Anachronique : The Zombies (Baroque Pop)

The Zombies . Difficile tâche que d'introduire l'un des meilleurs albums des années '60. Mais il faut parfois s'...




The Zombies. Difficile tâche que d'introduire l'un des meilleurs albums des années '60. Mais il faut parfois s'attaquer aux géants de ce monde, et les Zombies en font incontestablement partie. C'est donc non sans précaution ni idolâtrie que Still in Rock vous présente cet article anachronique.

The Zombies est un groupe anglais (St Albans) qui se forme en 1961. Le premier album du groupe parait en 1965. Intitulé Begin Here, il compile les premiers singles du groupe pour symboliser en plein le mouvement de la British Invasion. Après She's Not There and Tell Her No et I Love You, les Zombies reviennent en 1968 avec Odessey and Oracle, leur dernier album (certains diront que c'est également le premier, les autres n'ayant pas été conçus sous la forme d'un véritable LP) sous la composition originale du groupe. La légende (apparemment vérifiée) veut que le nom initialement choisi pour cet album fût Odyssey and Oracle, mais que l'artiste qui a réalisé la pochette, Terry Quirk, se soit trompée en remplaçant le 'y' par un 'e'. Ainsi soit-il.

Parue sur CBS, sa version originale comprend douze morceaux. Et tant de choses s'y trouvent : les débuts de la pop psychédélique, ces sonorités de pop baroque, sa bedroom pop ambiante qui lui donne des airs angéliques, ses nombreuses mélodies célestes. Enregistré à Abbey Road et aux Olympic Studios, Odessey and Oracle a marqué toutes les générations d'artistes qui ont succédé à sa sortie. Il n'y a qu'à voir le nombre de groupes qui citent aujourd'hui les Zombies comme étant leur groupe de référence. 

La délicatesse de la voix de Colin Blunstone porte particulièrement à l'écoute des textes, toujours parfaitement délivrés, avec une diction et une retenue finalement très anglaise. L'album s'introduit sur "Care of Cell 44", une parfaite chanson d'amour, et du même fait, une parfaite introduction à cet album fleurissant. Le 'Good morning to you I hope you're feeling better baby' suivi de ce 'Feels so good...You're coming home soon!', sonne comme des hymnes de vie à la lueur de la voix de Colin Blunstone. Suit "A Rose for Emily", l'un des titres les plus poignants de toute la discographie des Zombies. On y trouve un songwriting saisissant qui accompagne un texte de toute beauté, 'Emily (Emily), can't you see? There's nothing you can do (how the sun is shining) There's loving everywhere but none for you', 'The roses in her garden fade away Not one left for her grave Not a rose for Emily'. Ce morceau est et restera l'un des plus beaux titres de la décennie. The Zombies affirme définitivement leur statut de poète avec le titre "Maybe After He's Gone", débutant par un splendide 'She told me she loved me with words as soft as morning rain'. 

C'est ensuite au tour de "Beechwood Park" de venir nous bercer. Les reverbs sur la guitare en font un morceau de Bedroom Pop fascinant. On retient ce 'Do you remember golden days and golden summer sun' et la description du Park sous les étoiles d'une nuit d'encre. 'And we would count the evening stars As the day grew dark In Beechwood Park'.

"Brief Candles" est une pièce un peu à part dans la discographie des Zombies. Certes, la basse joue toujours son rôle central, et certes, on y retrouve cette pointe de psychédélisme des meilleurs titres du groupe. Mais ce sont les voix, peut être d'influence californienne, peut être South American, qui font de "Brief Candles" un morceau qui n'est pas sans rappeler CSNY. On attaque juste après l'un des plus grands titres de tout l'album, "Hung Up on a Dream". L'appellation de ce morceau deviendra d'ailleurs le nom de la biographie du groupe. La mélodie et le croisement des voix en font l'un des plus noires des Zombies. On se voit déjà en plein dans le générique de Twin Peaks. Vient ensuite "Changes", pour sûr, l'un des titres les plus psychés de l'album. Et 'Now Silver and gold Strawberry clothes'. On y trouve toute l'âme du double blanc des Beatles. Il rappelle également les créations du S.F. Sorrow de The Pretty Things, sorti la même année. C'est l'une des créations les plus ubuesques des Zombies. La marche d'introduction guidée par le piano n'a que peu d'équivalent. "I Want Her She Wants Me" s'inscrit en plein dans la mouvance Baroque Pop que les Zombies ont toujours chérie. Ce titre contribue à apporter la complexité qui fera de Odessey and Oracle l'album légendaire qu'il est devenu. Ce morceau est la preuve, si besoin est, que les Zombies comptent parmi les plus grands compositeurs Pop de leur temps. On se dit à l'écoute de ces trois minutes que Beatles peuvent s'estimer heureux que les Zombies n'aient pas eu leur longévité, car la concurrence eut été sérieuse.

On arrive finalement à "This Will Be Our Year", à mon sens la plus grande création du groupe, et, sans aucun doute, l'un des meilleurs titres Pop de l'histoire. L'apparition de la trompette est triomphante, les paroles aux allures inoubliables. Difficile d'en extraire les lignes les plus emblématiques tant l'ensemble de ce morceau est absolument parfait.


♪ and I won't forget 
the way you held me up when I was down
and I won't forget the way you said, 
"Darling I love you"
You gave me faith to go on 


Et puis, c'est le Londres de Tim Burton qui apparait avec "Butchers Tale (Western Front 1914)". Jack l'Éventreur rôde dans ces quelques notes de musique. Watch out. 'And the preacher in his pulpit Sermoned "Go and fight, do what is right"'. "Time of the Season" est le dernier morceau de cet album, et également à ce jour le plus grand hit de l'histoire du groupe. Difficile de trouver un titre plus adapté à ce printemps naissant. Le petit solo d'orgue est l'incarnation d'une parfaite balance entre psychédélisme et maitrise pop plus minimale. 'To take you and the sun to Promised lands', surement les paroles qui résument le mieux la musique des Zombies.

Le psychédélisme d'Odessey and Oracle est souvent très discret. Il faut savoir puiser toutes les ressources de cet album qui, sous ses airs pop catchy, est en réalité difficile à pleinement appréhender. Heureusement, cet album accroche immédiatement l'oreille pour ce qu'il est l'un des albums les plus poétiques jamais écrit. Le groupe se séparera avant la sortie de l'album. Pour cette raison, il ne performera jamais ces titres sur scène. La reformation du groupe, quelques années plus tard, donnera toutefois au public ce qu'il attendait tant. À ce jour, les Zombies tournent toujours. Et on retrouve encore ce quelque chose de très sincère dans la voix de Colin Blunstone, un peu comme Johnny Thunders avait su le faire sur Hurt Me (dans un genre totalement différent, certes). Le spectre des Zombies et de leurs mélodies toutes faites d'or continue de planer sur la scène actuelle avec la bienveillance des plus grands. 




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