Idles : le groupe le plus anglais d'Angleterre

Le contraste entre l'image que renvoie Idles et ses photos de tournée est saisissant. Le groupe évoque la violence du quotid...


Le contraste entre l'image que renvoie Idles et ses photos de tournée est saisissant. Le groupe évoque la violence du quotidien, la violence des villes, la violence de la politique et j'en passe. Il semble nier toute possibilité de rire. L'interview que j'ai fait avec lui était d'ailleurs très sérieux. Et puis, lorsque l'on parcourt ses réseaux sociaux, on s'aperçoit rapidement que chacune des photos les montre avec le sourire. Idles semble exulter à chaque nouveau pas dans une bourgade inconnue. Comment expliquer ce dualisme ? 

Idles, c'est un groupe originaire de Bristol (UK) qui tabasse. Il tabassait déjà avec son premier album et il tabasse encore en 2018. Il revient en effet avec un Joy As An Act Of Resistance qui paraît via Partisan Records et qui entend bien taper tous ceux qui se sont essayés à la baston rock'n'roll depuis lors. La question qui se pose alors est la suivante : veut-on être cognés pendant 43 minutes ? C'est souvent le dilemme que posent les albums de punk UK. Celui-ci n'échappe pas à la règle.


"Colossus", c'est une introduction tout à fait grandiloquente. Surement l'est-elle trop. On retrouve ensuite l'un des thèmes favoris d'Idles, "Never Fight A Man With A Perm". Le fight, ah... le fight. L'univers d'Idles est fait de prisons et d'accrocs à l'héroïne. Si cet album était un film, ce serait Brawl in Cell Block 99. Il y aurait du sang, mais peu d'effets spéciaux, surtout, une énorme violence psychologique. Il serait difficile à regarder entièrement, parce que trop éprouvant. "I'm Scum" vient clore ce trio introductif avec cette bonne vieille astuce du chorus à plusieurs pistes. 

"Danny Nedelko" est une véritable surprise, on ne s'attendait pas à entendre un son post-2001 sur un album d'Idles. Cette guitare va parfaitement bien à Idles, la preuve - si besoin - qu'il pourrait aussi se diriger vers des sonorités plus élancées.


Et puis, les choses deviennent amusantes avec "Love Song". À l'évidence, Idles ne sait pas comment écrire une chanson d'amour, il le fait alors à sa façon : avec rage. Non pas que ce soit l'amour sauvage, c'est plutôt l'amour qui se finit à l'hôpital. "June" de raconter son séjour dans l'établissement de réhabilitation. 


Et "Samaritans" de reprendre sur ces mêmes bases. Il me rappelle en ce sens l'album Key Markets de Sleaford Mods. Cet autre groupe est originaire de Nottingham. A eux deux, ils prouvent à quel point l'environnement dans lequel se trouvent les artistes influe grandement sur ce qu'ils produisent. Certains feraient mieux de s'échapper de Paris, à ce titre. Bref, cet album, c'est l'image que l'on se fait du nord de l'Angleterre, n'est-ce-pas ? Le temps est brumeux, les gens font la gueule, ils sont violents et alcooliques. Clichés.

"Television", comme beaucoup des titres de cet album, emporte un rythme à faire courir la Reine d'Angleterre dans son parc, un dimanche matin à 6h34. Idles utilise souvent la même formule, ce qu'il fait encore avec "Great". Joe Talbot n'en finit pas se faire de sa voix le porte-avion de ses idéaux de révolution punk. 

Idles se dit post-punk, moi, j'y vois plutôt la continuité parfaite de la scène punk anglaise de 75'. Ce punk là a une volonté politique - à la différence du punk US qui est largement plus cheesy. Idles détourne d'ailleurs l'étiquette de Glam Rock dans son morceau "Gram Rock", comme pour montrer qu'il sait rendre encore plus anglais les styles musicaux auxquels il s'attaque. "Cry To Me" et "Rottweilerconcluent non sans une certaine âpreté.


Au final, tous les titres de cet album sont bons, mais on s'éssouffle assez rapidement jusque ne plus savoir si on veut continuer l'écoute encore longtemps. L'explication est simple, me semble-t-il. Idles néglige le rire, pire, il semble le dénigrer. C'est comme s'il fallait s'interdire toute allégresse, ou plutôt, toute légèreté. Idles trouve sa joie dans la bagarre, c'est ce que nous dit sa pochette, c'est aussi ce que disent ses deux albums. Il ne faut donc pas compter sur lui pour créer quelques espoirs qui viendraient égayer une journée grise. Mais cette joie tout à fait particulière qu'il tire dans le conflit est difficile à embrasser. Du moins l'est-elle pour certains d'entre nous.

Joy As An Act Of Resistance est pourtant au sommet de son genre. Peut-être que je n'ai pas envie que tant de haine me soit crachée à la figure et que je regretterai quelques lignes de cet article dans une semaine ou deux, selon les circonstances. Mais le fait est que cet LP est éprouvant, plus que le premier album du groupe. Il est rare que j'écoute de la musique pour être éprouvé. 


Tracklist: Joy As An Act Of Resistance (LP, Partisan Records, 2018)
1. Colossus
2. Never Fight A Man With A Perm
3. I'm Scum
4. Danny Nedelko
5. Love Song
6. June
7. Samaritans
8. Television
9. Great
10. Gram Rock
11. Cry To Me

12. Rottweiler

Liens:

You Might Also Like

0 commentaires