mercredi 23 avril 2014

LP : Dylan Shearer - Garagearray (Bedroom Pop)




Dylan Shearer. C'était en août 2013, Still in Rock écrivait un article élogieux sur Dylan Shearer. Son premier album, Porchpuddles, était paru en 2012. Pour Garagearray (via Castle Face, 15 avril), Dylan s'est tout aussi bien entouré : Noel von Harmonson des Comets on Fire est venu le rejoindre à la batterie, Petey Dammit des Oh Sees a prit la basse et Eric Bauer, producteur de Ty Segall, Fuzz, Sic Alps, Mikal Cronin, et j'en passe, a repris le rôle qui avait été le sien sur le premier opus.

Garagearray est un album d'initiés. Je ne suis pas grand fan de ce genre de mises en garde, mais force est d'admettre que les titres de cet opus sont alambiqués. On s'enchevêtre dans une douce mélancolie au fur et à mesure que les titres passent, conquis par la voix maussade de Dylan. "Meadow Prines (Fort Polio)" est le premier hit de l'album : on y retrouve instantanément le Dylan Shearer de "Quartz Trails". Saisit par sa poésie, on se laisse lentement guider sur une vieille barque en compagnie d'une pop romantique. On retrouve ensuite quelques rayons de lumière avec "Garagearray Lookout", un titre avec plus d'entrain qui s’accélère peu à peu. Si d'autres morceaux sont moins poignant (comme "Everyone Accept You", malgré sa très bonne batterie jazzy, ou "Barely By The Waterside"), on retourne vite à de la Bedroom Pop gracieuse. Les deux derniers titres sont particulièrement affables. Les variations de "Mold In The Fold" rappellent celle de "Meadow Prines (Fort Polio)", faisant de la musique de Dylan Shearer un terrain de jeu singulier. "Tough On Grease (Carillion)", la dernière pièce de cet album, titre aux airs de Murals, finit de nous convaincre que Garagearray sera l'une des meilleures pièces du genre de l'année 2014. Rares sont les artistes à avoir un univers si bien défini. 




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Premier article Still in Rock sur Dylan Shearer
Album Review du premier album du groupe Murals

mardi 22 avril 2014

LP : Thee Oh Sees - Drop (Psych Pop)




Thee Oh SeesJohn Dwyer l'a annoncé, Drop est le dernier album des Oh Sees avant plusieurs années. Le groupe reviendra un jour, mais il a exprimé le besoin de faire une pause, alors autant apprécier cette sortie à sa juste valeur. Drop est paru le 19 avril dernier via Castle Face Records, bien évidemment (il s'agit, une fois encore, du label de John Dwyer).

John fait partie du club des 5. Il est indéniablement de ceux qui ont le plus d'influence sur la scène actuelle. Son label contient l'une des plus belles cliques au monde et ses albums sont toujours à la frontière d'un Punk expérimental qui fait évoluer le genre. Par exemple, le titre "Put Some Reverb on My Brother" de ce nouvel opus illustre magnifiquement ces quelques propos, on croirait avoir affaire aux Violent Femmes façon White Fence. Malgré ça, Drop opère bien des cassures avec le son habituel des Oh Sees.

Premièrement, Drop est un opus au tempo bien plus lent que ce à quoi les Oh Sees nous avaient récemment habitués (c'est un peu mou du bide, quoi). "Savage Victory" en est le parfait exemple. Seul le titre "Drop" et quelques rares autres viennent secouer un peu le cocotier avec un rythme plus effréné et une guitare qui demeure toujours aussi inspirée. Deuxièmement, l'album est bien moins Punk et bien plus Pop que les précédents Oh Sees. Une seule écoute du titre "Camera" suffit à s'en convaincre. On y perd un peu en originalité pour se tourner vers des mélodies plus universelles.

Malgré ça, Drop est l'album qui contient le plus de sons de guitare différents de ces dernières semaines/mois. John Dwyer a toujours su faire ça, et on aime qu'il continue à le faire (encore looooongtemps please). "The Kings Nose" est un titre qui, dans le nouveau style du groupe, fait très bien le travail. C'est un excellent titre, le meilleur de l'album, et assurément l'un des meilleurs de tous les Oh Sees. Il est immédiatement suivi par un "Transparent World" où le son de guitare, si brut, détonne avec la voix robotisée de John Dwyer. Je ne suis pas certain du résultat, pour dire le moins. Enfin, l'album se conclut sur un "The Lens" qui, pour ce qu'il est, est un très bon titre Pop.

En somme, Drop est un opus qui touchera sûrement un public plus large tout en conservant l'intégrité de John Dwyer. Seulement, je ne suis pas certain que les plus grands fans du groupe se tourneront vers cet album lorsque, dans quelques années, une grosse envie de John Dwyer se manifestera. Le Oh Sees dissonant de "Carrion Crawler" est et restera le seul et unique Oh Sees. Il est à noter que John jouera le 6 juin prochain à la Villette Sonique sous le nom de son ancien groupe, Coachwhips. Et ce jour-là, l'histoire sera tout autre.




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lundi 21 avril 2014

Anachronique : Slint (Post Hardcore)




Slint, ce n'étaient que des enfants. Slint est un groupe formé à Louisville en 1987 par une bande d'amis alors adolescents. Le groupe n'a jamais fait paraître que deux albums, Tweez (1989) et Spiderland (1991) qui vient tout juste d'être réédité sur Touch and Go Records. On peut aujourd'hui coller beaucoup de qualificatifs à la musique de Slint : Post Hardcore, Math Rock, Post Punk, Post Rock et j'en passe. En réalité, à la sortie de ses deux opus, peu de souciait de savoir ce que Slint pouvait bien représenter. Le groupe n'attirait que peu de foules, et sa popularité était plus proche de néant qu'autre chose. Mais voilà, les 20 années passées depuis la parution du dernier album de Slint ont fait de lui un groupe culte. Il jouait la semaine dernière à Louisville, l'occasion parfaite pour évoquer cette formation majeur dans l'histoire de la musique expérimentale.

Les deux opus de Slint ne sont pas des instantanés. Il faut du temps pour se les approprier, le temps que l'oreille se fasse à cette agressivité placée sur courant alternatif. Son deuxième opus, Spiderland (1991), est à ce jour celui qui est le plus culte des deux. Pourtant, Tweez ne démérite pas. Place à la critique track-by-track ? C'est parti :

Tweez (1989). "Ron" est le premier titre de l'album. Slint rentre dans le vif du sujet sans se soucier de prendre la moindre précaution. Du Punk, du vrai. Le groupe semble surpris autant que nous, assénant un "oh, hen, alright", comme pour nous dire : oh, vous voulez un peu de musique ? La voilà. Produit par Steve Albini, producteur des Pixies, Nirvana et j'en passe, cet album ne ressemble à rien que nous n'ayons jamais écouté.

Après l'introduction poignante de "Ron" arrive un "Nan Ding" révélateur de ce qu'est cet album : la basse prend le lead avec de nombreux changements de rythmes, Brian McMahan parle plus qu'il ne chante et le son des guitares est agressif. "Carol" est un brin plus impressionnant. L'ambiance post apocalyptique que dégage Slint à de quoi effrayer. On écoute ce titre lorsque l'envie d'agressivité se fait entendre, en se rapprochant de l'univers de Dinosaur Jr. Vient ensuite "Kent" et ses creepy sounds, "Kent" et ses bruitages, encore un titre surprenant. Slint fait de sa musique une texture capable de toutes les variations, de tous les excès, et c'est l'oreille attentive que l'on procède à l'écoute de ce titre comme du reste de l'album. La deuxième partie du titre est pour le moins prenante. Brian nous ordonne "don't worry about me", et ensuite, la guitare fait son travail de sape à la perfection. Et puis, c'est au tour de "Charlotte" de venir donner le LA, titre  de post rock expérimental qui nous rappelle les égarements de Thurston Moore. C'est sans compter sur la reprise soudaine de la 4eme minute, façon Fugazi. Vient ensuite "Darlene", un titre parlé qui tranche avec la guitare assourdissante des deux titres qui l'entoure. "Pat", l'avant-dernier morceau, détruit tous les codes pour former plus de trois minutes absolument novatrices, le genre de titre dont on se souvient sans peine. Et puis, "Rhoda" conclut l'album sur une pièce encore plus expérimentale que les autres, qui, une dernière fois, fait varier son instru' pour faire sautiller nos âmes affolées. 

Cet opus dégage une ambiance très pesante, parfois à la Dinosaur, parfois à la Sonic Youth, d'autres fois à la Fugazi, mais jamais sans que la guitare n'accélère trop, jamais sans que Brian McMahan n'ait trop besoin de pousser sa voix. C'est étonnamment puissant et bien pensé. Il est à noter que l'appellation des titres est tirée du nom des parents des membres de Slint, à l'exception de "Rhoda" qui était le nom du chien du batteur du groupe, Britt Walford. Originalement paru sur Jennifer Hartman Records, l'album sera réédité sur Touch and Go Records en 1993. Cet album mériterait bien des palmes d'or. Still in Rock décerne la sienne.


Spiderland (1991), ou la dynamique des silences. C'est marrant comme les trois premières notes d'un album peuvent lui donner son identité sonore. Enregistré en 1990, Spiderland arrive après que le groupe ait interrompu sa tournée pour Tweez pour cause de... rentrée au College. Enregistré en seulement 4 jours, de nombreuses rumeurs persistent encore sur ce qui se serait passé en studio durant cette période : hôpital psychiatrique pour un membre de Slint, bagarres, dépressions... ?!

"Breadcrumb Trail" semble être fait d'un son moins noir que celui de Tweez. Pourtant, Slint n'a pas perdu en intensité. "Nosferatu Man" intègre énormément de Math Rock, les sonorités éparses finissent par y former un tout d'une incroyable complexité. Ce morceau est assurément l'un des tout meilleurs de la discographie de Slint. Son final est une jubilation de haut vol. "Don, Aman" est l'un des titres les plus posé de l'histoire du groupe. Aucune batterie n'est présente, Slint semble aux antipodes de Tweez, un leurs. "Washer" est le seul titre chanté de tous les albums de Slint. On y trouve une rare sensibilité. La musique de ce morceau colle parfaitement à la pochette de l'album prise par Will Oldham dans le lac d'une carrière abandonnée. Slint y semble innocent autant qu'inquiétant. On a l'impression que les non-dits occupent une place plus importante que tout le reste. Ecoutez bien la montée en puissance qui se forme à la 7eme minute : avez-vous déjà entendu une musique plus poignante ? "For Dinner...", dans la même veine que "Don, Aman", laisse place à une musique reposante où la guitare fait superbement le boulot. "Good Morning, Captain" est le dernier titre du groupe, mise à part leur Untitled Slint EP (1994) qui comprendra des chutes de Tweez. Certaines versions CD de Spiderland comprendront un message disant : "this recording is meant to be listened to on vinyl". Tout est là.

Slint porte superbement l'étiquette de Post Hardcore. On croirait entendre un groupe de War Punk fatigué par des années d'exercice. Pourtant, je le rappelle encore, le groupe a tout enregistré lorsque ses membres n'étaient qu'adolescents. Un documentaire qui vient de paraître sur l'histoire du groupe, intitulé Breadcrumb Trail, explique l'étonnement général lorsque le Monde découvrait que cette musique émanait "d'enfants". La maturité de la musique de Slint pourrait effectivement laisser penser l'inverse tant les ambiances noirâtres de ces deux opus n'ont que peu d'égaux. Pour cela, probablement, Slint a suscité le respect des plus grands noms. Lou Barlow, de Dinosaur Jr., déclarera que cet album fluctue "du calme à la rage sans sonner comme du grunge ou du rock indé. Il sonnait davantage comme un nouveau genre de musique". Quant à Bob Nastanovich (Silver Jews et Pavement), il n'hésitera pas à affirmer qu'il s'agit de l'un de ses albums préférés. Bien d'autres artistes légendaires déclareront leur amour à Spiderland, Tweez, et Slint. Aujourd'hui, j'espère que vous lui donnerez le vôtre.


(mp3) Slint - Pat (1989)


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Liste de TOUS les articles anachroniques
Article anachronique sur Dinosaur Jr. (1985)

dimanche 20 avril 2014

Album Review : Eagulls - Eagulls (Punk Shoegaze)





Album Review : Eagulls

Eagulls


Eagulls sera-t-il le meilleur groupe anglais de l'année 2014 ? C'est fort probable. Et autant dire qu'il se battra également pour la place de meilleur groupe européen. Mais qu'importe, l'important réside dans cette information absolument essentielle : le groupe de Leeds vient de faire paraître un premier album sensationnel. Il était déjà l'auteur d'une première cassette en 2010, son premier split avec Mazes et un 7inch en 2011, ainsi qu'un son premier EP, self-titled, en 2012. Mais ce qui se passe avec ce premier opus relève d'une tout autre nature.

Paru le 3 mars dernier sur Partisan Records, cet album est composé de dix morceaux éclatants. À dire vrai, Eagulls est l'auteur d'un Punk Shoegaze qui n'a aucun équivalent. Et il faut dire que la combinaison est peu commune : le shoegaze (les artistes qui regardent leurs chaussures en jouant de longues partitions) semble a priori antinomique du Punk où les accords de guitare se veulent courts et nerveux. Pourtant, Eagulls parvient à lier ces deux styles musicaux pour faire de leur premier album une pièce musicale non seulement super efficace, mais en plus complètement novatrice. J'en profite d'ailleurs pour torde le bras à l'idée que Eagulls produirait en fait du post-punk. Si certains titres s'en rapprochent légèrement, il ne s'est jamais agi dans ce mouvement de pousser de longs riffs interminables, ce que Eagulls fait à merveille. Mais trêve de débats sémantiques.

La musique d'Eagulls est très exigeante, à croire que c'est une constante chez les groupes anglais tant le premier LP de King Krule est éprouvant (génial), et les similarités apparaissent entre Eagulls et Wu Lyf, groupe de Manchester (c'est pas loin) qui avait généré un buzz peu commun au cours de l'année 2011.

Il est à ce jour difficile de dire si Eagulls s'avérera entre plus sincère et plus constant que le groupe précité. George Mitchell, son chanteur, confie à qui veut l'entendre son agacement quant aux groupes qui essaient de se coller une image de bad boys sans l'être véritablement. Mais il est vrai qu'entre les costumes d'Halloween du groupe très controversé, une lettre postée sur leur blog qui aura fait jaser (le groupe parlait alors de "beach bands sucking each other's dicks", qui "become known to the music industry heads due to the fact you are girls or have girls in your band", ça se passe de traduction) et leurs textes anti-establishment, Eagulls renvoie tout de même l'image d'un groupe qui travaille son statut. Peu importe tant que la musique est au rendez-vous. Mais ce genre de philosophie conduit parfois/souvent à des deuxièmes ou troisièmes albums trop calculés. Seul le temps nous donnera des éléments de réponse sur le chemin que prendra Eagulls. En attendant, le tout premier opus du groupe, celui aujourd'hui entre nos mains, est une petite merveille à bien des égards, et nous aurions bien tort de nous en priver pour d'obscures raisons. Obscure, cet album l'est, place à la critique track-by-track :



  • Nerve Endings : Ce titre d'introduction est particulièrement bon pour deux raisons. La première, il introduit parfaitement l'univers du groupe avec l'une des mélodies les plus notables de tout l'opus. La deuxième, il fait varier très efficacement le son de guitare pour former un tout finalement hétérogène assez surprenant. Le son alterne entre phases très entubées et d'autres beaucoup plus libres où Eagulls ouvre ses chakras en plein. La voix de George Mitchell fait apparaître de premières ressemblances avec celle de Robert Smith (The Cure). C'est efficace sans écraser les autres morceaux. On rentre finalement dans l'univers Eagulls sans difficulté. Voilà qui est bien réussi.
  • Hollow Visions : Dans l'exacte lignée de "Nerve Endings", Eagulls monte d'un cran, doucement, mais surement. On se retrouve en plein dans une rue où tout le monde est de noir vêtu, par un temps de brouillard, à la recherche d'une issue. 
  • Yellow Eyes : Si "Yellow Eyes" ne vous touche absolument pas, passez votre route. Ce titre encapsule ce qui fait que la musique anglaise n'a aucun substitut. "Yellow Eyes" est tout aussi brut que travaillé. Ce morceau transpire les batailles de gangs anglais, la haine des quartiers pauvres, le Punk de ses rues délabrées.
  • Tough Luck : Apparition d'un son de guitare plus Jangle Pop et, par la même, des premières sonorités eighties. "Tough Luck" est en apparence un titre un brin plus consensuel avec un refrain très rythmé qui produit indéniablement son petit effet. Mais toute la force du titre se trouve en réalité dans les couplets où la guitare prend le dessus sur tout le reste. On semblerait presque apercevoir une source lumineuse en plein ciel grisonnant. 
  • Amber Veins : Nécessairement, "Amber Veins" est l'un des moments phares de l'opus : Eagulls y maintien toute la magie noire des titres précédents en y introduisant des lyrics entêtants et une mélodie super catchy. "Amber Veins", sur les héroïnomanes, est assurément l'un des morceaux les plus poignants de tout l'album. 
  • Possessed : Ah, le moins que l'on puisse dire est que ce titre porte bien son nom. La voix de George Mitchell semble effectivement habité par un esprit extérieur. C'est à l'écoute de "Possessed" que l'on se rend véritablement compte du fait que cet opus regorge de hits en tout genre. La version live donnée au Late Show de Stephen Colbert David Letterman montre toute la maîtrise du groupe qui, bien que clairement dépassé par l'événement (Bill Murray était présent, il faut dire, et déguisé en Peter Pan), parvient à habiter les lieux avec une rapidité étonnante.
  • Footsteps : A ce jour mon titre préféré de tout l'album, "Footsteps" est le fer de lance de Eagulls. Il transporte avec lui une rare énergie. La dernière reprise à 3min10 semble donner voix à des dizaines de guitares. Il se passe indéniablement quelque chose de trop grand pour être si facilement appréhendé. 
  • Fester / Blister : Eagulls à fond les ballons, ce titre s'impose comme l'un des plus nerveux. Eagulls en profite pour évacuer la rage qui l'habite souvent en dehors des studios d'enregistrement. Le faux temps mort qui intervient dans la dernière partie est le très bienvenu.
  • Opaque : Le titre le plus eighties inspiré de l'album, en compagnie de Never Endings. On y trouve une touche The Replacements qui n'est pas pour déplaire. "Opaque" n'est pas le titre qui saute aux yeux lors des premières écoutes, mais assurément une direction musicale super intéressante à la croisée de bien des genres. Ce morceau est à lui seul la preuve de toute la maturité musicale du groupe. Un premier album complet, distinct, et focus.
  • Soulless Youth : Garder le titre le plus long pour la fin, un grand classique. "Soulless Youth" - on se demande à quel groupe l’appellation de ce titre fait référence - laisse une énorme place à un fuzz qui tourne de plus en plus vite. Les sirènes introductives font monter la pression, l'explosion est à la hauteur de tout ce que l'on pouvait attendre d'un titre conclusif. Encore une superbe création de Punk Shoegaze.

En somme, Eagulls est un album super catchy, taillé pour enflammer les clubs undergrounds des capitales mondiales. Eagulls a fait un formidable travail sur la mélodie ce qui fait de son opus un constant-killer. Ce n'était pas gagné d'avance tant les premiers albums tombent souvent dans les extrêmes, et surtout, tant la musique Shoegaze se veut parfois prétentieuse. Ce qui fait qu'Eagulls ne tombe pas dans ces écueils est sa véritable conscience Punk et son souci de s'inscrire dans la continuité de ce mouvement. 

Les textes sont aussi noirs et inconditionnels que la musique qu'ils accompagnent. Le groupe n'a pas eu pour souci de donner à sa musique des variations qui ne l'inspirait pas. Peut-être qu'Eagulls aurait gagner, par moment, à donner une place plus importante à la basse de Tom Kelly, pour repartir de plus belle et insuffler un souffle nouveau. Mais c'est finalement l'aspect brut et, en apparence seulement, assez homogènes des créations qui fait de Eagulls un album qui marque d'ores et déjà 2014.

Eagulls façonne un peu plus encore cette année comme étant celle des meilleurs revival nineties depuis bien longtemps. Étonnamment, cet album, outre le fait qu'il mélange shoegaze et punk, mixe également la musique de Sonic Youth avec celle très eighties des Cure ou Replacements. Le résultat est inattendu tout aussi que flamboyant. Cet album croise les genres, les expériences, et les périodes. Trêve d'analyses, place à une nouvelle écoute.


(mp3) Eagulls - Footsteps
(mp3) Eagulls - Amber Veins


Notation : 8,4 / 10 (barème)


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Album Review de True Widow (Stonegaze)
Article anachronique sur le groupe Galaxie 500 (Shoegaze)

jeudi 17 avril 2014

The Colorcast # 10




The Colorcast. Always, always such a great pleasure to find a new Colorcast in my mailbox, all these sounds waiting to be heard for the first time, a new magical world to explore, a brief immersion in Murals' incantations. Today is the 10th episode of The Colorcast. Created by Rob Monsma in late hours of a night in Louisville, you may find a lot of african influences in introduction, followed by some Jazzy Jazzy Jazz and some oldies like The Strangers and this amazing William Onyeabor's song. The end is a surprise. My friends, sit back and enjoy.

The Colorcast. C'est toujours, toujours une telle joie que de trouver un nouvel épisode du Colorcast dans ma boîte e-mail, tous ces sons qui attendent d'être écoutés pour la première fois, un monde magique à explorer, une brève immersion dans l'univers de Murals. Ce dixième épisode du Colorcast, créé par Rob Monsma durant les heures tardives d'une nuit à Louisville, laisse place à de nombreuses sonorités africaines, suivies par un peu de Jazzzz et quelques vieux oldies tels que The Strangers ou cette splendide chanson de William Onyeabor. La fin est une surprise pour vous. Mes amis, sit back and enjoy.


1. Limbisanga - Dr. Nico Kassanda (0:00)
2. Como Esta Miguel - Sexteto Habenero (4:55)
3. Love Rock - The Strangers (8:02)
4. Ana - Los Saicos (10:52)
5. And it Was Easy - Darcy Clay (12:52)
6. Atomic Bomb - William Onyeabor (15:32)
7. Rainy Day Dub - Lee 'Scratch' Perry (23:26)
8. Khala My Friend - Amanaz (25:55)




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mercredi 16 avril 2014

Live Review : Kurt Vile au Café de la Danse (Acoustic Folk)




Article par Yes S.I.R.

C'était en janvier dernier, Matador Record annonçait les dates européennes de la virée en solitaire du virtuose de Philadelphie accompagné, en première partie, par Pall Jenkins. Une tournée qui a débuté le 31 mars dernier en Suisse et qui se termine aujourd'hui à Istanbul. Entre temps, il a fait un arrêt dans le décor intimiste du Café de la danse à Paris, c'était jeudi dernier et nous y étions.

Ceux qui avaient eu la chance d'assister à son dernier concert parisien à la Gaîté Lyrique le savaient, Kurt Vile aime se retrouver seul sur scène pour distiller ses mélodies enchanteresses. Alors en tournée avec The Violators et après une heure de concert, ces derniers lui avaient laissé la place pour un final en apothéose et en solitaire. Rien d'étonnant donc, à ce qu'on le retrouve en tournée solo et acoustique. Rien d'étonnant non plus au fait de choisir le Café de la danse, qui se prête merveilleusement bien aux lives acoustiques. Sur scène, le décor est à la fois minimaliste et chaleureux. Au milieu, une chaise entourée de guitares est éclairée par une lampe à la lueur tamisée. À droite, une vieille télévision grésille et éclaire l'ampli. On a l'impression d'être invité dans leur salon et cette proximité est renforcée lorsque l'on se trouve assis sur les tapis, à quelques centimètres de la scène, là où chaque détail dévient visible. C'est dans cette ambiance, digne de l'exposition Anywhere, anywhere out of the world que le concert va commencer. Et c'est bien hors de notre monde que les deux guitaristes vont nous transporter.

Lunettes noires, chapeau noir, et accompagné de sa Rickenbacker, c'est Pall Jenkins qui nous rejoint le premier. L'ancien leader des Black Heart Procession a des allures de compteur d'histoires, de celles qui se racontent à la guitare aux creux des oreilles attentives. Enchaînant ses compositions avec habileté, il parvient même à nous surprendre en abandonnant sa guitare pour une scie musicale pendant deux titres. Mais toutes les histoires ont une fin et l'heure est venue pour le natif de San Diego de laisser place à celui que tout le monde attend, non sans recevoir une ovation à la hauteur de son talent.

Comme à son habitude, c'est le visage à moitié caché par sa longue chevelure que Kurt Vile monte sur scène. Il s'installe sur la chaise, entouré de ses guitares comme un enfant entouré de ses jouets. Il est prêt et nous aussi, le voyage peut commencer. Durant plus d'une heure, il va nous emmener avec magie à travers sa discographie, passant d'une guitare à l'autre au grès de ses envies. Alternant entre les titres de son dernier album comme "Girl Called Alex" ou "Goldtone" et ceux plus anciens tels que "Tomboy" et "My Best Friend", il n'hésite pas à sortir un banjo le temps d'une chanson. Une chose est sûre, l'immense talent de ce fan de Pavement et Sonic Youth se dévoile encore un peu plus en acoustique. C'est par "Baby's Arms", joué en guise de rappel et avec le retour de Pall Jenkins à la scie musicale, que Kurt Vile achève ce voyage hors du temps. Mais finalement, c'est un ami qui résume le mieux le tour de magie opéré ce soir. "Kurt Vile ou comment un type fait regarder la télé et un gars en Adidas à 400 personnes pas fan de foot...".


(un grand merci à Laurent pour la vidéo)


(mp3) Kurt Vile - My Best's Friends (Version Café de la Danse)
(mp3) Kurt Vile - Tomboy / Girl Called Alex (Version Café de la Danse)


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Album Review de Wakin On A Pretty Daze
Article sur les premières créations de Kurt Vile

mardi 15 avril 2014

EP : Mold Boy - Fade (Dream Pop)




Mold Boy. Il est trop fort. Tout simplement trop fort. Tous les 15 jours, Still in Rock publie un nouvel article sur Mold Boy qui sera largement l'artiste le plus représenté de l'année 2014. Et à chaque nouvel EP, on se dit que de nouveaux trésors nous attendent tant Mold Boy n'a JAMAIS fait paraître le moindre titre décevant. Fade ne déroge pas à la règle. Ces titres, très récemment composés et mixés-maison, perpétuent à merveille la tradition Mold Boy.

Fade contient six morceaux, ce qui porte à 18 le nombre de titres sorti en 2014 (ajoutez-y les 6 de son EP Years parus fin 2013 et chroniqués ici en 2014). Ce nouvel EP s'ouvre sur "Strange Dreams", et là, c'est déjà trop fort. Vient rapidement "The Sounds", probablement à ce jour le titre le plus long jamais composé par Mold Boy (presque 7 minutes). "The Sounds" explore les fonds marins avec émerveillement. La guitare qui réattaque soudainement est absolument parfaite. Ce titre est l'une des pièces centrales de la discographie d'Alex Calder. Et puis, après le "Lola" de Warm Soda, voici celui de Mold Boy. On y retrouve la pop fantomatique de Jackson Scott. Un plaisir. Mold Boy surprend ensuite tout le monde avec "Retract", titre qui contient de légères sonorités afro pop. C'est qu'il excelle également dans ce style, mais où va le monde. L'EP se conclut enfin sur "Born In Another Time".

Mac DeMarco vient certes de publier un superbe album (Album Review), mais son meilleur pote, Alex Calder, n'est surement pas en reste. Simplement plus discret. Le mois dernier, Mold Boy avait explosé les compteurs avec un "Disease Freak Alternate" dont on ne se remet toujours pô. Fade continue d'attiser notre étonnement quant à la capacité d'Alex à produire tant de titres d'une telle qualité. A ce jour, le premier LP de Mold Boy est toujours en stand-by. Il pourrait contenir une collection des meilleurs titres sortis sur tous ces EPs, ou bien des titres inédits. Une chose est certaine, Alex Calder y travaille durement. Les négociations avec les labels sont en cours, et en attendant, il se pourrait bien que quelques nouveaux titres déjà prêts soient diffusés très bientôt...


(mp3) Mold Boy - Retract
(mp3) Mold Boy - The Sounds


Liens afférents :
Article sur son EP Someone (mars 2014)
Interview d'Alex Calder par Still in Rock

lundi 14 avril 2014

Anachronique : Vanilla Fudge (Psych Rock)




Vanilla Fudge, un peu de Dad Rock pour l'article anachronique du jour, un peu d'épique. Vanilla Fudge est un groupe américain (New York) de rock psychédélique, formé en 1966 et disparu (avant d'être reformé) en 1970. Durant cette période, Vanilla Fudge fera paraître 5 opus qui laisseront leurs traces sur l'histoire de la musique psychédélique. Souvent présenté comme une introduction au Stoner, ce groupe alliait Pop et Heavy Metal à la perfection pour en faire une musique très accessible et démocratiser un genre qui se voulait très élitiste. Dans la mouvance de Blue Cheer (article anachronique), Vanilla Fudge est un groupe qui ouvre l'esprit à de nouveaux horizons, le genre de groupe qui fait aimer de nouveaux sons, de nouveaux univers. Bienvenu dans les caves ensorcelées de Salem pour une musique à écouter les soirs de pleine lune.

Le premier album du groupe est, je trouve, particulièrement susceptible de faire comprendre tout le génie des Vanilla Fudge. Uniquement composé de reprises, Vanilla Fudge est un album trop souvent oublié. Les autres opus du groupe sont excellents, et permettront d'ailleurs à Vanilla Fudge de tourner avec Jimi Hendrix, Cream, ou encore Led Zeppelin. Pourtant, c'est le premier opus du groupe qui sera #6 du Billboard américain. C'est également ce premier opus qui contient les plus grands hits de l'Histoire des Vanilla. Si Vanilla Fudge est un album particulièrement génial, c'est notamment parce que le groupe réussi a donner une nouvelle lumière à plusieurs des plus grands morceaux de leur époque. Vanilla Fudge injecte une dose de Blues dans quelques merveilles Pop pour en faire ses propres classiques.

L'album s'ouvre sur un "Ticket To Ride" (Beatles) assurément épique. La voix de Mark Stein part dans les hautes sphères de la musique psychée que seul l'orgue accompagne. "People Get Ready" (The Impressions) opère un clair changement par rapport à sa version originale. Vanilla Fudge nous plonge en plein Salem, à la messe du Curé nouvellement vampirisé. C'est le titre le plus posé de tous l'opus. "She's Not There" (The Zombies) introduit les premiers égarements de Carmine Appice à la batterie. Le titre prend tout son sens dans la dernière minute. Et puis, on attaque le dur avec "Bang Bang" (Sonny & Cher) où Vanilla Fudge transforme l'un des plus grands hits Pop en une matière psychédélique fantomatique. Les "Illusions Of My Childhood - Part One", "Part Two et "Part Three" viennent ensuite bercer nos oreilles avides d'un Rock bluesy. Vanilla Fudge continu dans sa toute grandiloquence avec "You Keep Me Hanging' On" (The Supremes). Il s'agit là des derniers accords pre-Stoner de l'opus. Ensuite, Vanilla flirte avec une pop très fleurie, à l'image de "Take Me For A Little While" (Trade Martin). Vanilla Fudge se conclut sur le grand classique du groupe, la reprise de "Eleanor Rigby" (Beatles). Et là, dès l'introduction, on sait à quoi on a à faire : du GRAND, du LOURD, du TRÈS BON.

Bon, pour le plaisir alors, voici un petit topo (ne m'en voulez pas de laisser de côté des dizaines de hits) des autres titres du groupe à ne pas louper. Pour commencer, la reprise de "The Windmills of Your Mind", la démonstration de batterie de "Break Song" (un titre de presque 20 minutes, héhé), et le "Shotgun" de Jr. Walker and the All-Stars. Oh, mais ne nous arrêtons pas là. L'album Near The Beginning est un absolu sans faute. Tout le dramatique de Vanilla Fudge se retrouve dans "Some Velvet Morning", un titre épique à la plus parfaite image du groupe. Et puis la voix de Mark Stein ne ressort jamais aussi bien que sur "Thoughts". On ne peut manquer les deux titres très horror psychédélique que sont "Paradise" et "That's What Makes A Man". Dans l'ensemble, disons que Renaissance est probablement l'autre l'indispensable du groupe. "Faceless People" et la FABULEUSE reprise de "Look Of Love" en sont de beaux exemples. Et puis pour la route, ne manquez pas non plus "Where Is My Mind". Ces quelques titres s'inscrivent dans les tous meilleurs de l'histoire du rock psyché des années '60. Les rééditions de tous les albums de Vanilla regorgent de versions inédites, de démos magnifiques et d'autres trésors. Ne les manquez pas, à l'image d'une des réédition de leur premier album qui contient leur single de 1967, "Season of The Witch" (présent sur la mixtape "What Ever Happened to Baby Jane Mixtape?" de Still in Rock). Je vous laisse à présent le plaisir d'aller chercher et découvrir toutes ces merveilles psychédéliques.

Après la séparation de Vanilla Fudge, les membres du groupe rejoindront quelques autres formations de légende, à l'image de Cactus, Jeff Beck et Beck, Bogert & Appice. Mais nous avions alors perdu l'un des plus grands groupes de musique psychédélique. Bien des styles de musique peuvent être reconnaissant au Fudge pour les avoir exporter au plus grand nombre. Vanilla Fudge, une histoire pour la vie de la musique. L'influence du groupe, sur Steppenwolf, sur Frank Zappa, sur Deep Purple, et même les Doors, lui a permis de façonner la musique comme il l'entendait : belle et éhontée.




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vendredi 11 avril 2014

Album Review : Mac DeMarco - Salad Days (Blue Wave)





Album Review : Mac DeMarco

Salad Days



Mac DeMarco est toujours aussi génial. Merci au revoir.

Tout bien pensé, il y a sûrement plus à dire. Vernor Winfield McBriare Smith IV, aka Mac DeMarco, n'est plus l'artiste que Still in Rock chroniquait en 2012. Son niveau de hype a considérablement grimpé et il remplit à présent les salles les plus trendy du monde entier. Malgré ça, Mac DeMarco reste et restera toujours Mac DeMarco : un artiste je-m'en-foutiste qui, avant toute chose, exprime son art pour se faire plaisir. Loin de tout calcul, il joue et compose ce qui lui vient sans se soucier ce qu'on attend de lui. Et ça s'entend immédiatement.

Il y avait dans 2, son premier LP paru sur Captured Tracks en 2012, une joie très communicative qui faisait de cet opus un véritable souffle nouveau. On avait trouvé en Mac de Marco le parfait compagnon de canapé, là où "le son de la guitare, à travers l'ensemble des titres, sembl(ait) avoir fondu quelque part au soleil, altéré par les lourdes radiations d'un monde apathique". Avec Salad Days, une partie de cette allégresse a parfois disparu pour laisser place à un Mac plus grisé. Les nuances sont infimes, mais voilà ce qui sépare à mon sens 2 de Salad Days. Sous couvert de mélodies similaires à celle de son premier LP, le Ferris Bueller's de la Pop s'est transformé, l'histoire de quelques secondes, en un clown triste que l'on a presque envie de câliner.

Et puis, Mac de Marco opère comme un retour aux sources, un son plus proche de son Rock and Roll Night Club. Il est certain que ceux qui ont détesté son premier EP (mais qui sont-ils ?) détesteront Salad Days. Mais si, une fois encore, Mac DeMarco n’a en apparence rien changer à sa formule secrète, je dois confesser que l'écriture de cet Album Review a nécessité plusieurs semaines d'écoutes au cours desquelles j'ai eu de nombreux doutes. Aujourd'hui, je crois pouvoir dire que toutes mes questions ont enfin leurs réponses. Je crois pouvoir dire que Salad Days est du niveau de 2, et que, dans plusieurs années, on dira de ces deux albums qu'ils constituent des indispensables de toutes bonnes bibliothèques. Place à la track-by-track :

  • Salad Days (ici) : Introduire son album sur des enfantillages, il le fallait. La première sensation est celle du soulagement à l'idée d'enfin retrouver la voix de notre Mac DeMarco posée sur de nouveaux titres. Et cette petite guitare, toujours frétillante d’impatience à l’idée de trouver enfin l’heure de la sieste. Le son de guitare est toujours aussi Jangle Pop et la voix de Mac est posée à la façon Rock and Roll Night Club.
  • Blue Boy : Ce titre renoue avec l’aspect éternel des créations de 2, reprenant pleinement les recettes de cet album tout à fait fascinant. A vrai dire, "Blue Boy" est probablement l'ultime Hit de Salad Days. On en ferait d'ailleurs volontiers le surnom de Mac DeMarco. Le soldat DeMarco a capturé l'universel, une fois de plus.
  • Brother (ici) : C'est finalement assez simple. L'introduction de "Brother" est évidente, immédiate. Mac DeMarco fait du son de sa guitare une ode à la bonne vie. En réalité, "Brother" est un titre mélancolique qui oscille entre tranquillité et chagrin en toute sincérité. Ce son de guitare très Jangle Pop délivré au ralenti crée son effet léthargique bien comme on l'aime. C'est psychédélique pile ce qu'il fallait, un sacré numéro d’équilibriste.
  • Let Her Go : Peut-être la mélodie la plus évidente de toutes. Ce titre illustre le changement de ton opéré entre 2 et Salad Days. Sous couvert d'une musique qui emprunte tout autant à la Jangle Pop que sur son premier opus, Salad Days révèle des textes plus profonds. On passe de la farniente absolue de 2 à un spleen plus ou moins assumé. Une fois encore, on retrouve le Mac de Marco de son premier EP, plus mélancolique, plus noir. Le refrain y est particulièrement splendide.
  • Goodbye Weekend : Des accords distillés à la vitesse de croisière de la Reine d’Angleterre, une basse paisible, "Goodbye Weekend" porte bien son nom. Voilà enfin cette légère brise que nous attentions tant. Les petites envolées de Mac DeMarco sont toujours un pur bonheur. "Goodbye Weekend" donne la place centrale à la guitare pour la toute première fois de l'album.
  • Let My Baby Stay : De fortes ressemblances avec "Still Together" dès l'introduction. Mais elle est où Kiki ? "Let My Baby Stay" instaure un nouveau dialogue entre Mac DeMarco et son for intérieur. C'est ce qui fait que Salad Days est parfois un album plus profond que ne l'est 2, habillé de ses petites remises en cause, de ses doutes.
  • Passing Out Pieces (ici) : C’est l’un des titres que nous connaissions déjà, l’un des temps forts de l’album avec cette orchestration rétro-nostalgique reconnaissable parmi toutes. Indéniablement l'un des killers de l'album. Le travail du synthé fait que Mac s'éloigne doucement de sa Jangle Pop chérie sans même que cela nous dérange vraiment.
  • Treat Her Better : Le DeMarco spirit, une guitare distordue pour la fainéantise la plus complète. Surement l'une des meilleures partitions de guitare de tout l'opus. Rapidement, Mac DeMarco introduit ses premiers accords de surf guitare, et là, c’est Dick Dale pour tous !! Plus, la dernière minute est vraiment au-dessus du lot. Que rajouter sinon que Mac est le meilleur de tous à ce jeu-là. Si plusieurs titres de l'opus créent ce léger blues, "Treat Her Better" joue des cartes diamétralement opposées. 
  • Chamber of Reflection : Oh ?! Un petit caprice de Mac, un titre qui surprend. La basse de Pierce McGarry trouve une belle sonorité. C'est assurément un titre intéressant, mais il n'en demeure pas moins qu'il ne représente pas là où Mac excelle le plus. 
  • Go Easy : Le minimum que l’on puisse attendre de la part de Mac DeMarco. Un titre chill, qui serait le hit de biens d’autres artistes. Peut-être trop évident, il manque soit l'attrait de la nouveauté, soit une mélodie plus fouillée. Bien entendu, le refrain est splendide, du Mac qui, même lorsqu'il connait un coup de moins bien, demeure constant dans son génie.
  • Jonny : Un titre instrumental pour conclure ces journées de salades. "Jonny" est un peu à l’image de cet opus, complexe et addictif.

En somme, Salad Days fait souvent le pont entre les titres/textes brumeux de Rock and Roll Night Club et la musique chill de son album 2. En ressort un LP difficile à cerner... très difficile à cerner. Aucune véritable constante de s'en dégage, ce qui pousse à une écoute humble et reposée. Mac DeMarco semble y instaurer un véritable dialogue avec lui-même. L'appellation de ces titres traduit largement cela, Mac donne des ordres, Mac doute, Mac Mac Mac. Et c'est peut-être ce côté très voyeur de Salad Days qui en dérangera certains. Il faut dire que le personnage Mac DeMarco est exubérant. Certains s'en offusquent lorsque d'autres y voient une opportunité pour décrédibiliser sa musique. Pourtant, ne nous y trompons pas, Mac DeMarco vient de signer un GRAND deuxième album.

Les comparaisons permanentes avec 2 sont, quoi qu'il en soit, bien la preuve que son album de 2012 a marqué les esprits. Si "Blue Boy" s'impose comme l'ultime hymne de ce Salad Days, je suis convaincu qu'il fera partie de ceux qui marqueront encore 2016. La musique de Mac DeMarco est un long fleuve tranquille qui n'en finit pas de créer des addictions. Preuve que Salad Days est un grand album, de nombreux titres deviennent nos favoris à tour de rôle (aujourd'hui "Treat Her Better", demain "Let Her Go" ?). 23 ans et déjà toutes ses dents, Blue Boy est un artiste accompli qui pourra maintenant se targuer de ne pas faire partie du club des artistes ayant pour fer de lance qu'un seul bon opus.


(mp3) Mac DeMarco - Blue Boy
(mp3) Mac DeMarco - Treat Her Better


Note : 8,8 / 10 (barème)




Liens afférents :
Album Review de son album 2
Article sur ses démos de l'album 2

jeudi 10 avril 2014

Still in Rock présente : Last Year’s Men (Garage Rock)




Last Year’s Men pour un slogan : "four wasted dudes, five wasted years". Last Year’s Men est un groupe originaire de Chapel Hill qui a fait paraître un premier album de Garage sur Churchkey Records en 2010. Le groupe est revenu l'an dernier avec un nouveau 45 via Sophomore Lounge Records. Et cette fois-ci, on ne les loupera pas. 

Le premier titre "Clawless Paw" est une perle de Garage Rock comme on en trouve rarement. Ce n'est pas faute de ne pas vouloir éviter une Ty-isation des articles, mais il faut dire que ce morceau rappelle fortement le Twins de notre ami aux boucles d'or. La force tranquille qui s'en dégage, dans la veine de ScotDrakula, en fait un titre hautement addictif. Créé et enregistré en 6 heures, over the course of a few too many drinks (je cite le label), Last Year’s Men vient de s'assurer les écoutes futures de toutes personnes ayant un jour croisé la route de ce titre. Vient ensuite "What I Can Get", un titre plus Pop-Punk-ish. Le son de la guitare, moins crunchy, laisse place à une orchestration plus fournie, plus Tim Presley. On notera que rares sont finalement les groupes de Garage si inventifs. Cet EP vient annonce un nouvel opus qui ne devrait pas tarder. Il était prévu pour fin 2013, mais 2014 devrait définitivement nous donner quelque chose à nous mettre sous la dent.


(mp3) Last Year’s Men - Clawless Paw


Liens afférents :
Bandcamp
Album Review de Twins (Ty Segall)