Porter le mulet est le comble du chic chez les rockeurs australiens, mais ce n’est pas pour cette raison que Juan Wauters s’est muni d’un tel specimen. Son truc à lui, c’est plutôt un retour aux racines, celles de son Uruguay natale. Plus les années passent et plus Juan semble s’éloigner des milieux du “cool” New-Yorkais. En atteste son nouvel album, La Onda de Juan Pablo, qui est paru le 25 janvier dernier via Captured Tracks. Plus ça va ainsi et plus il est étrange pour moi de continuer à parler de Juan Wauters sur Still in Rock. C’est précisément pour cette raison que je vais continuer à le faire.

Il y a quelque chose que j’admire beaucoup chez Juan : son attitude naïve. Cela va plus loin qu’un comportement décomplexé. Juan semble ne pas se poser la question de ce qui est difficile, intimidant ou même étrange. Je l’ai vu ainsi à un festival, sur scène, seul avec sa guitare et trois lumières, j’ai eu droit à des réponses très franches dans mon interview avec lui, je le vois sur ses vidéos qui ne répondent pas aux canons de la scène. Il y a assurément quelque chose de Jonathan Richman dans tout ça (voyez le à la télé australienne en 1983), mais aussi, et surtout, quelque chose d’Amérique latine qui semble me questionner.



Cela fait bien trop longtemps que l’on n’avait pas entendu parler de Juan Wauters. Ce nouvel album, chanté en espagnol, n’a que peu de semblables. Juan Wauters ne délivre pas là un album de musique traditionnel, mais il en incorpore assurément de nombreux éléments. C’est ce que Disfruta La Fruta” montre d’entrée, faisant une suite logique à N.A.P. North American Poetry et Who Me? qui nous conduisaient inexorablement dans cette direction.

Juan nous demande de ‘savourer le fruit’, cette espèce exotique qu’il emmène d’une guitare très insistante.


Et puis, on retrouve sur El Señor” ce qui m’a toujours ému chez lui : une voix taillée pour la power pop, un titre qui parle de la famille réunie au pied de l’olivier, voyez le tableau. C’est assurément ce qui a toujours fait sa force, sa musique délivre une douceur de vivre typique du pays dont il est issu. Blues Chilango” est en cela irrésistible. J’en profite pour souligner l’excellente production qui sublime l’apparition d’un cuivre.

Guapa” donne le thème de cet album. Le froid semble ne pouvoir pénétrer la musique de Juan Wauters, il ne laisse que trop peu d’espaces entre traditions et singularité. Avec “Guapa“, je veux aller boire de l’huile d’olive dans les jardins d’une maison en pierre blanche, et oublier tout le reste. C’est d’une force persuasive peu commune, parce qu’il y a quelque chose de vrai à ne vouloir plus que faire cela.



Sur “Un Buen Dia Hoy Sera“, Juan chante une comptine pour endormir les enfants. Et Mi Vida” de n’être plus entrainant. On tombe dans la coutume avec A Volar” et on essaie de comprendre Machete 2“. J’ai parfois l’impression d’entendre le chant de vieilles grand-mères posées sur un banc. Elles chantent la guerre et leurs désillusions.

Je ne suis pas un “spécialiste” de ce style musical, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais ce que j’apprécie chez Juan, c’est une volonté réformatrice sans doigt d’honneur. J’aime aussi qu’il soit autant ccentré sur les mélodies. Et la production ! Elle donne une véritable unité à cet album. Comme toujours avec Juan Wauters, c’est donc un sans faute. L’album a été fait avec le plus grand soin, il est varié, envoutant, parfois groovy, toujours doux.

Il est également très naïf. Les paroles le sont et le style l’est aussi. Wikipédia nous dit en effet que l’art naïf “désigne la manière d’aborder la peinture par les « peintres naïfs », dont l’une des principales caractéristiques plastiques consiste en un style pictural figuratif ne respectant pas — volontairement ou non — les règles de la perspective sur les dimensions, l’intensité de la couleur et la précision du dessin”. Avec Juan, les couleurs sont évidemment trop colorées et l’esprit trop idyllique. C’est précisément pour cela que l’on l’aime. Plus que tout, sa naïveté à vouloir allier le cool de Brooklyn avec ses racines natales le pousse à créer des pièces uniques et fascinantes.


Juan Wauters fait ce qu’il veut, sans jamais se poser aucune question. C’est un peu ce que représente la photo ci-dessus. La petite fille est sur son portable, le garçon apprend à dribler, le troisième est au téléphone et Juan semble initier un mouvement d’incompréhension. Juan Wauters ne sait pas encore s’il doit venir chanter sous les balcons uruguayens ou s’il doit continuer de trainer avec la clique Captured Tracks dans les factories de Greenpoint. Alors, il fait l’aller-retour, seul au monde.

 
TracklistLa Onda de Juan Pablo (LP, Captured Tracks, 2019)
1. Machete

2. Disfruta La Fruta
3. El Señor
4. Blues Chilango
5. Guapa
6. Camdombe
7. Un Buen Dia Hoy Sera
8. Mi Vida
9. A Volar
10. Machete 2



Liens :
Interview avec Juan
Article sur son deuxième album

Post a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *