jeudi 2 juillet 2015

LP Review : Triptides - Azur (Breeze Pop)




Triptides, c'est un trio originaire de Bloomington dans l'Indiana qui a eu l'excellente idée de se choisir Requiem Pour Un Twister comme label. Déjà auteurs de nombreux LPs et autres EPs, le groupe fera paraître son premier album sur le label français le 10 juillet prochain. Le bien nommé Azur (vous avez vu la belle pochette, quand même !) sera alors l'une des bandes sons de notre été 2015. Mais passons outre la formule journalistique et tachons d'en dire un peu plus sur ce que contient cet album. 

"Wake" (up?!), le premier titre, est le plus rythmé de tous. Ce dernier nous éclabousse déjà de magnifiques réverb' et la deuxième guitare qui apparaît à la troisième minute vient sceller le sort de ce morceau : c'est très bon. Il fallait que Triptides nous prenne à la gorge dès les premiers instants, sorte de "allez viens, la mer est belle aujourd'hui". Pari réussi, ça fonctionne parfaitement. "Wake" est l'un des grands temps forts de cet album, une claque en pleine face de toute la scène californienne qui croyait avoir le monopole du genre.

Lorsqu'un groupe aborde une pop aux allures de surf music, difficile de ne pas y voir un peu du groupe Real Estate. "Dark Side" y fait penser, la ballade sur les rives du Griffy Lake n'a pas beaucoup à envier à ce qui se fait du côté de Brooklyn. 

Plus eighties, "Hideout", le premier single de cet album, est un brin différent des autres. Le défaut de nombreux albums du genre est leur monotonie. Triptides parvient justement à s'en détacher avec des morceaux comme "Hideout" qui coupent en partie avec l'aspect catchy d'une pop d'été. Les dernières secondes sont très belles, on regrettera qu'elles ne durent pas plus. "Saturday" semble lui aussi être inspiré de la fin des eighties (à la Replacements). La guitare très jangle pop forme une belle combinaison avec la voix de Glenn Brigman qui, cette fois-ci plus que les autres, prend le temps de nous raconter une belle histoire. Et puis, le final de ce morceau tire sur des plages psychédéliques. C'est excellent, et une fois encore, on espère que le groupe saura l'étendre sur plusieurs minutes lors de ses lives

Vient ensuite "Too Far Gone", une belle invitation à nous plonger dans une petite léthargie bien sentie. La journée a été longue et ensoleillée jusqu'à présent, le repos est mérité. Et puis, lorsque l'ombre de Mac DeMarco n'est pas loin, on est forcé d'acquiescer. En réalité, "Too Far Gone" vient amorcer une nouvelle phase dans cet album. Les titres qui suivent décelèrent un peu et Triptides nous invite à trainer avec lui prêt de la hutte et des cocktails. Peut être "Translucent" est-il encore meilleur à nous convaincre de nous prélasser quelques instants de plus. La pleine lune est enfin tombée sur la musique d'Azur, et le groupe montre une nouvelle face plus maitrisée. L'album se conclut finalement sur "Over" (logique, non ?!). La production style lo-fi trouve sa place au milieu de cette mélodie lancinante qui nous laisse sur une belle impression.

Alors certes, quelques rares titres passent à côté de leur sujet. Je pense notamment à "Not Mine" et "Where You Are" . Les deux titres sont agréables, mais je ne suis pas certain qu'ils apportent autant à l'album que ce que les autres morceaux le font. Ils sont toutefois aspirés par l'ensemble qui est lui très convaincant. 

Still in Rock a déjà eu l'occasion de présenter Triptides en septembre dernier (article). Nous faisions alors un top 5 des titres du groupe. Autant dire que ce classement est aujourd'hui largement chamboulé. Pour l'heure, Triptides est le meilleur groupe de surf music de l'année 2015. Mais il serait dommage de le réduire à cette simple étiquette. Triptides, c'est aussi et avant tout un merveilleux créateur de mélodies pop. En réalité, cet album est assez symptomatique du mal ambiant qui voudrait que, une fois un style musical reconnu, tout le reste soit éclipser. Certes, Triptides joue de nombreuses sonorités qui rappellent les légendes du surf, mais relevons que, à la différence de Triptides, Dick Dale n'a jamais écouté "I Will Dare". Et c'est pour cela qu'Azur est un album remarquable, en ce qu'il parvient à capturer l'essence d'un genre tout en y intégrant l'influence de son époque.

(mp3) Triptides - Hideout



Et puis, pour vous les amis, le titre "Wake" en exclusivité !! :



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Article de présentation de Tiptides

mercredi 1 juillet 2015

Compilation : Psychotic Reaction (Garage Rock)





Psychotic Reaction. Ceux d'entre vous qui habitent Paris connaissent probablement Psychotic Reaction pour ses soirées psychédéliques toujours hautes en couleur. Tourneur et organisateur hors pair (voyez et voyez), le collectif parisien vient de faire paraître une compilation avec plusieurs des groupes français qu'il adore, et que l'on adore aussi. 

Paru le 22 juin dernier et sobrement intitulée Psychotic Reaction, cette mixtape regroupe 13 morceaux qui prennent une large partie de ce que la scène française a de meilleur à nous donner. Le tout est gratuit et contient quelques inédits... 

C'est le "Come On" des Kaviar Special qui ouvre les hostilités, et on se jette rapidement après sur la reprise des Standells par Dusty Mush, "Sometimes Good Guys Don't Wear White". Logiquement moins R&B, Dusty en fait une nouvelle démonstration de sa maîtrise du fuzz. Elle est, incontestablement, l'une des grandes réussites de cette compilation.

Tiré de son 7inch Le Passeur d'Armes, Forever Pavot intègre la danse avec "Farfichat", un titre fidèle à ce que cette formation sait faire de mieux : mélanger bedroom pop, pop baroque, et production lo-fi psychédélique. On retrouve un autre Howlin Bananien avec Volage. C'est le morceau "Touched By Grace" tiré de leur album Heart Healing qui trouve ici une belle place au milieu de compères plus flottants. Le choix de ce morceau est intéressant, je serai curieux d'en connaitre la raison. Une chose est sure, "Touched By Grace" n'est pas le titre le plus catchy de leur dernier LP, et la démarche en est d'autan plus très intéressante. Et puis, force est de constater qu'il tire son épingle du jeu, au milieu même de tant d'artistes reconnus.

Vient ensuite le "World in Bloom" de Still Charon. Sur des bases plus shoegaze à la Jesus & Mary Chain (voir MBV ou Galaxie 500), ce morceau inédit de plus de 7 minutes est une belle découverte qui donne l'éclairage que Still Charon mérite. Nous y reviendrons. Grand Guru et Travel Check viennent alors nous secouer le cocotier. Le deuxième cité le fait avec son "66$" dont on ne se lassera décidément jamais.

On se souvient que Pain Dimension avait assommé 2014 avec son titre "Brainwash". Il revient là en français avec "Egaré Dans Le Mirroir", un titre paru il y a plusieurs mois déjà via Croque Macadam. C'est toujours aussi noir. Et puis, que dire du final, le génial "Rain Drops" de Wild Raccoon sur lequel Still in Rock vient d'écrire un article dithyrambique

Dans l'ensemble, on se rend compte de l'immense influence des sixties (à la sauce Pebbles et Nuggets) sur la scène française actuelle. Toutefois, cette compilation laisse apparaître de nombreuses différences avec la musique de l'époque. Il est désormais bien évident que notre hexagone est l'un des territoires les plus riches au monde. Que dire de plus, sinon merci à ces gars-là d'avoir joué le jeu ?!




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mardi 30 juin 2015

LP Review : Ducktails - St. Catherine (Indie Pop)




Ducktails. J'ai eu très peur. Ducktails, c'est ce groupe du New Jersey qui agite la scène tous les 2 ans. Son dernier album en date, c'était The Flower Lane, paru en 2013 chez Domino. Et avant ça, c'était Ducktails III: Arcade Dynamics, paru sur Woodsist. Le groupe revient avec Domino et un nouvel LP intitulé St. Catherine.

Dès la première écoute, il ne fait aucun doute que le potentiel mélodique est bien présent, mais l'habillage "indie pop" (encore plus assumé) m'a causé des sueurs froides. Avec St. Catherine, Ducktails a en effet définitivement abandonné la dream pop de ses débuts. On se tourne ici vers une pop indépendante, plus classique, et qui se veut plus catchy.

Et pourtant, l'introduction est assez flippante. C'est peu dire sinon que "The Disney Afternoon" n'a pas là pour nous rassurer. Non seulement la répétition est mal venue, mais en plus, le final est d'un assez mauvais goût où trop d'instruments viennent se donner la réplique. Paradoxalement, il ne fait aucun doute qu'au même titre d'Alex Bleeker (le leader de Real Estate), Matt Mondanile sait comment composer de beaux morceaux de pop music. C'est d'ailleurs, et heureusement, ce que l'on retrouve sur plusieurs titres. "Headbanging in the Mirror" se révèle être un excellent allié au fil des écoutes. Il faut accepter l'idée qu'il en soit fini de la Bedroom de Ducktails III (le mouvement avait déjà été amorcé par The Flower Lane). Une fois fait, ce titre à la Real Estate a tout du hit d'été. Il est, sans conteste, l'un des meilleurs titres de St. Catherine

On retombe ensuite dans une mélodie assez pauvre avec "Into the Sky". Même constat pour  "Church", un titre lent, pas vraiment catchy ni profond, "Medieval", "Reprise" ou encore "Heaven's Room", même si la guitare sauve ce dernier qui manque d'identité. Et puis, sur un sursaut d'orgueil, les réverb' de "St. Catherine" nous évoquent enfin le scintillement d'une belle mer. Le refrain imparable de "The Laughing Woman", bâti sur une structure qui rappelle Dirty Projectors, fait également partie des beaux titres de cet album. Et puis, un  "Krumme Lanke" plus surprenant vient résonner, et on se dit que voilà exactement le genre de morceaux qui manquent à St Catherine. 

Au final, ne nions pas que St Catherine est un album de passage. A l'inverse de Ducktails III, cet LP n'atteint jamais les hautes sphères d'une pop marine peu représentée. Alors, si St. Catherine nous a fait plus peur que de mesure, parce que sauvé par une poignée de titres dont il est impossible de nier la beauté, il ne parvient pas à renverser la tendance au point de nous éblouir. En réalité, cet LP pose la question de l'existence même du groupe. Après Atlas, faut-il que Matt Mondanile (leader de Ducktails et membre de Real Estate) continue à créer, même en deçà, ou devraient-ils au contraire partir sur les dernières notes d'un Real Estate magnifique ?! Je ne demande qu'à être surpris, mais...




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Article sur The Flower Lane
Interview Real Estate par Still in Rock

lundi 29 juin 2015

Anachronique : Archers Of Loaf (Indie Rock)




Archers Of Loaf été un groupe américain formé à Chapel Hill (Caroline du Nord) en 1991. Cela fait longtemps que Still in Rock n'avait pas chroniqué un groupe des années '90. Cela faisait donc longtemps que nous n'avions pas été confrontés à cette nonchalance ironique qui caractérisa le meilleur rock'n'roll de cette époque. 

Il est nécessairement difficile de ne pas multiplier les références à Pavement et Sonic Youth lorsque l'on évoque des groupes de cette décennie. En réalité, Archers Of Loaf évoque surtout et avant tout le groupe Polvo, des amis avec lesquels ils jouaient régulièrement sur la scène de Chapell Hill. 

Cet article sera consacré à l'album qui est reconnu par beaucoup, à juste titre, comme le meilleur du groupe, j'ai nommé Icky Mettle. Paru en 1994, il est le premier album studio du groupe. Rien n'est à jeter dans cet Icky Mettle, les 13 morceaux qui le composent sont non seulement parmi les Tout-Puissants des années 1990, mais ils sont aussi à inscrire au best of du genre.

"Web in Front", le premier titre de l'album, forme l'une des meilleures introductions que je connaisse. Avec un "Stuck a pin in your backbone. Spoke it down from there" qui annonce la tenue de l'album, il demeure un brin plus pop que les autres morceaux. "Last Word" passe largement en force. La production lo-fi est parfaitement maîtrisée, c'est déjà si grand. Même constat pour "Wrong", le genre de titre qui empruntait un peu au grunge ambiant. Ce style de morceau est finalement assez étonnant, car il parvient à extraire ce qu'il y a de meilleur dans le grunge sans tomber dans la copie des grands noms du genre. Archers Of Loaf est en cela un groupe de son époque, mais qui est également parvenu à prendre le recul nécessaire afin de rendre sa musique relevant en 2015. Il est par ailleurs intéressant de noter que "Wrong" était le premier single du groupe, paru en 1992. 

C'est alors que surgit le meilleur morceau de cet LP, ou, du moins, le plus mythique de tous, "You and Me". Si on ne compte plus les reprises de ce dernier, jamais l'interprétation d'Archers Of Loaf n'aura été égalée. Je ne saurai en dire trop sur ces 3 minutes, la surprise est trop belle pour en dévoiler la substance. Prêetez attention à la guitare super métalique de la deuxième minute, façon Sonic Youth. Elle est assez caractéristique de l'ensemble de l'oeuvre d'Archers, super brute, super nineties.

"Hate Paste", moins en vue parce que placé au milieu de la maquette, est lui aussi un titre absolument sensationnel. La structure rappelle Pavement, c'est vrai, mais il donne également à entendre la voix de Bachmann qui donne à Icky Mettle une identité qui lui est indiscutable. Il est, probablement, le troisième grand indispensable de cet LP. Quant à "Fat", c'est un titre comme il ne s'en fait plus. "What do you f**king care for me? I'm black and blue and bruised all the f**king time. Why should I f**king care for you? I've been with you in the morning for the last time". Eh oui, fatty

"Learo, You're A Hole" sent le vieux club de Seattle, façon Reality Bites. Les paroles ne sont pas les plus censées, mais le vibrato dans la voix de Bachmann laisse passer suffisamment d'émotions pour nous convaincre de la puissance du titre. Et puis, le final est l'un des plus beaux passages instrumentaux de l'album. Il annonce une dernière partie de l'opus légèrement plus expérimentale, à la Polvo, à la Slint, à la Archers. "Toast" débute sur ces bases précises, et il est finalement mieux maîtrisé que celui qui lui succède "Backwash". Archers of Loaf jettera ses dernières forces dans "Slow Worm". 

Au final, Icky Mettle est l'un des albums les plus cultes de cette période. Probablement aurait-il mérité sa place dans la Mixtape Still in Rock #1 : From 1985 to 1995. Quoi qu'il en soit, Archers Of Loaf aura encapsulé son époque comme peu le feront. Ce cool des nineties que beaucoup de groupes de la scène recherchent à présent, ce je-m'en-foutisme véritable (Bachmann jouait du saxophone pour la Appalachian State University avant de tout envoyer bouler), Archers l'avait, et il s'en est dégagé une énergie que le groupe lui-même, de son propre aveu, ne retrouvera plus. Finalement, les grands albums sont toujours histoire d'une spontanéité couplée avec un message fort. Eric Bachmann dira que le groupe n'aura dépensé que 5000 dollars pour Icky Mettle. Dire que certains s'enferment dans un studio pendant des mois, à la recherche d'une note, à la recherche d'une raison à des LPs creux...




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dimanche 28 juin 2015

The Colorcast # 14



The Colorcast. The last time I spoke with Rob, we talked bourbons. We were day-dreaming about oak barrels, as if we would better enjoy the music that he was broadcasting on The Colorcast. And then, a few days ago, Rob finally sent me the latest episode of his beautiful mixtape that Still in Rock has been broadcasting for over 2 years. Paradoxically, this 14th Colorcast has the taste of distilled corn, but it is also the most French of all, with a tune about Paris and a Gainsbourg song. Here is, in fact, more proof that music should be enjoyed with as much patience as a glass of Blantons, whether in Paris or in Kentucky.

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The Colorcast. La dernière fois que je parlais avec Rob, nous nous entretenions de bourbons. Nous refaisions, un peu, le tour des fûts de chêne, comme pour mieux nous enivrer de la musique qu'il diffusait alors sur le Colorcast. Et puis, il y a quelques jours, Rob m'a fait parvenir le dernier épisode de sa belle mixtape que Still in Rock diffuse depuis plus de 2 ans déjà. Paradoxalement, si ce 14ème Colorcast a lui aussi le goût du maïs distillé, il est le plus français de tous, avec une chanson sur Paris et un titre de Gainsbourg. Preuve en est que la musique doit se déguster avec autant de patience qu'un verre de Blantons, à Paris comme au Kentucky, ce Colorcast se révèle à cette seule condition. 


1.  Raymond Scott - Portofino 2  (0:00)
2.  The Legendary Stardust Cowboy - Standing in a Trashcan  (2:15)
3.  Moondog - Paris  (4:34)
4.  Serge Gainsbourg - Couleur Café  (7:57)
5.  Cal Tjader - Invitation  (10:07)
6.  Link Wray & the Wraymen - Moonlight Love  (12:58)
7.  White Fence - Stranger Things Have Happened  (To You) (15:00)
8.  Dinah Shore - Blues in the Night  (17:46)
9.  Joe Meek - Guess That’s the Way It Goes  (20:55)
10.  Smokey & His Sister - Lonely Together  (22:57)
11.  The Ray Conniff Singers - My Heart Cries For You  (26:32)
12.  Elvis Presley - Island Drums  (28:56)​



(mp3) The Colorcast #14


Link:
Link to ALL Colorcasts

jeudi 25 juin 2015

Still in Rock présente : Damaged Bug (Psych Analog)




Damaged Bug, c'est le projet analogico-electronico-acide de John Dwyer, leader des Saints Oh Sees. Il vient de sortir son deuxième LP sous ce nom, encore et toujours via Castle Face (son label). 

Il y a priori de quoi être méfiant. Dwyer est bien connu comme étant l'ultime leader américain de la scène rock'n'roll. Alors, qu'il décide de se pervertir dans un autre exercice semble être une idée bien saugrenue. En réalité, Dwyer ne peut pas véritablement se trahir, et même lorsqu'il abandonne ses copains de scène pour s'enfermer dans sa chambre et composer de la pop sous acide, Dwyer nous rappelle que sa puissance est là, planquée dans un coin de pénombre. 

Premier constat à l'écoute de Cold Hot Plumbs, on a rarement l’habitude d’écouter des albums de la sorte, et ça, ça fait du bien. Savoir que l’on va être surpris à chaque nouveau titre qui démarre est la meilleure des sensations. Dwyer le fait si bien avec les Oh Sees qu'on ne pouvait s'attendre à autre chose sur un autre projet. Deuxième constat, le son de cet opus est très noir. Comme pour les Oh Sees, Dwyer parvient toujours à délivrer une ambiance inquiétante, qui nous rappelle que ça tourne probablement plus en triangle que rond dans sa tête.

Alors certes, on retrouve le John Dwyer de Drop sur certains morceaux, comprenez là le Dwyer stressant avec une musique volontairement irritante, à l’image de "Cone". Mais, déjà, "What Cheer" est un bel exemple de ce que les Oh Sees peuvent avoir comme influence sur une autre scène que la leur. Et puis, c'est le morceau qui suit qui doit être le plus pris au sérieux. Les deux batteries de "The Mirror" mènent ce titre à la baguette. Probablement meilleur morceau de cet LP, il trouve à mon sens le parfait équilibre entre sonorités analogiques - ce qui donne sens à l'existence de ce projet alternatif - et éléments rock'n'roll.

"Jet In Jungle", pour sa part, nous transporte dans un espace plus aride que la forêt qu'il décrit. L'enchaînement avec "Der Mond" est efficace, on vient donc de trouver la tribu qui se cachait derrière les branches. Vient alors, "Cough Pills" irrésistible pour son rythme qui vient casser avec les deux morceaux qui le précédent. Surement est-ce le titre le plus pop de tout l'album.

Malheureusement, la deuxième moitié de l'album est moins bonne. "Grape Basement" passe à côté de son sujet et "Mega Structure" a le don d'agacer. Le final, avec "Transmute", est relativement serein. John Dwyer aime à nous faire croire qu'il se serait assagi. Tu ne nous auras plus John, on connaît ton petit jeu. J'en profite d'ailleurs pour signaler avec quel plaisir on écoute un John Dwyer puissant, disruptif, un John Dwyer qui nous écrase les tympans. Pour de la Bedroom pop, adressons-nous à Ultimate Painting.

En somme, et c'est tout de même une surprise, cet album regorge de bonnes idées et de titres bien pensés qui nous accompagneront longtemps. Ce n'était pas gagné d'avance, d'autant plus que les Oh Sees viennent de faire paraître leur meilleur LP (article). Je profite de cet article pour signaler que Tame Impala aurait bien fait de ne pas se croire capable de ce que Dwyer vient de réaliser, car les premières émanations électroniques du groupe ne sont pas à la hauteur de leurs deux premiers LPs (mais ça, j'y reviendrai plus longuement). En attendant, vive Dwyer, et vive le Bug Endommagé !


(mp3) Damaged Bug - The Mirror
(mp3) Damaged Bug - Cough Pills


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Live Review de John Dwyer à la Villette
Album Review de Mutilator Defeated At Last

mercredi 24 juin 2015

Still in Rock présente : Free Weed (Slacker Pop)




Free Weed, c'est le nouveau projet solo de Rikky Gage, par ailleurs membre des Memories et de White Fang (et le boss des Gnar Tapes...). Dans la veine Slacker Pop des deux groupes précités, Free Weed fait de sa musique un grand terrain de jeu pour adultes. Mais il y a quand même quelques pistolets à eau. Explications.

Introducting, ce premier LP officiel (après de multiples publications sur son Bandcamp) qui vient de voir le jour via Bad Diet (un label créé en 2014), est composé de 18 morceaux (durée totale 42 minutes). Le problème avec ce type d'album entièrement basé sur la déconne, est que les titres sont bons lorsque la blague est bonne, et qu'ils sont mauvais lorsque la blague est mauvaise, ce qui limite les possibilités. En plus, Free Weed essaie une dizaine de styles musicaux différents, ce qui fait non seulement d'Introducing un album difficilement lisible, mais également un LP très inconstant. Alors, parfois, Free Weed se rate en plein. "Rock On" et "I Wanna Do Drugs" en sont de bons exemples.

D'autres fois, Free Weed réussit son tour de passe-passe. "Free Weed" affiche immédiatement ce sur quoi l'album va s'attarder : entre weed et ecstasy, son cœur balance. Le titre part un peu dans tous les sens, mais le tout est relativement harmonieux. Est-ce le prochain générique du Burger Radio ? Il en a tous les aspects. Aussi, sous ses airs je-m'en-foutiste absolu, Free Weed serait-il en réalité un grand romantique ? C'est en tout cas ce que laisse entendre "Tales From the Grip". 

"I'm Free", le 5ème sur la tracklist, est incontestablement réussi. Qu'on le veuille ou non, ce type de morceaux aura marqué les années 2010. "I'm Free" encapsule un peu de cet esprit Burger Records qui laissera une trace dans l'histoire du rock'n'roll. Cet album a le mérite de savoir comment traduire l'ambiance du 645 S State College Blvd #A, Fullerton. "Charm", sur des côtés plus dreamy, fonctionne également très bien. Free Weed sait donc comment produire des titres un peu plus polis (dans les deux sens du terme).

"Later" (sur des basses de Kanye West (???)), est l'un des meilleurs titres de l'album. Free Weed l'a d'ailleurs choisi comme single. On pourra alors regretter que Free Weed n'est pas opté pour plus de titres du genre, contrôlés et appliqués tout en conservant ce qui fait de sa musique une fête d'anniversaire. On notera enfin la petite envolée Hardcore sur "Won't Back Down", le dernier titre bonus. 

En réalité, je ne pense pas que Rikky ait composé son album avec une autre volonté que de nous donner à entendre de multiples sonorités et que l'on ne conserve que nos préférées. L'album sent les Gnar Tapes en plein, c'est très alcoolisé et je suis sûr qu'on ne nous en voudra pas d'un petit black out sur les morceaux qui nous intéressent le moins. A bon entendeur...




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Article sur le groupe Slutever

mardi 23 juin 2015

Single : Mac DeMarco - Another One (Pop)




Mac DeMarco. Il y a deux façons de voir un article sur Mac DeMarco : 1/ le billet facile, le genre de générateurs de clics que j'évite autant que possible, parfait prétexte à la bouillie journalistique sous forme de : Mac, il est cool, et sa môman, heeen... 2/ le parfait billet piège, parce que la course à celui qui fera paraître son article le premier ne peut rien créer de positif. 

Après avoir dévoilé "The Way You'd Love Her" en mai dernier, Mac nous gratifie aujourd'hui du deuxième single de son mini-LP (ce qui ne veut TOUJOURS rien dire) à venir, Another One. Titre éponyme, on y trouve un Mac plus lancinant encore qu'à l'habitude. Exit la guitare pour ces deux minutes, Mac se la joue Gilbert Montagné joueur et décomplexé. Et parce qu'il a toujours l'instinct du parfait slacker, Mac DeMarco propose même un jeu concours (voir cette vidéo). Si jamais des lecteurs de Still in Rock se prêtaient à l'exercice, faîtes-le moi savoir...

Quoi qu'il en soit, deux singles plus tard, les premières indications apparaissent quant à la teneur des 6 autres morceaux. Mac semble bel et bien décidé à jouer au crooner fifties. Seulement, méfions-nous de cet ancien étudiant en art moderne, lui seul serait capable de délivrer deux singles aux antipodes de l'album... même si après tout, tant qu'il conservera son je m'en foutisme naturel, Mac a toute notre confiance.





(mp3) Mac DeMarco - Another One


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Article sur The Way You'd Love Her
Album Review de Salad Days (2014)

lundi 22 juin 2015

Anachronique : Funkadelic (Psych Funk)




Funkadelic, en avant. La discographie de ce groupe formé au New Jersey en 1964 est composée de 14 albums studio, de nombreux EPs et autres live recording. Il serait donc impossible de recenser l'ensemble des titres de Funkadelic, comme il serait impossible d'énumérer tous les hits de ce groupe légendaire. Plutôt que se lancer dans une course folle, Still in Rock fait ici le choix de n'évoquer que certains des titres les plus emblématiques du groupe, dont bon nombre ont une ascendance rock'n'roll.

La musique de Funkadelic est l'une des plus sensuelles ("America Eats Its Young") qui soit. La voix de George Clinton y est pour beaucoup, sans compter l'accompagnement souvent lannncinannt. Après tout, l'histoire du groupe est affaire de toucher puisqu'elle a commencé dans l'arrière-boutique du salon de coiffure de George Clinton. Seulement, Funkadelic est loin de n'être qu'une impression. Comme le nom du groupe l'indique, Funkadelic emprunte à la funk musique ce qu'elle a de plus groovy et y ajoute souvent de longues partitions psychédéliques. Mais ce que le nom ne dit pas, c'est que les nombreux albums de Funkadelic regorgent de solos de guitare à faire frémir Jimi. Et puis, la musique de Funkadelic, c'est un rock'n'roll primal qui nous évoque les premiers groupes de doo-woop. Ce n'est pas un hasard si les membres de Funkadelic étaient initialement de The Parliament. Si Funkadelic est aussi connu pour ses morceaux qui donnent dans de la funk la plus pure - "Standing On The Verge Of Getting It On" en est un bon exemple -, on s'en remettra ici principalement aux titres qui à tendance rock / psychée, de ceux qui feraient danser Nosferatu une guitare à la main.

Funkadelic (1970), le premier album du groupe, est à mon sens le meilleur de tous, parce que novateur, inattendu et super mélodique. "Mommy, What's a Funkadelic?", c'est le cri de naissance d'un groupe qui allait s'installer dans le paysage sonore pour des décennies. Ecoutez la basse, ce chorus insistant qui semble vouloir pénétrer nos neurones, ces effets sur la voix de Clinton... Ce morceau est très coloré, une expérience à lui tout seul qui vous donnera un sacré bon aperçu de ce qu'est la musique de Funkadelic à son meilleur. "I Bet You" suit dans la même veine, bien que moins marquant. Le deuxième titre le plus mémorable de tous est en réalité "I Got A Thing, You Got A Thing, Everybody's Got A Thing". Et puis, Funkadelic qui s'essaie au blues, c'est sur "Qualify And Satisfy". Les dernières émanations un brin concupiscentes apparaissent sur "What Is Soul". Baissez la lumière et sortez le whisky.

Free Your Mind... And Your Ass Will Follow, le deuxième album du groupe, parait également en 1970. Il est, de loin, le plus rock'n'roll de tous. Il s'ovre sur le titre self-titled, "Free Your Mind and Your Ass Will Follow", l'un des monuments de Funkadelic. Dit autrement ? Un chef d'oeuvre, au sens véritable. Psychédélique façon Jimi Hendrix, joueur façon Vanilla Fudge, saturé façon Velvet Underground, "Free Your Mind and Your Ass Will Follow" c'est finalement un morceau comme seuls les Funkadelic en étaient capable. On retrouve l'esprit Vanilla Fudge sur "Friday Night, August 14th" et "Funky Dollar Bill". Ecoutez également le final, "Eulogy and Light", c'est... surprenant, je n'en dis pas plus.

Maggot Brain (1971), c'est le troisième album studio des Funkadelic. On y trouve quelques-uns des meilleurs morceaux du groupe. Une fois la mélancolie de l'introduction passée, Funkadelic reprend sa marche de l'avant avec "Can You Get to That". Le rock'n'roll que le groupe faisait si bien, on le retrouve avec "Super Stupid". Et puis, le final de 10 minutes, "Wars of Armageddon", nous fait entrer dans une autre dimension, plus psychédélique encore, plus funky, plus aboutie, plus Funkadelic.

Incontestablement, la musique de Funkadelic est une musique pour faire la fête. Bien entendu, les hits se font également nombreux sur la dizaine d'albums non évoquée ici. Mais il serait inconcevable d'introduire la soul music de Funkadelic autrement qu'avec ces quelques LPs. Le R&B de l'époque avait souvent quelque chose de très entrainant, et personne ne représente mieux cette envie de luxure que Funkadelic. L'influence de cette musique sur la scène rock ne tardera pas à se faire entendre. À une époque où beaucoup des groupes sortaient des sixties avec des coupes au bol et un discours aseptisé, les groupes tels que Funkadelic auront participé de libérer les masses comme les musiciens. Une sorte de Free Your Mind... And Your Ass Will Follow grande échelle, comme ils disaient...


(mp3) Funkadelic - Mommy, What's a Funkadelic? (1970)
(mp3) Funkadelic - Free Your Mind and Your Ass Will Follow (1970)


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Article sur les Supremes
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vendredi 19 juin 2015

LP Review : Wild Raccoon - Mount Break (Garage Rock)




Wild Raccoon, c'est un artiste lillois qui, inconnu de nos étagères musicales il y a 2 mois à peine, s'imposera désormais comme l'un des nouveaux essentiels de la scène française. Wild Raccoon a sorti son premier LP via Howlin Banana Records le 15 juin dernier. Nommé Mount Break, il contient 10 morceaux qui vont à coup sur raviver le corps de mamie (Oh, "le chat n'est plus sur grand-mère, elle doit probablement être froide").

Vous l'aurez déjà compris, le nouvel album de Wild Raccoon est un véritable assommoir qui nous rappelle que nous vivons désormais dans un des plus beaux pays (musical) au monde. Je voudrais ici clarifier un point, d'entrée de jeu. Le label de Wild Raccoon, Howlin Banana, nous a habitué à ne sortir que des albums d'une très grande qualité. Deux choses à ce sujet. La première, il ne faut pas prendre ça pour acquis, et rien n'empêche de s'émerveiller à chaque nouvelle parution. La deuxième, je serai bien tenté de dire que Wild Raccoon est la meilleure sortie du label, et avec tout l'amour que je porte aux autres groupes de la banane, je ne saurai prendre ce statement à la légère. M'enfin, passons outre les étiquettes (punchline).

Je profite de la qualité de cet album pour toucher deux mots (rapides) sur ce que j'ai pu lire sur le premier numéro de Fuzz Freaks Friends. Un journaliste du webzine indiquait en effet la possibilité qu'Howlin puisse vouloir mettre fin à son orientation garage. Si je souligne ici la qualité de ce webzine (longue vie à lui), je ne peux que me porter en faux avec cette idée que le garage ne se suffirait pas à lui même, ou qu'il ne serait finalement qu'une affaire de mode. Il est vrai que ce style a le vent en poupe, mais soulignons toutefois qu'il a toujours existé, des Sonics en 1965 en passant par les Cramps dans les années 80, Thee Headcoats 10 ans plus tard et j'en passe. Howlin Banana est le meilleur représentant du genre, une chance pour notre pays hexagonal, alors, longue vie à Howlin et longue vie au Garage.

Mais revenons à l'album. Mount Break est l'oeuvre d'un one man band, ce qui lui donne un aspect proto rock'n'roll du fait d'une batterie façon early sixties et d'une guitare qui va droit à l'essentiel. Et puis, on est nécessairement tenté de comparer Wild Raccoon à Paul Jacobs. Les deux sont blonds, les deux s'accompagnent seul sur scène et savent comment délivrer le tout meilleur de ce que ce genre peut produire. Seulement, l'une des forces principales de ces deux artistes est cette capacité à dénicher d'excellentes mélodies, et j'insiste tout particulièrement sur l'importance de cette caractéristique. En réalité, Paul Jacobs et Wild Raccoon se distinguent sur de nombreux points, mais ce sont surtout ces fameuses mélodies qui font toute la différence. Chacun les siennes et les loups seront bien gardés.

Le premier constat que l'on fait ainsi à l'écoute de Mount Break est que chacun des titres de cet album est un hit potentiel. Ce qui les rend plus fort encore est la cohérence du tout. Cet album illustre (dénonce) parfaitement le mal de la scène. De plus en plus d'artistes tendent à se focaliser sur les singles, ah, la "société du single". Tout est calibré pour accrocher l'oreille de l'auditeur en 5 secondes. A priori, rien de mal à vouloir produire des titres catchy, c'est l'essence même de la culture pop. Seulement, 99% des artistes en oublient qu'un full album est une expérience autrement plus enrichissante. Seule l'écoute d'un LP a le potentiel de marquer une personnalité. Je le redis, jamais l'écoute d'un seul single ne parviendra au même résultat. Or, en ne recherchant que le hit, la majorité des groupes se coupent d'une véritable démarche artistique au sens où ils ne pensent plus leurs albums comme un tout, mais une succession de potentiels #1 du hit parade. Résultat ? L'ensemble est souvent raté, inconsistant et plus commercial qu'artistique. Wild Raccoon, avec cet album, démontre qu'il est bel et bien possible de produire 10 hits qui se tiennent tout en n'évinçant pas l'expérience LP. La formule est simple à comprendre et appliquer : un album, c'est UN message (et non, l'envie de succès et d'argent, ce n'est pas un message). Le message est ici on ne peut plus simple : garage rules, alors pourquoi produire autre chose qu'une musique animale ?! 

Encore trop vague ? Permettez-moi alors d'entrer plus dans les détails. The "Next Summer", c'est toujours mieux. Sauf que là, c'est bel et bien l'été 2015 qui va se prendre une claque à base de raton laveur. Ah ça, pour laver nos tympans de toute la bouillie sonore que le world wild web nous impose, elles seront lavées ! Wild Raccoon donne à entendre une excellente introduction où le son de la guitare, plus que tout autre, est d'excellente facture. Je ne sais pas trop qui est ce "Mr Tanguy.F." cité dans les remerciements pour le mastering, mais quel travail !

"Fuck Fuck The Bankers", c'est un titre qui s'éloigne un peu de l'aspect surf-filles-en-bikini de "Next Summer" et qui en rajoute un coup du côté CGBG. Wild Raccoon nous donne ce que l'on peut attendre des meilleurs opus de garage. L'interlude est parfaitement amenée et la dernière explosion, que l'on attend une goute de sueur sur le front, nous rappelle l'Acid Gallery des Pebbles. "Montreal Gets The Blues", c'est l'occasion pour WR de prouver qu'il sait comment maîtriser son animosité. Ce morceau vient parfaire un trio introductif qui a déjà tant démontré. Lorsqu'un artiste se met à maîtriser le Larsen, on se dit que quelque chose se passe. Et ce quelque chose là n'a encore (presque) rien montré de sa virulence rock'n'roll.

"I Said We Said We Said" est potentiellement le titre le plus 'simpliste' de tout l'album. Un peu de reverb sur la voix du raton, un peu plus encore sur la guitare et le tour est joué ? That's right, il n'en faut pas plus à Wild Raccoon pour créer l'un des tout meilleurs morceaux de garage de l'année. Quant à "Weapon Of Love", il est le morceau qui m'a le plus accroché l'oreille à la première écoute. Je le dis sans concession, on est là en présence de ce qu'il se fait de mieux en matière de garage. On notera aussi qu'elle est la conception que Wild Raccoon se fait de l'amour (&&##@#). Faites écouter ce titre à vos amis ignorants, ces derniers s'en trouveront convertis dans la seconde. Pour sa part, "Wild Animal Rising", c'est un peu comme si le roi lion avait décidé de jouer dans massacre à la tronçonneuse. Une fois encore, à la façon de "Next Summer", on se laisse saisir par une guitare dévorante. C'est primitif, mais quoi de meilleur qu'en retourner à nos amours embryonnaires ?!

"To Build A Fire" est le seul morceau de cet opus à emprunter à ce que la scène a sublimé en 2014 : la Black Sabbath-itude. Pas loin de "Paranoid", Wild Racoonn a pris le soin d'y ajouter un maximum de fuzz. Et puis, décidément, Daniel Johnston a le vent en poupe. Après Peach Kelli Pop en début de semaine, voici une autre reprise de "True Love Will Fin You In The End". Pour être juste, cette de Wild Raccoon a été composé avec celle de la délicieuse PKP. Mais qu'importe. Wild Raccoon conserve l'aspect fantomatique de l'original pour y ajouter une ambiance vahinée qui est la bienvenue.

Enfin, le mélange était a priori peu recommandé, et pourtant. Les "Fries'n'Chocolate", c'est bon. Surprise, le titre s'étale sur plus de 10 minutes. Deuxième surprise, Wild Raccoon y conserve toute la rage qu'un bon morceau de garage impose. Contender pour une place dans le Top 20 des meilleurs morceaux de l'année, "Fries'n'Chocolate" c'est une épopée sur des allures d'Usain Bolt. Une phase de rock psychédélique était inévitable, elle arrive rapidement sur des airs persans à la ? and the Mysterians.

Cet album, c'est un sacré pied de nez à ceux qui pensaient que la scène française s'apprêtait à stagner, qu'un apogée avait été atteint. Wild Raccoon est la preuve à lui tout seul que le vivier est encore immense. Je doute (pour dire le moins) que l'on se trouve souvent confronter à une telle qualité sur un premier LP dans les mois à venir, mais une chose est sure : le raton laveur vient de laver bien des préjugés.






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