jeudi 28 mai 2015

Live Report : Thee Oh Sees at La Villette Sonique




Thee Oh SeesC’était donc écrit, la Cathédrale devait être la Grande Halle de la Villette Sonique. Le monument Mutilator Defeated At Last ne pouvait se contenter d’une simple église parisienne. Il fallait que l’espace soit à la hauteur du sacrifice. Le lieu était donc tout trouvé.

De retour à la Villette, un an après la crucifixion de Coachwhips, John Dwyer est arrivé sur scène sans grandiloquence. Après tout, le Pape n’a pas besoin de mise en scène particulière. 

J’avais indiqué à mon confrère de concert d’essayer de filmer le premier titre, afin de pouvoir mieux profité du reste. Quelle difficulté ! Vingt secondes après le début du cérémonial, plusieurs fidèles étaient déjà en plein crowd-surfing et la cohue générale avait de quoi rappeler celle de l’intronisation pontificale de John (Dwyer) Paul III. Une heure de garage rock psychédélique nous attendait alors. Alternant entre morceaux de Mutilator Defeated At Last et titres plus anciens, les Oh Sees, emmenés par deux batteurs dont la synchronisation aura été absolument parfaite, auront su comment créer, une fois encore, l’un des meilleurs moments de l’année 2015.




S’il ne faisait déjà absolument aucun doute que John Dwyer III est le plus grand Pape du rock psychédélique aux élans acides et dronesques, ce concert aura été l’occasion de nous rappeler que Paris regorge de dizaines d’excellents concerts, mais que seuls quelques-uns marquent son auditoire. Et il se trouve que John Dwyer, qui a redessiné la Cène (cliquez !), est bien souvent dans le coup…

Pour plus de détails sur l'album que les Oh Sees viennent d'enfanter, je ne saurai que trop vous inviter à vous reporter à notre Album Review de Mutilator Defeated At Last. Pour ce qui est de ce live, comme j'en suis pour tous les autres que les Oh Sees donneront dans les prochaines semaines, il aura fait office de présentation officielle de l'enfant roi : le nouveau-né est diabolique, bercé par la guitare toute-puissante de John Dwyer. Ceux qui auront été de la partie vendredi dernier savent désormais que Judas écoutait ce que lui susurrer l'esprit des Oh Sees. La Villette s'était transformée en étable, sorte de laboratoire psychédélique où le Pape John III a réécrit les Évangiles de l'enfance. Je conseille ainsi que le garage psychédélique des Oh Sees, fait de multiples solos et de frénésies, devienne l'hymne officiel des baptêmes futurs. Le nôtre a été si délicieux.


(Still in Rock est aussi sur YouTube)

mercredi 27 mai 2015

Single : Mourn - Gertrudis (Indie Rock)




Mourn. On se souvient que le groupe a fait paraître un premier LP fort convaincant en 2014. Still in Rock avait ainsi classé "Silver Gold' parmi les tout meilleurs morceaux de l'année (classement). Le groupe revient sur le devant de la scène avec un 'mini' EP, ou un single accompagné de deux b-sides, c'est selon. 

Toujours chez Captured Tracks, Mourn vient en effet tout juste de faire paraître 3 morceaux sous la banière Gertrudis. Le premier, "Gertrudis, Get Through This!" est un titre qui s'inspire très directement de Sonic Youth. Alors qu'il constitue sans aucun doute l'une des toutes meilleures créations à ce jour sorti par Mourn, je ne peux m'empêcher de m'émerveiller une fois encore sur la maturité musicale de ce groupe. Ils se font rares les prodiges de la scène, et il ne fait aucun doute que Mourn est l'un d'eux. Avec "Gertrudis, Get Through This!", Mourn continue de puiser ce qu'il y a de meilleurs dans les années '90. On attend à présent le titre à la Pavement. 

"Your Face" est plus nerveux, peut-être plus proche de leur premier album. Le son de la guitare se rapproche de la nervosité Post Punk de leurs premiers amours. C'est violent et magnifique. "Salvador", pour conclure, est l'un des tous premiers titres chantés en espagnol par le groupe. Ce dernier ne perd rien de son opacité. Peut-être même cette langue rajoute-t-elle une sensation d'amertume. Si "Salvador" et "Your Face" n'atteignent pas le niveau de virtuosité de "Gertrudis, Get Through This!", notons qu'ils maintiennent la barre très haut. Ces trois titres tapent fort, sans pour autant donner dans le tout-puissant sans trop de maitrise. C'est probablement ce qu'il y a de plus étonnant chez Mourn, sa capacité à nous rentrer dedans et capacité notre attention la plus soutenue sans jamais se tromper de directement. Mourn est incontestablement le groupe le plus en vue de toute la scène espagnole. Et dire que ses membres n'ont pas 20 ans encore... 




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mardi 26 mai 2015

LP Review : Guantanamo Baywatch - Darling... It's Too Late (Garage Surf)




Guantanamo Baywatch est ce groupe originaire de Portland sur lequel Still in Rock a déjà eu l'occasion d'écrire deux articles, un sur son second LP, un autre sur un split avec leurs amis de Shannon & The Clams. 

Lorsque j'évoquais Guantanamo Baywatch avec Shannon, elle me confiait qu'il est à ses yeux un "super groupe de weird surf", et d'ajouter, "ce sont nos amis depuis longtemps et le succès qu'ils rencontrent leur appartient et n'est du qu'à leur travail acharné". Qu'est-ce que ce travail acharné a amener le groupe à produire sur ce troisième album studio, le dénommé Darling... It's Too Late ? Réponses. 

Le titre introductif est à l'image de plusieurs autres (comme "Do What You Want") : de la surf pop un peu pépère qui ne restera pas dans les annales. Ces morceaux-là me font penser aux dernières créations des Growlers. D'autres sont plus surprenants. "Raunch Stomp", le deuxième, est un titre instrumental (comme l'est un morceau sur deux tout au long de l'album...) qui animera nos barbecues. Même constat pour "Corey Baum's Theme", un titre de surf qui tourne au western bien cheesy. Et puis, le sixième morceau, autre titre instrumental répondant au doux nom de "Mr. Rebel", parvient une fois encore à nous donner du baume au coeur. 

En réalité, Guantanamo Baywatch est relativement OK lorsqu'il se contente d'une pop surfy, et toujours excellent lorsqu'il ose un peu de psychédélisme. Bizarrerie ou manque de chance, c'est souvent lorsque les titres sont uniquement instrumentaux que Guantanamo s'essaie à la musique psychée, ce que l'on ne peut que regretter tant la voix de Jason aurait été la bienvenue. Mais parfois, le groupe nous surprend également par sa vielle romance désuète. C'est le cas avec "Too Late", un titre emprunte beaucoup aux fifties. Je note également la belle réussite de "Boy Like Me". 

Au final, l'écoute de l'opus est souvent jubilatoire, et toujours super fun. Je le répète une fois encore, même si Shannon semble ne pas être d'accord avec moi, je trouve de nombreuses ressemblances entre la musique de Guantanamo Baywatch et celle des Clams. Les Murlocs sont également entrés dans la danse très fermée des tous meilleurs groupes de surf music au monde. Ce club, Guantanamo Baywatch vient de l'intégrer en tant que VIP. Et rien que ça...




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lundi 25 mai 2015

Anachronique : The Rubinoos (Power Pop)




The Rubinoos était un groupe formé en 1970 dans la ville de Berkeley (Californie). Autre indispensable de la série anachronique de Still in Rock, il était grand temps de s'y attaquer. Une fois encore, me direz-vous, Still in Rock consacre un groupe de Power Pop. Une fois encore, Still in Rock laisse place à des chansons d'amour. C'est tout juste, mais que dire sinon que les Rubinoos sont un essentiel de toute bonne bibliothèque musicale.

The Rubinoos est le premier album du groupe. Paru en 1977 via le génial Beserkley Records (le label de Jonathan Richman, des Modern Lovers et j'en passe), il est constitue l'un des albums les plus groovy de cette année mythique. C'est dire ! Bizarrement, une large partie de la presse semble être décidée à négliger quelle a été l'importance des Rubinoos sur la scène Power Pop. On retrouve heureusement une petite poignée de titres des Rubinoos dans les meilleures compilations de Power Pop, à l'image de Shake Some Action: The Ultimate Power Pop Guide, sans compter celles de Bubblegum (écoutez le Right To Chews, Tribute To Bubblegum Classics). Et puis, les Rubinoos étaient également de la partie sur le deuxième volume des légendaires Yellow Pills. Tout espoir n'est pas perdu que les Rubinoos soit un jour reconnu comme étant, avant tout, l'un des essentiels des années '70, tous genres confondus.

L'album s'ouvre sur "I Think We're Alone Now", un des plus grands classiques de Power Pop de tous les temps. Period. Premier cri au monde des Rubinoos, il est et restera comme une perle du genre. La version originale de Tommy James & The Shondells constitue certes l'un des grands chefs d'oeuvre des années '60, mais la force des Rubinoos est de parvenir à le transformer également en titre pionnier des années '70. De fait, ce morceau peut prétendre au Top 50 de deux décennies... "Leave My Heart Alone" est un standard de son temps. Déjà la deuxième chanson d'amour de cet opus, aucun doute, ce n'est pas The Rubinoos qui briseront nos coeurs attendris.

Je parlais de groove dans l'introduction, le voilà à sa jauge maximum sur "Hard To Get". Ce morceau, un autre titre de Power Pop qui intègre la légende du genre. Ce type de morceau me fait toujours me demander (un leitmotiv) pourquoi la Power Pop n'est pas reconnue comme étant l'fun des trois genres supérieurs de l'histoire de la musique ? Il est impossible de trouver une musique plus joviale que cette dernière. Et puis, la Power Pop est un genre codé, avec ses constantes et ses invariables, toujours là pour nous donner le sourire. Cela devrait suffire à ce que les capitales du monde n'aient de cesse d'organiser d'immense soirée Power Pop. Quoi qu'il en soit, "Hard To Get" est l'un des trois essentiels de l'album du jour.

Le ventre de l'album est un poil plus standardisé que le sont l'introduction et la sortie. "Peek-A-Boo" est la preuve de tout le fun des Rubinoos. Sorte d'école du bon monstre, on se plaira à l'écouter encore et encore lors du prochain Halloween. "Rock And Roll Is Dead", voilà un statement que les Rubinoos s'empressent de combattre dès l'introduction, guitare à fond à la seventies. Et puis, où était-elle la ballade amoureuse ? Je le disais la semaine dernière à l'occasion de l'article sur Dwight, tout bon album de Power pop doit nécessairement en avoir une. La voilà avec "Memories". On s'écarte bien entendu du genre précité, mais les Rubinoos démontrent qu'il était aussi un groupe capable d'imiter ceux qui ont fait danser de nombreuses High School Queens.

Ladies, accrochez rapidement les ceintures de votre vieille Chrysler, "Wouldn't It Be Nice" est l'un des morceaux les plus clichés de la décennie, forcément l'un des meilleurs. Si les quelques titres qui le précédent ne vous ont pas convaincu de la puissance pop des Rubinoos, je ne crois pas une seule seconde qu'il soit possible d'échapper à la beauté de celui-là. De la même fratrie que les titres de Paul Collins, "Wouldn't It Be Nice" est absolument imparable. Voilà, une fois encore, un morceau comme il ne s'en est plus fait depuis de longues années.

"Make It Easy" laisse place à l'un des seuls solos de guitare au son jangle pop de tout l'album. Les albums de Power Pop regorgent généralement de ce type de sonorités, le paradoxe de ce Rubinoos est de ne pas trop en (user et) abuser tout en parvenant à s'inscrire dans le genre. L'album se conclut finalement sur "I Never Thought It Would Happen", une dernière émanation de Power Pop. L'histoire se finie bien, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.

Je ne saurai que trop vous conseiller d'aller également vous plonger dans l'écoute de Party of Two, le deuxième opus du groupe paru en 1983 (et logiquement au son plus eighties). Cet album participera de booster la popularité des Rubinoos. On retrouvera finalement deux morceaux du groupe dans le film Revenge of the Nerds paru en 1984.

Paru en 1977, The Rubinoos était déjà à l'époque un tant soit peu anachronique. Cet album laisse une place majeure à la voix de Greg 'Curly' Keranen. Ce n'était plus dans l'air du temps, la guitare dominait toute la scène et nombre de groupes recherchaient la puissance rock'n'roll (via le punk) avant toute chose. À l'image de cette pochette, The Rubinoos est un album qui s'était écarté de la mode de son temps. Résultat ? Cet LP est toujours autant d'actualité, 40 ans plus tard. Les grandes compositions le sont toujours, et si certains des groupes de 2015 décidaient de moins se calquer sur ce que (certains) labels (qui s'immiscent dans la production des albums, à tort) imposent de faire, je suis persuadé que tout le monde en ressortirait gagnant.




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Article anachronique sur Paul Collins
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vendredi 22 mai 2015

Mixtape Still in Rock #7 : Melted Jazz


(© Lazlo Badet)


Les amis, Still in Rock est heureux de vous présenter sa septième mixtape. Intitulé Melted Jazz, cette dernière laisse place à une poignée de morceaux qui, bien que créés et interprétés par des musiciens qui n'étaient pas des jazzmen (exit Mingus, exit Art Blakey...) reproduisent l'ambiance d'un club enfumé où le whisky est délicatement posé sur chaque table. Les têtes se balancent et l'audience claque dans ses doigts, le beat est le maître mot. 

D'un côté se trouve la mélancolie amoureuse des Only Ones, la poésie de Van Morrison, le vague à l'âme de Johnny Thunders et le spleen des Caretaker. De l'autre, l'entrain de Tom Waits, la pétulance de Pavement et le groove jazzy de Chain & The Gang. Les ambiances se mélangent de nombreuses fois pour former un tout. Le maestro se nomme Kerouac et il nous rappelle que "les seules gens qui existent sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d’être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines". 

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My friends, Still in Rock is pleased to present its seventh mixtape. Entitled Melted Jazz, it leaves room for a handful of jazzy pieces of music, although created and performed by musicians who were not jazzmen (exit Mingus, exit Art Blakey...). It aims at reproducing the atmosphere of a smoky club where whiskey glasses are delicately placed on each table. Some heads are swinging and the audience snaps his fingers, the Beat is the key word.

On one side lies the romantic melancholy of the Only Ones, the poetry of Van Morrison, the gloom of Johnny Thunders and the spleen of the Caretaker. On the other, the impulse of Tom Waits, the petulance of Pavement and jazzy groove of Chain & The Gang. The moods are mixed with the aim of creating a whole. The maestro is called Kerouac and reminds us that "the only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say a commonplace thing, but burn, burn, burn like fabulous yellow roman candles exploding like spiders across the stars."



1. The Only Ones - Whole of the Law  (00:00)
2. Juan Wauters - El Show De Los Muertos  (02:34)
3. Murals - Golden Arrow  (03:54)
4. Van Morrison - The Way Young Lovers Do  (06:25)
5. Nick Drake - Saturday Sun  (09:35)
6. Johnny Thunders - Joey Joey (Live)  (13:36)
7. Dylan Shearer - Quartz Trails  (16:54)
8. Jack Kerouac - San Francisco Scene  (20:12)
9. Pavement - 5 - 4 = Unity  (23:21)
10. Tom Waits - Spare Parts I (A Nocturnal Emission)  (25:28)
11. Hackamore Brick - And I Wonder  (31:34)
12. Cass McCombs - Ther Burning Of The Temple, 2012  (38:58)
13. Spacemen 3 - Soul 1  (44:59)
14. King Gizzard & The Lizard Wizard - Her & I (Slow Jam II)  (50:20)
15. The Caretaker - All You Are Going To Want To Do Is Get Back There  (55:49)
16. Chris Cohen - Optimist High  (59:92)
17. Chain & The Gang - Fairy Dust  (1:03:27)
18. Connan Mockasin - Faking Jazz Together (Live)  (1:06:06)



(mp3) Mixtape Still in Rock #7 - Melted Jazz

(Also on mixcloud)

jeudi 21 mai 2015

Album Review : King Gizzard & The Lizard Wizard - Quarters! (Psych Pop)




King Gizzard & The Lizard Wizard. On se souvient que le groupe avait fait paraître un excellent album à la fin de l'année 2014. Still in Rock avait alors émis l'hypothèse que, peut être, ce serait pour lui le début d'un renouveau. Il semblerait finalement que ce soit bien le cas.

Le groupe vient tout juste de faire paraître son nouvel album, j'ai nommé Quarters!L'écoute de cet LP nécessite de prendre son temps. Les quatre titres s'étalent longuement, nous faisant entrer dans une nébuleuse psychédélique où les vagues viennent s'écraser sur la plage de sable fin, sans discontinu, avec cette même dynamique inlassable. Quarters! nous confronte de nombreuses fois à cette mécanique de l'infini. Parfois, il manque du punch que I'm In Your Mind Fuzz avait si bien caractérisé. En réalité, la dynamique de ces deux opus est différente, et une fois cela intégré, on parvient à trouver en Quarters! une grande source de bonheur psychédélique. Certains préféreront ainsi cet album à celui de novembre dernier, et si ce n'est pas mon cas, une chose est certaine, King Gizzard est bel et bien le nouveau Roi de la scène.

Sur le format, pour commencer, l'idée est excellente. L'album fait honneur à son appellation : il est divisé en quatre parties d'une durée égale de 10 minutes et 10 secondes. Vous aurez également noté que la pochette est elle-même divisée en quatre. C'est jusqu'au-boutiste, c'est bien fait.

Sur le style, imitant parfois la musique psychédélique des années '70, tendance The End Of The Game d'Adam Green, King Gizzard & The Lizard Wizard vient là où personne ne va plus. Le goût de Krautrock noirâtre que I'm In Your Mind Fuzz nous avait laissé en bouche était certain succulent, mais celui-ci est plus sucré.  

  • "The River". Ce morceau est le plus varié de tous. Dans l'exacte lignée de "Her & I (Slow Jam II)", le dernier titre de leur dernier album, ce titre est également très groovy (la quatrième minute nous prend par la main et nous conduit tout droit sous un cocotier). C'est brillant. Et puis, comment ne pas relever que ce premier titre est également divisé en quatre parties quasi-égales ?! King Gizzard se joue de nous, et servir de cobaye a rarement été aussi bon. Voilà bien LE meilleur titre de pop psychédélique de l'année, so far.
  • "Infinite Rise" : Ce titre - à tendances exotiques - est le second hit de cet album. Plus coloré encore que le premier, il semble parfois se rapprocher de leur album Oddments. Seulement, le son du group a maturé depuis début 2014, et "Infinite Rise" est bien plus abouti que ses titres d'antan. Il n'eut surement pas mérité cette durée de 10 minutes, mais que voulez-vous, c'est psychédélique hein. Au final, s'il est difficile de faire plus simple dans la conception, "Infinite Rise" est un statement : oui, il est possible de faire des titres psychés qui soient ensoleillés et tout aussi puissant que ceux plus ténébreux. 
  • "God Is In The Rhythm" : "God Is In The Rhythm" annonce la couleur avec sa seule appellation : ce morceau là est conçu pour les cœurs tendres et amoureux. King Gizzard & The Lizard Wizard ne s'était pas encore essayé au genre, c'est réussi. Le groupe joue encore sur les aspects de surf music que "Infinite Rise" avait initié. Un peu comme le font certains Shannon & The Clams, on s'imagine un crabe marcher lentement sur une plage tout assagie. Point d'indélicatesse dans ce morceau, "God Is In The Rhythm" est aussi une belle ballade, en atteste l'interlude précoce à 1min50. Je me souviens de ce vieil interview de Kevin Parkner où il décrivait Lonerism, qui n'était pas encore sorti, comme un album où Britney Spears aurait mangé trop de chewing-gum. C'est très exactement cet effet que nous procure "God Is In The Rhythm". La troisième minute capte notre attention avec le début des hostilités instrumentales. Elles resurgissent à la sixième pour finalement se relever sur la dernière phase. King Gizzard délivre alors une belle plage instrumental où cette surf music semble se marier à merveille avec la vahiné d'une guitare wah-wah.
  • "Lonely Steel Sheet Flyer" : Force est de constater que "Lonely Steel Sheet Flyer" n'ajoute pas grand chose à l'histoire de Quarters!. Le titre est bon sans transcender, du calibre de ce que le groupe faisait en 2012. Le final, toutefois, fait dans un patchwork psyché, c'est bien senti. On est toujours là à attendre sur cette même plage, seulement, les nuages noirs se forment au loin et on sait déjà que la pluie battante ne tardera pas. Elle laissera finalement place aux maracas des premiers rayons qui transpercent le ciel de Turner.

Au final, l'ensemble de ces 4 morceaux constituera lun des nouveaux temps forts de 2015. Un reproche toutefois, les titres de Quarters! auraient pu être plus variés, moins linéaires. Le format 10 minutes est intéressant, mais encore fallait-il qu'il soit toujours justifié. On a, quelques rares fois, l'impression que ce n'est pas vraiment le cas. Hormis cela, le reste est un sans-faute absolu.

Plus que jamais, King Gizzard & The Lizard Wizard affirme sa capacité à créer dans tous les sous-genres de la musique psychédélique. La réputation de King Gizzard se construit petit à petit, et avec celle de Tame Impala qui va s'écrouler (après trois singles calamiteux, le groupe vient d'affirmer que son 3ème opus sera "club friendly", honte à eux), une seule question demeure : combien de temps avant que King Gizzard & The Lizard Wizard ne soit reconnu comme il doit (et devra) l'être ?


(mp3) King Gizzard & The Lizard Wizard - The River


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Article sur I'm In Your Mind Fuzz

mercredi 20 mai 2015

Still in Rock présente : Mujeres (Garage Rock)




Mujeres est un groupe originaire de Barcelone, une véritable star locale qui commence tout juste à s'exporter. Le 24 mars dernier, Mujeres a fait paraître son troisième album studio, Marathon. Composé de douze morceaux, cet LP donne incontestablement dans un garage rock bien produit. Il est certain que cet album regorge de bonnes idées, et s'il n'est pas sans nous rappeler la puissance de la scène française, on notera la présence de plusieurs titres chantés en espagnol.

Dès "Lose Control", Mujeres démontre qu'il a le sens du détail. La finition du titre est irréprochable, c'est bien produit et carré (un peu trop ? Certainement). Notons que le titre a également fait l'objet d'une sortie sur 7inch en avril dernier. 

"I Wonder", dans un style plus pop, est également bien efficace. Sa version bal de fin d'année est tout aussi réussie (elle s'écoute ici). Mais forcément, ce sont les titres "Vivir Sin Ti" et "Galgo Diamante" qui nous captivent le plus. Surement est-ce le côté exotique, le fait d'entendre une langue autre que l'anglais rimer avec des accords de garage rock qui nous fascine tant. Le cabinet des curiosités s'éclaire devant nos yeux, on prend. 

Assurément, la musique de Mujeres n'a rien de révolutionnaire. Pour l'heure, inutile de compter sur le groupe pour influer un nouveau mouvement sur la scène Garage, à la différence de leurs confrères de Mourn. Et puis, l'album manque d'explosivité, on est souvent confronté à un son trop linéaire. 

Cela étant dit, Mujeres est suffisamment habile pour délivrer un son qui nous rappelle agréablement plusieurs grands noms. Et puis, on compte les articles Still in Rock sur des groupes espagnols sur les cinq doigts de la main. Après tout, il n'est pas impossible que la scène Garage prenne son envol au pays de la corrida, comme l'a fait la scène française il y a peu ou prou 3 années Si tel était le cas, il faudrait bien entendu remercier Mujeres d'avoir su porter une musique qui fait honneur à son pays. 




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mardi 19 mai 2015

LP Review : Sufjan Stevens - Carrie & Lowell (Folk)




Sufjan Stevens. Still in Rock a déjà présenté Sufjan Stevens de nombreuses fois. Même si le dernier article sur cet artiste date de 2012, il est une évidence qu'il n'est jamais complètement sorti de notre imaginaire. Sufjan Stevens est un artiste à part, toujours à l'affut de nouvelles idées qui font évoluer la scène.

Carrie & Lowell, son nouvel album, est son projet le plus abouti. Certes, plusieurs de ces anciens opus sont excellents, et Sufjan Stevens nous a (agréablement) surpris de nombreuses fois. Seulement, Carrie & Lowell est un album plus simpliste que les précédents. Résultat, Sufjan y gagne en efficacité, laissant place à la belle histoire qu'il nous raconte. Cette histoire, c'est celle de Sufjan Stevens, de sa mère et de son père. Sans souffrir du cliché de l'artiste qui a ses comptes a régler, ou du créateur maudit à la recherche de compassion dans le regard de ses fans, l'album est juste et souvent splendide.

Beaucoup trouverons une grande source d'inspiration dans ces 44 minutes qui nous touchent en plein mile. A bien des égards, je ne suis pas certain de vouloir confier cet album à certains de mes proches. Après tout, ai-je bien envie de les voir développer cette même maussaderie ?! Pas si certain.

"Death With Dignity" est un morceau fondamentalement triste. Sufjan Stevens y évoque la mort de sa maman, sur fond de "you'll never see us again". L'arpège sur la guitare laisse penser à une source d'eau bien tranquille loin des tracas d'une vie mouvementée. A mon sens, Sufjan Stevens atteint ici le paroxysme de son art. "Should Have Known Better", pour sa part, frappe immédiatement par la pureté de la voix de Sufjan Stevens. Il y exprime de nombreux regrets, celui d'un abandon et celui de son inertie. Deux guitares l'accompagnent, une fois encore, Sufjan se trouve nu face à nous, ce que seuls les grands artistes savent faire. Loin des artifices de ses créations passées, ce morceau se permet même un interlude (à 2min40) qui frôle ce qui se peut se faire de plus parfait en matière de dream pop.

"All Of Me Wants All Of You" et "Drawn To The Blood" nous tournent vers le père. On y comprend à quel point l'importance que Sufjan Stevens donnait à la puissance des bras parternels a pu le déterminer. "Eugene" continue dans un même registre, Sufjan y raconte comment son père, dans un moment magique et lumineux, faisait glisser de l'eau sur le haut de son crane en lui promettant l'invincibilité. On y image le sourire que son visage exprimait alors. Une fois encore, cette seule guitare nous rapproche d'une réalité qui donne le vague à l’âme. On retrouve un son plus chaleureux sur "Fourth Of July". Pourtant, comme c'est le cas sur "Death With Dignity", cette musique d'apparence accueillante cache des paroles très dures. La grisaille du présent plane sur les souvenirs rayonnants du passé, c'est amer. La langueur de ces 4 minutes vient se mêler avec une situation qui fait apparaître avec éclat la dureté du sourire d'une personne en pleine situation de détresse. Grands romantiques s'abstenir.

"The Only Thing" pourrait-il nous redonner le sourire ? Peut être bien. Cette chanson d'amour au sens plus traditionnel du terme, un musicien qui exprime pour la première fois son attachement à une autre personne qui demeurai jusqu'alors étrangère à ces sentiments, nous donne une véritable bouffée d'air. Tout aussi chaleureux, "Carrie & Lowell" est un titre qui tend à se rapprocher des anciennes composition de Sufjan. On aurait bien du mal à ne pas être captivé par la candeur du titre suivant, "John My Beloved". La famille s'agrandit, "I love you more that the world can contain". Et puis, la conclusion de "Blue Bucket Of Gold" ne pouvait être autre. La voix de Sufjan Stevens est dédoublée sur deux pistes, une dernière fois, et il était normal que le dernier accompagnement soit laissé au piano tant il a de nombreuses fois guidé notre hyperémotivité.

Au final, l'écoute de Carrie & Lowell est l'une des plus émotives de ces derniers mois. Cet album évoque de nombreuses couleurs. La texture de chacun des morceaux parvient à créer un camaïeu de sentiments absolument incoercible.

Nul autre artiste que Sufjan Stevens aurait pu être le père d'une telle création. Sans jamais explorer un too much que sa musique peut sous-tendre, Sufjan Stevens parvient à nous faire tomber amoureux d'une musique si mal représentée que l'on ne peut s'empêcher d'avoir envie de s'en détourner parfois.

Cet album de Sufjan Stevens est très clairement une énorme réussite qui marquera sa carrière. Sufjan Stevens est un artiste à ce point talentueux que je ne doute pas qu'il saura rebondir vers d'autres horizons tous aussi réjouissants. Celui-ci, souvent mélancolique, nous permet d'explorer les fantômes du passé. Ecouter cet album, c'est un peu comme-ci nous nous promenions dans les rues que nous avions l'habitude de fréquenter. On s'y revoit vivre et rigoler avec les gens que l'on aimait. L'écoute de Carrie & Lowell est assurément difficile, et la sobriété de sa composition a pour effet de renforcer la nostalgie que l'on développe au fil des minutes. Chapeau bas.




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lundi 18 mai 2015

Anachronique : Dwight Twilley Band (Power Pop)




Dwight Twilley Band, c'est l'union de deux grands noms de la Power Pop, Dwight Twilley et Phil Seymour. Tous deux sont devenus des figures éminentes du genre, il était donc une évidence que leur alliance soit du meilleur goût.

Dans ses meilleurs moments, Dwight Twilley Band se démarque par un excellent songwriting porté par la fabuleuse voix de son leader. Ce genre d'albums n'existe plus en 2015, alors, on s'y plonge toujours avec un immense plaisir. Une bonne poignée des morceaux de cet album fait partie des véritables perles des années '70, je pense avant tout à "I'm on Fire", "Could Be Love", "You Were So Warm", "Sincerely" et "Three Persons". Mais l'écoute de l'album tout entier permet seule de se plonger dans l'amour high school que l'époque a sublimé pour la première fois. Comme le faisait la scène Punk, celle Power Pop avait cette même obsession pour l'iconolâtrie. La musique de Dwight Twilley Band et celles des autres grands noms n'en finit jamais de jouer des codes qu'elle avait su développer : on y parle souvent de la plus belle fille du lycée, on y parle de rencontres tragiques et de difficulté à s'imposer dans la meute. Des morceaux comme "Sincerely" imposent de reconnaitre la volonté que ce groupe avait de se présenter tel qui était, un éternel romantique toujours prêt à tomber follement amoureux de la prochaine venue (surtout si elle était pom pom girl).

Sincerely est le premier album de Dwight Twilley. Paru en 1976, il contient 16 morceaux qui sont à graver dans la légende de ce style musical. "I'm on Fire", le premier titre de l'album, est également le grand hit de la carrière de Dwight Twilley. Sa voix fait penser à celle de Nilsson. L'orchestration est du genre de Big Star. "I"m on Fire" est l'un de ces éternels de la Power Pop, une de ses odes au bon temps. Sorte de témoignage de ce qu'était le véritable cool de l'époque, la musique de Dwight Twilley Band et ce titre plus que les autres nous évoquent les grands films de l'époque, voitures shiny et coiffures bananes. "I'm on Fire" est un titre pour la drague, un indispensable de toute bonne mixtape destinée à l'élu(e) de votre coeur. "Could Be Love", le deuxième titre de cet opus, n'est pas en reste. Moins Power Pop que le premier, on y entend un Dwight Twilley Band qui contribuera à inspirer une lignée reprise en 1994 par Chris von Sneidern.

"You Were So Warm" est l'un des autres hits du Dwight Twilley Band. Une fois encore, la deuxième moitié des années '70 est celle qui regorge le plus d'excellentes chansons d'amour. "You Were So Warm" doit nécessairement intégrer les anthologies du genre. Et que dire sinon que "Sincerely", le titre éponyme, est un petit bijou de jangle pop. Le son de guitare qui fait son apparition à 1min20 rappelle celui toujours très rebondissant des Replacements. Les similitudes avec ce groupe ne s'arrêtent pas là, preuve de la toute-puissance amoureuse du Dwight Twilley Band. "TV" est le genre de morceau qui encapsule une époque. On imagine mal un groupe sortir un tube qui relate le bonheur de regarder la télévision de nos jours. Paradoxalement, ce titre n'a pas pris une ride, on ressent quelle a pu être l'excitation des premiers films sur le canapé de la maison, la famille au grand complet.

Le chill de "Three Persons", façon The Sweet, amorce la romance de "Just Like the Sun". On s'imagine le couple blottit l'un contre l'autre sur le haut d'une colline survolant Los Angeles. Ah, il n'y a pas à dire, "Look Like an Angel" est le seul morceau de l'album qui dépasse la marque des 4 minutes. Seule balade de l'opus, ces presque 5 minutes laissent place à un rock'n'roll parfaitement contrôlé sur fond de She looks like an angel, set on fire. Et puis, il est un fait que les groupes de l'époque aimaient bien reprendre les codes de la musique fifties. Dwight s'essaye à l'exercice avec "Miserable Lady". On y retrouve un air de Big Star.

Certes, certains titres sont moins évidents. Je pense à "Feeling in the Dark" qui est plus facilement assimilable à la mouvance pop majoritaire de l'époque, voix en choeur et piano en renfort. "Release Me" et "I'm Losing You" ne feront pas non plus partie des meilleures compilations seventies. Parfois, Dwight Twilley n'avait pas l'inspiration des meilleurs moments, "Did You See What Happened" le prouve : le groupe n'est jamais décevant, mais il manque parfois d'éclat. C'est probablement ce qui l'a tenu loin de la lumière du succès hollywoodien, mais qu'importe finalement. Aujourd'hui, cet album est là pour nous rappeler ce qu'a été le grand amour de nos parents. Le béguin pour la girl next door était une affaire sérieuse à l'époque, et bien avant que l'ironie s'immisce dans les moindres recoins de la scène, certains groupes avaient su en tirer le meilleur parti, le Dwight Twilley Band en première ligne.




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vendredi 15 mai 2015

LP Review : Thee Oh Sees - Mutilator Defeated At Last (Psych Stoner)




Thee Oh Sees s'apprête à faire sortir son neuvième album studio, Mutilator Defeated At Last, via Castle Face Records. Aux manettes de la production se trouvent Chris Woodhouse et John Golden, eux qui ont travaillé avec Sonic Youth, Ty Segall, Pearl Jam, les Melvins et j'en passe plusieurs dizaines.

Beaucoup sera écrit sur cet album. Une fois encore, John Dwyer est l'un des grands noms de la scène actuelle, un de ceux qui resteront présents dans l'esprit de nos petits enfants (bien éduqués). Il est donc normal et heureux que la presse s'empare de ses opus, d'autant plus que Mutilator Defeated At Last est le meilleur de tous les Oh Sees (Ah ? ah..!), et ce n'est pas faute d'avoir déjà écrit de nombreux articles sur le groupe.

Cette fois-ci en effet, l'album entre nos mains réécrit au minimum l'histoire des Oh Sees (ce qui est déjà beaucoup), celle de la musique stoner, et, au mieux, infusera un mouvement pour le reste des années 2010. Alors, pour le plaisir de l'exercice, et pour ne pas vous proposer une énième critique vantant la créativité de John Dwyer dans un style très académique, postulons une réécriture de l'histoire biblique. Et puis, oh, après tout, sachons prendre du bon temps. John Dwyer semble prendre un tel plaisir à balancer ses "Whoooh" à longueur d'album que l'envie était trop forte pour y résister. De plus, il ne fait aucun doute que des morceaux comme "Sticky Hulks" nous plongent dans le bain bouillant de l'arrière pièce d'une église. Et si l'histoire de la Propagande (biblique) n'était pas celle que quelques fous ont un jour écrit ? Après tout, la Bible n'est rien de plus qu'un roman qui a bien fonctionné, il n'est donc pas interdit d'en changer l'histoire, n'est-ce pas ?!

Au départ, il y a la création du monde, celle de "Web". Les guitares résonnent comme des cors pour la première fois. La lourdeur du son ne peut qu'être le fait des Oh Sees qui sont ici bien aidés par une batterie qui donne le là comme peu de groupes de rock'n'roll le font encore. Le divin créateur est un acharné qui balance des coups de pinceau dans tous les sens. La beauté de trouve dans l'animosité, la furie d'une création.

Une fois le monde constitué, viennent les ennuis. Le vent commence à souffler sur l'introduction de "Withered Hand" avant qu'il n'explose en plein. Le monde créé ne tient pas la route et la virulence de cette musique en caricature l'essence. Les Oh Sees vont à fond la caisse et on se rappelle ce qu'il y a de si jubilatoire dans un stoner qui assume ses envies psychédéliques.

Et puis, la Propagande veut que l'homme ait chuté. Les Oh Sees se passent bien de rester dans l'ennuyeux jardin d'Eden, pas besoin d'être un obedient pour apprécier le son de la guitare acidulée de "Poor Queen". En réalité, Ève semble bien contente d'avoir échappé au 'paradis' de conformisme de son créateur. Ce qu'il y a de plus détestable dans la nature humaine est en réalité bien plus fascinant qu'un petit coin d'herbe bien tondue. Et si cette herbe est toujours plus verte ailleurs, notons alors que les deux minutes de "Poor Queen" sont une belle transition sur un prochain morceau plus intéressant encore.

Le déluge de la Propagande est traduit par "Turned Out Light", à la différence près que Dwyer demande à nous plonger dans le noir pour jouir du déluge plutôt que tenter de sauver la peau de trois cochons. Le son que les Oh Sees dénichent là est une telle claque, un pic, un roc'n'roll. La musique des Oh Sees ne prend aucune précaution et les accords de "Turned Out Light" sont bourrus.

Le sacrifice d'Abraham apparaît finalement avec "Lupine Ossuary". C'est une grande fête organisée par le clan des Oh Sees. Isaac est cette fois-ci décapité par les notes d'un morceau qui augmente encore le niveau de brutalité. Ce genre de titres, comme le font les meilleurs Oh Sees, tend à faire ressortir ce qu'il y a de plus animal en chacun de nous. La fulgurance de cette guitare super saturée à pour effet d'apaiser les plus grands amoureux de fuzz. Et pendant ce temps, l'histoire de la Nouvelle Propagande s'écrit.

L'Échelle de Jacob, par lequel un pauvre type a décidé de fuir la condition humaine, ne trouve aucun sens sinon celle de fuir la toute-puissance de "Sticky Hulks". L'introduction semble pourtant se prêter à une musique plus contrôlée. Que nenni ! John Dwyer fait rapidement exploser des sons très aigus avant de rallier la meute. La nouvelle extrusion de 2min18 donne des frissons dans le dos du brave Jacob qui peine à gravir les marches. "Sticky Hulks" est indéniablement l'un des meilleurs morceaux jamais écrits par John Dwyer, un retour aux sources pour cet artiste qui n'a de cesse d'explorer de nouveaux genres. Allez Jacob, reste avec nous, notre chef porte des cornes rouges et écoute parfois les Cramps, mais j't'assure, c'est cool ici aussi. 

Les Oh Sees écrivent ensuite un nouveau Décalogue. Le premier ordonne de ne jamais quitter le sol de "Rogue Planet". Les neuf autres renvoient au premier. C'est simple et concis, et les Oh Sees nous donnent là un morceau de stoner qui n'a pas délicatesse comme définition.

Le combat de David contre Goliath tourne à la parade gay sur "Palace Doctor". Le son de la guitare semble épouser celui d'une batterie tout adoucie, les Oh Sees donne un sens nouveau à cet épisode de la Propagande. Mais l'histoire ne serait pas complète sans la réécriture du Jugement de Salomon. La morale est simple : recherchons l'absolutisme. Alors, les Oh Sees se concentrent à nouveau sur l'essentiel, au plaisir d'un son de guitare déprédateur.

À bien des égards, la musique de Mutilator Defeated At Last est un retour aux sources. Les Oh Sees avaient officier sous cette même étiquette à l'occasion de leur album Carrion Crawler / The Dream de 2011 avant d'explorer une musique psychédélique plus pop. Les titres de Mutilator Defeated At Last sont du niveau du single "Carrion Crawler" qui restait jusqu'à présent le meilleur de toute la discographie des Oh Sees. Le son de Mutilator Defeated At Last est aride, destructeur, un peu comme l'avait était celui de l'album Twins de Ty Segall. 

Cette nouvelle version de la Bible, la Nouvelle Propagande, laisse place à Satan comme maître des lieux, fait la part belle à des fêtes un peu folles et complètement trash sans oublier de prouver que Dieu n'existe pas. Un programme réjouissant ! On y trouve forcément un attachement particulier en ce qu'il nous ramène à nos instincts morbidus-obsessifs. La destruction attise nos sens et John Dwyer mieux que personne parvient à en tirer parti. Cet album nous prend pour ce que nous sommes, des amateurs de son très graves et très aigus, à la recherche d'extrêmes et de sensations. Mais ce sensationnalisme des Oh Sees est couplé à un génie créatif qu'une petite poignée d'artistes peut se vanter d'avoir, et là se fait la différence.

Il est par ailleurs étonnant (et, disons-le, fort agréable) de constater que l'écoute de cet album des Oh Sees ne nous évoque pas une nouvelle référence à chaque minute ecoulée. Les Oh Sees sont a ce point géniaux en ce qu'ils participent à l'établissement d'un nouveau style de rock'n'roll, sans volonté de singer habilement un autre artiste. Mutilator Defeated At Last nous offre ainsi l'opportunité de nous concentrer sur le seul son de la guitare, de frémir à chacune de ces exaltations, sans nous forcer à la comparaison. Ah, si seulement tous les artistes avaient cette volonté totalitaire de créer un Nouveau Monde où les Dieux seraient conditionnés par leurs arts, ah, si seulement la scène osait plus souvent affronter le tsarisme que les grands noms imposent d'imiter...




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