Pinch Points : l'épicentre post-skate

Le post-skate est le style "garage" des années 2020s, un nouvel espoir après l'effondrement annoncé de la scène slacker...


Le post-skate est le style "garage" des années 2020s, un nouvel espoir après l'effondrement annoncé de la scène slacker qui commence à tourner en rond. On trouve des groupes qui appartiennent à ce mouvement de l'autre côté de l'Atlantique (au Canada, avec Dumb et Priors et aux Etats-Unis avec les débuts de Parquet Courts) et en Europe (avec Bront), mais c'est surtout en Australie dont vient le mouvement. Gee Tee en est, Thigh Master aussi.




Le mouvement est donc mondial, mais je voulais toutefois identifier un épicentre afin d'y apporter une attention toute particulière. The Shifters et Vintage Crop sont tous deux de Melbourne, il était donc possible que je tienne quelque chose. Eh bien, devinez quoi, Pinch Points vient confirmer la chose : l'épicentre post-skate est bel et bien à Melbourne.

Le premier album du groupe, Moving Parts, est effectivement un fidèle représentant du genre : ça va vite, c'est énervé, la guitare a un son de jangle pop, c'est anti-corporatiste, c'est fun mais pas slacker, c'est punk sans être trash, c'est pop sans être indie, bref, c'est post-skate. Une fois encore, pour une longue description du genre, (ainsi qu'une mixtape), reportez-vous à cet article : iciParu le 31 mai dernier via Roolette Records et Six Tonnes de Chair, il se compose de neuf morceaux qui font tous honneur au genre, à la façon de Dumb qui a explosé 2018 il y a un an déjà.



Tout commence avec "Ouch !". Ça, c'est le bruit que font les autres scènes, bientôt écrasées. Tous les éléments précités sont bien là. La longue introduction instrumentale est... parfaite. Et puis, on s'en remet rapidement au second morceau. Souvenez-vous que l'une des caractéristiques post-skate est son hommage anti-corporatiste (lire). "Les post-skateurs entendent bien redonner vie à la génération 78’, la dernière avant la Blank Generation. Ils ne se laisseront pas faire, personne ne fera d’un post-skateur le fer de lance d’une nouvelle marque de fringue." C'est ce qu'illustre "Spelt Out".

Et puis, excellente surprise sur "Stranger Danger" : le post-skate a désormais sa chanteuse. Pinch Points, fidèle à ce que le genre attend de lui (il est exigeant), ne dessert en rien son étau. "Lifetime Member" introduit plus de variations que les précedents, et un très bon solo, c'est ainsi qu'il tire son épingle du jeu.


Sur "Don't Want It", Pinch Points se montre trop haché, mais vient rapidement le moment de "Shibboleth", un hit, un cap, un exploit. Non seulement on y entend à quel point la production est irréprochable, mais en plus, Pinch Points délivre un morceau exemplaire. Comment des titres de ce genre peuvent-ils ne pas faire l'unanimité ? Impossible, hein ?! Et "Stainless Steel" d'enchainer sur ce qui est le combo de cet album. Pinch Points maitrise toutes les variations que l'on attend d'un groupe destiné à de si belles choses. Le son de la batterie, très sec, très pot de yaourt, fait de véritables étincelles. Il ajoute un côté très brut qui va parfaitement à cette guitare très ronde. 

On ne se laisse pas avoir par l'introduction de "Put Out", Pinch Points n'est pas post-punk et c'est très bien ainsi. Quasi-instrumental, il tourne au riot grrrl ("fuck boy") avant que la batterie ne viennent mettre tout le monde d'accord. C'est par moment dissonant, excellent. "Ouch ! !" de conclure non sans démériter. Le morceau s'étend sur cinq minutes qui vous permettront de traverser Melbourne à vélo. Comme le dit Pinch Points, on a atteint la "top speed". Il s'agit là de la chose la plus post-skate de 2019.


Au final, Moving Parts est un album qui prend tous les risques : il va si vite qu'il aurait pu finir écrasé dans le panneau des albums qui ont voulu nous montrer à quel point ils étaient forts, et, finalement, qui ont fini dans le lot des LPs de punk trop génériques pour être écoutés une semaine après leur sortie. Avec Moving Parts, Pinch Points se fait un grand nom dans la cour post-skate, la meilleure qui soit. Le dernier morceau est un exploit à lui tout seul. Il mettra tout le monde d'accord, sur ses paroles traitant du conformisme auquel Pinch Points échappe en toute beauté.


Tracklist: Moving Parts (LP, Roolette Records / Six Tonne de Chair, 2019)
1. Ouch !
2. Spelt Out
3. Stranger Danger
4. Lifetime Member
5. Don't Want It
6. Shibboleth
7. Stainless Steel
8. Put Out
9. Ouch ! !


Liens :
Article sur Dumb
Article sur le post-skate

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