif de cette autre façon de faire. The Gun Club montre un nouveau chemin pour la pop, pour le Punk, pour le rock'n'roll. The Gun Club, à l'image des Velvet, a montré qu'il est possible, lorsque la volonté et le talent en sont, de faire une musique nouvelle qui ne se contente pas de faire la synthèse du passé. L'art est certes un éternellement recommencement, et aucun artiste de renom ne saurait nier que ses créations sont nécessairement inspirées (en partie) de l'Existant, de la pensée commune, de l'inconscient collectif Jungien. Seulement, certains parviennent, par leur infime apport à un art, à faire partie de ceux qui influenceront les générations futures. D'autres n'y parviennent jamais.

On trouve indéniablement du Punk Blues dans Fire of Love. C'est excitant tant il est difficile sinon impossible de penser à un autre groupe qui s'inscrive dans ce genre précis (certes, le Punk Country de Country Teasers n'est parfois pas très loin, mais tout de même). Mais surtout, la musique de Gun Club est du véritable Post Punk. Il ne faut pas comprendre cette étiquette au sens qu'elle prendra plus tard avec des groupes tels que Wire et Pere Ubu. Non, le Post Punk de Gun Club répond à sa notion originelle, celle où la musique emprunte au Punk sa rage et sa simplicité, tout en lui apportant les variations structurelles dont le genre premier ne se souciait pas. 

The Gun Club n'a jamais atteint le grand (et moyen) public. La faute à des titres trop expérimentaux, trop avantgaristes. Finalement, seuls les Velvet on véritablement réussi à se hisser au statut de légende du rock sans jamais laisser tomber toute leur innovation musicale. Seulement, les Velvet étaient également une image, une marque. Les Gun Club n'ont pas pu profiter de cette aura, et me voilà à en vanter les mérites, car trop peu le font.

Ce ne sont pourtant pas les hits qui manque à Fire of Love. L'album s'ouvre sur "Sex Beat", où l'on comprend que le beat de Jeffrey Lee Pierce est inimitable. "Promise Me" est la première apparition du fantôme des VU. On retrouve une référence sur "She's Like Heroin To Me". "For The Love Of Ivy" (morceau composé par Kid Congo Powers) est le premier titre à m'avoir fait adhérer au(x) Gun Club. Ce titre restera comme l'un des meilleurs de sa décennie, parce que violent et créateur, parce que ses changements de rythmes ne s'apprivoisent jamais. "Preaching The Blues", titre de Robert Johnson, joue dans la même catégorie. Dans un style plus Punk '77, on trouve "Ghost On The Highway" et "Black Train". "Jack on Fire" renoue avec le flow de Lou Reed. Cette pièce musicale se transforme en un formidable chant incantatoire psychédélique, façon The Jesus and the Mary Chain

Finalement, la musique des Gun Club revêt une importance toute particulière en matière d'histoire de la musique, à mille lieues de l'anonymat du groupe. The Gun Club est régulièrement citée dans les discussions obscures de bar DIY comme étant le sacro-saint du début des années '80. Jack White pose lui même la question : "'Sex Beat', 'She's Like Heroin To Me', and 'For The Love Of Ivy'...why are these songs not taught in schools?". On retrouve cet album dans de nombreux classements. Citons Gimme Indie Rock: 500 Essential American Underground Rock Albums 1981-1996. Il est par ailleurs régulièrement décrit comme étant l'un des albums les plus sous-estimés de tous les temps. Sans lui, la scène de Los Angeles n'eut probablement jamais connu l’essor si rapide qui fut le sien dans les années '80 alors que New York écrasait encore le reste des Etats Unis. 

Pour moi, The Gun Club sera toujours l'apologie de l'underground. Un underground qui le sera resté jusqu'au bout. Je ne crois absolument pas que les Gun Club auront un jour toute la reconnaissance qu'ils méritent. Je suis en revanche intimement convaincu que La Scène finira par lui reconnaître tous ses mérites. Dans d'autres circonstances, the Gun Club aurait pu s'associer avec un gourou façon Andy Warhol qui aurait popularisé le groupe jusqu'à le répandre sur les t-shirts de la terre entière. Après tout, Basquiat représentait visuellement ce que les Gun Club faisaient en matière de musique. Le combo eut était l'un des plus puissants jamais créé. Mais trêve de refaire l'histoire.




(mp3) The Gun Club - For The Love Of Ivy (1981)
(mp3) The Gun Club - Jack on Fire (1981)


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Article anachronique sur Country Teasers
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dimanche 12 octobre 2014

Still in Rock présente : Christian Bland and The Revelators (Psych Rock)




Christian Bland and The Revelators, c'est le projet du guitariste des Black Angels, lui qui est aussi à l'initiative du Austin Psych Festival. Autant dire qu'il connait donc plutôt bien son sujet en matière de psychédélisme.

Christian Bland and The Revelators vient de faire paraître son nouvel album, le troisième, nommé The Unseen Green Obscene, via le label Reverberation Appreciation Society (on y reviendra). Je me suis un moment questionné sur ce qu'était le statement de cet album. Son écoute révèle quelque chose de très particulier, mais difficile à identifier. Alors, que m'apportait-il ? Qu'est-ce qui faisait qu'il me touchait à ce point ?

En fait, Christian Bland and The Revelators excelle dans tous les sous-genres de la musique psychédélique. C'est ce qui rend cet album difficile à saisir. On ne sait finalement trop quand l'écouter. Il suscite en nous de nombreuses émotions et faire ressortir un nombre d'énergies si contradictoires que l'on peine à s'y retrouver. Au final, la musique de Christian Bland and The Revelators nous enveloppe toujours délicatement dans un psychédélisme de velours.

Introduit par le couple très lancinant "The Sun Is Fading Away" / "The Last Summer", Christian Bland and The Revelators joue de reverb' sans retenu. Et puis, le groupe s'aventure clairement sur les terrains de The Jesus and the Mary Chain (immense influence) avec "Daughters Of The Sun" où le shoegaze vient petit à petit monter en puissance. Mais ne nous sommes encore pas au paroxysme de cet opus. 

C'est avec "Gnostic Blues", sixième titre de l'album, que Christian Bland and The Revelators nous envoie une première claque en pleine figure. On attaque alors une série de morceaux tout à fait surprenante où le groupe va jongler d'un style à l'autre avec une dextérité peu commune. L'album se tourne vers du blues psychédélique avec "Diddley Stomp", l'un des tout meilleurs titres de sa discographie. Sa structure est on ne peut plus simple, Bo eut été content de l'entendre. 

Et c'est alors que l'on croise la route de l'un des titres les plus entêtants de l'année : "Reverberation Appreciation Society". Un, on rêverait d'intégrer cette fameuse société du culte de la reverb. Deux, la toute simplicité de ce morceau prouve une nouvelle fois la capacité de Christian Bland and The Revelators à nous toucher sans trop d'artifices. Trois, la Reverberation Appreciation Society est un label qui a fait paraître les opus de Christian, d'où le pourquoi du comment. Un bel hommage. "Cb160" vient renouer avec un shoegaze à la Galaxie 500, avant que, finalement, "Brian Wilson" vienne marquer un nouveau temps (très) fort de l'album. Les quatre derniers titres de l'album marque une nouvelle époque dans celui-ci. "Guns For Guitars", avec ses airs de slow façon années 1980', parvient toujours à nous saisir dans un élan très sincère. C'est ce que l'on retrouve sur "Point Man Blues". 

Je note que l'on a finalement (pour l'heure) eu assez peu de bons albums de musique psychédélique en 2014. Je compte Morgan Delt, bien entendu White Fence, les Murlocs, les débuts de Ty en la matière et quelques autres singles (ici, ici), mais pas bien plus. Cet album devrait donc avoir un retentissement tout particulier. 


(mp3) Christian Bland and The Revelators - Brian Wilson
(mp3) Christian Bland and The Revelators - Diddley Stomp


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Article sur The Jesus and the Mary Chain
Album Review du dernier album de White Fence

jeudi 9 octobre 2014

EP : Mold Boy - Floater (Spectral Pop)




Mold Boy. Cela faisait longtemps, bien trop longtemps, que nous n'avions pas eu de nouvelles de Mold Boy, aka Alex Calder. Alex, voyons, comment as-tu pu penser que nous laisser deux mois sans nouvelles musiques à nous mettre sous la dent serait une bonne idée ?

C'est finalement le 7 octobre dernier qu'Alex Calder s'est décidé à faire paraître un nouvel EP, Loader. On (re)trouve immédiatement sur “Dissolve”, le titre introductif, tout ce qui fait d’Alex un grand artiste : on reconnait sa pâte dès les premières secondes, et on est heureux de la reconnaître parce que l’on sait qu’il nous donnera toujours les nuances que l’on attend. Vient ensuite “Floater”. C'est l'un des meilleurs titres jamais composés par Alex à ce jour. Et ce n'est pas rien de le dire tant il est prolifique. Le titre est ludique, toujours pseudo-ironico-Calderien, et parfaitement varié. Il est, à lui seul, une petite épopée au pays (dans le cerveau ?) de Mold Boy. “Media Man”, c’est Mold Boy qui nous entraîne dans son monde fantasmagorique habituel, avec deux Alex Calder, celui en lead singer, celui qui vient le backer pour donner un peu de consistance Dream Pop.

Alex Calder en surprendra beaucoup avec le titre “Rewind”, mais certainement pas nous. Ce morceau, très bon, ne nous y trompons pas, n’est en fait qu’une reprise de son titre “Rewind my Mind” paru en juillet 2013 sur son tout premier EP. Je me délecte à l’avance de lire les articles de ceux qui diront que cette nouvelle création indique clairement une nouvelle direction artistique. Quel farceur ! Et puis, Alex parvient une dernière fois à susciter notre fascination sur “Nothing To Do”.

Ce nouvel EP de Mold Boy, est, une fois encore, une franche réussite. Les critiques Still in Rock à l’égard d’Alex Calder sont décidément toujours très élogieuses, mais que faire, il s’agit d’un de ces artistes majeurs de la scène qui, au demeurant encore inconnu de beaucoup, méritent tous ces honneurs. On se souviendra d'Alex comme l'un des inventeurs de la Spectral Pop, à tout le moins, l'un des pionniers qui aura su donner ses lettres de noblesse à un genre musical. Et ça, peu d'artistes peuvent s'en vanter.


(mp3) Mold Boy - Floater
(mp3) Mold Boy - Dissolve


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Article sur l'EP Fade de Mold Boy
Album Review du dernier Alex Calder (2014)

mercredi 8 octobre 2014

LAMC : Parquet Courts - This is Happening Now (Punk Rock)




Parquet Courts. Décidément, les LAMC s’enchaînent, ne se ressemblent pas, et continuent d'être chroniquées sur Still in Rock. Après avoir mis à l'honneur White Fence, les Meatbodies, Wand, Fuzz, Cass McCombs et Hunx, en voilà une nouvelle, la treizième déjà, sur Parquet Courts. Si Future Punx, également présent, ne retiendra pas notre attention, il en va différemment pour le premier qui confirme son statut de figure clé de l'année 2014.

"This is Happening Now" est l'archétype du morceau de Parquet Courts. Le rythme varie d'un extrême à l'autre, le tout sur un fond très Punk Rock / Post-Punk, selon. Andrew Savage se donne une très belle partition. Le morceau fait par ailleurs ressortir ce qu'il y a de plus brut chez Parquet Courts. On pourrait presque regretter que "This is Happening Now" ne soit pas présent sur son dernier album, Sunbathing Animal, tant il s'avère être un des meilleurs titres composés par le groupe, tant également on ne peut lui nier un aspect animal que les premiers Punk ont inventé. Un doute ? Donnez-lui une écoute, et transpirez sur le final.


(mp3) Parquet Courts - This is Happening Now


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Article review de l'album Sunbathing Animal
Article sur la session KEXP de Parquet Courts

mardi 7 octobre 2014

Best of Still in Rock : Septembre 2014

Septembre 2014. J'écoutais il y a peu un excellent critique ciné (hmm) qui démontrait que tous les bons films sortent l'hiver tandis que l'on a à se farcir toute sorte de m***** durant l'été. La question est dès lors la suivante : en va-t-il de même dans le domaine musical ? Peut-on dire que l'été est réservé aux sons catchy, lo-fi et ensoleillés alors que l'hiver laisse place à plus de consistance ? Et bien, pas nécessairement. L'été 2014 a été splendide, notamment grâce à Naomi Punk. Seulement, parce que le milieu de la musique est bien moins corporatiste que celui du cinéma, nous avons d'ores et déjà la certitude que l'hiver sera (froid, certes) créatif et surprenant. Le mois charnière qu'est celui de septembre l'atteste. Place au best of.





1. Pavement : une histoire d'amour (ici)

L'exercice était périlleux. Pour la première fois, Still in Rock réécrivait un de ses articles. Cet article, c'est celui sur Pavement. Il s'agissait d'assumer toute la subjectivité d'une belle histoire d'amour. Il s'agissait aussi d'y dépeindre un groupe qui, a jamais, aura changé l'histoire de son art. Oui, la musique est une question d'éducation (qui peut être self-made), oui, la musique est faite de multiples considérations qui résident en dehors de son champ. Et si le tout demeure une affaire d'instinct, il ne faut pas prendre de vue que les instincts évoluent avec le temps.


2. So Cow : l'Irlande à son meilleur (ici)

So Cow a été l'occasion pour Still in Rock de poser ses valises en Irlande. Le groupe vient de faire paraître un nouvel album, The Long Con, qui est franchement un des blockbusters cachés de l'année. Très inventif, il a su emprunter ce qu'il y a de meilleur dans la musique des années '90 pour finalement lui donner une touche nouvelle.


3. Boys Age : Japanese music at its best (ici)

Le mois de septembre aura été l'occasion d'enfin publier un article sur un groupe que Still in Rock lorgne depuis plusieurs mois. Ce groupe, c'est Boys Age, un duo japonais qui, dans la mouvance Yo La Tengo délivre une musique tout aussi surprenante que parfaitement pensée. Une expérience à part entière.


4. Thee Maximators : la France, la France, la France (ici)

La scène Garage qui émerge en France fait de nombreux jaloux à travers le monde. Avec Thee Maximators, nous avons trouvé un groupe dont la brutalité a de quoi faire pâlir les plus grands noms d'Outre Atlantique. Cette brutalité se résume dans la volonté du groupe de ne se concentrer que sur l'essentiel : le son et la mélodie. Point d'artifices avec les Maximators, ce groupe sait où il va : très loin.


5. Les anachroniques : Beck, Flamin' Groovies, Protex, The Quick (iciici, ici et ici)

Et comme d'habitude, les articles anachroniques. Si celui sur Beck semble avoir particulièrement emporté votre adhésion, n'oublions pas la Power Pop du mois, ainsi que Protex, dont nous allons très vite reparler dans un cadre tout nouveau...

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A également ne pas manquer : le retour de Wand (ici), celui de Naomi Punk (ici). Mais également, les semi-déceptions de Bass Drum of Death (ici) et King Tuff (ici).