LP Review : Mac DeMarco – Another One (Pop)

Mac DeMarco. Je me souviens de ces vieilles saturnales parisiennes lorsque je revenais de Brooklyn avec mes démos de Mac DeMarco en main. Je me souviens de ces moments où j’arrivais enfin à imposer un peu de musique au milieu de ce brouhaha sonore qui caractérise ce genre de soirées. Je me souviens de ces Shazam affolés qui n’en finissaient pas de tourner, ah, c’en était trop pour venir me demander qui était l’auteur ces airs charmeurs qui, dès les premiers instants, résonnaient comme des classiques. La musique de Mac DeMarco avait indubitablement cette capacité à fédérer. Et puis, elle faisait également le pont entre ces moments de convivialité et d’autres où, seul dans un salon, on dégustait “Cooking Up Something Good” avec un verre de vin blanc. Mac DeMarco était né, et la terre entière n’allait pas tarder à succomber. C’était une évidence.

Seulement, comment penser que cet artiste allait maintenir l’enchantement plusieurs années durant ? Comment penser que, dans une époque où les labels nous imposent l’écoute de pre-singles sur YouTube, comment penser que Mac soit encore et toujours le roi de la pop underground ?
C’était difficile.
Mais le fait est que Mac DeMarco transcende l’idée du rire, à travers les thèmes. Avec Another One, son nouvel album à paraître le 8 août prochain via Captured Tracks, l’exercice sera encore plus jouissif parce que ses auditeurs n’auront jamais été aussi nombreux mais que beaucoup passeront à côté de sa substance. Un véritable plaisir mandarinal. Mac DeMarco est un fin joueur, et son album est là maquillé d’une gaité qui cache des textes très sombres. Tournés autour du thème de la rupture, Mac DeMaroc y décrit l’inévitable processus des derniers instants du “nous”.
Nous savions déjà l’amour perdu être un thème poétique et stimulant. Mac DeMarco parvient à le maquiller de la fausse jovialité qui habite par moment ceux qui le vivent. Fin magicien, il nous cache d’abord cette peine et ne la laisse se révéler qu’au fil du temps. On croit pouvoir traverser les écoutes d’Another One sans peine, mais le temps nous ramène à sa réalité : cet album est romanesque, tendre, lyrique. L’analogie est parfaite.
Dans Le Loup des Steppes, Herman Hesse distingue le concept d’idée de celui d’apparence. Avec Mac DeMarco, l’apparence reste sensiblement la même, mais l’idée s’en trouve changée. S’il a toujours pour objectif de traduire une vie contemplative qui, emprunt d’un stoïcisme facile, nous emmène toujours là où nos instincts réprouvent d’aller, il vient ici nous prouver qu’il sait comment surprendre ceux qui accepteront de l’être.
Ainsi, lorsque Mac DeMarco se saisit d’un sujet grave, l’apparence ne traduit pas l’idée. Les titres les plus poignants d’Another One sont également ceux où l’instrumentalisation est la plus allègre (notons à ce titre que les titres sont ici plus fournis que les précédents). Et c’est finalement en cela que l’artiste traduit l’universel. Mac nous expédie les codes d’une vie de surface qui, en réalité, se révèle dans l’extase d’un ressenti. “Apprenez à prendre au sérieux ce qui en vaut la peine, et à rire du reste“, lâchait Herman Hesse. Avec Mac DeMarco, on trouve ce guide qui nous fait rire et festoyer de ce qui même doit être pris au sérieux. Pour cette raison, Another One est un album bien plus complexe que les précédents. Gageons que beaucoup passeront à côté de cette caractéristique duale, mais cela ne fera que renforcer l’idée que trop n’écoutent la musique que pour sa surface pop.


The Way You’d Love Her” est une introduction enjouée qui renforce sa stature de grand slacker amoureux. Pourtant, les paroles laissent transparaitre ce qui se trame en fond. Les regrets trouvent leur traduction dans un refrain indolent. Mac DeMarco nous asservit par une pop plus joyeuse que celle de Salad Days, comme pour nous faire croire qu’il s’apprête à perpétuer les thèmes du deuxième album. Gare au loup.
Another One“, c’est le deuxième morceau que nous connaissions avant d’avoir cet album entre nos mains. Cette fois-ci, le travail du synthé vient nous donner du grain à moudre : cet album serait-il celui de la confusion que Mac DeMarco affiche dès les premières secondes ? Avec “No Other Heart”, Mac DeMarco affirme deux réalités : il opère ici un retour au son super jangle-ish de Rock and Roll Night Club. Ce titre est le plus groovy de tout l’album, la basse fait le travail que font celles de funk. Ou peut-être est-ce l’inspiration de Gang of Four. Et puis, on se trouve confronté à la matérialité de la rupture. Mac DeMarco invective l’être aimé, le sourire aux lèvres, l’hara-kiri dans l’âme.
Rusé, il nous donne ensuite à entendre un “Just to Put Me Down” hilare. Mac défit nos grands-mères de résister à l’eurythmie de ces trois minutes. Seules quelques secondes sont nécessaires afin de se rendre compte que ce morceau sera le Hit de l’album. Et pourtant. Mac DeMarco vient là de signer le morceau qui lui permet d’intégrer le club très fermé des artistes capables de créer un hymne véritable avec trois accords. Le premier renfort apporté par le synthé puis celui d’une deuxième guitare où l’on reconnait bien les envolées dignes de sa performance du Connan Show, voilà l’un des grands moments de 2015. Et pourtant. Les notes de guitare qui dégringolent en escalier imagent l’état psychique d’un homme abattu.
Et puis, un autre nuage de fumée arrive avec “A Heart Like Hers“. Cette nouvelle chanson de rupture est particulièrement poignante. L’ascenseur émotionnel trouve une traduction au travers même de la structure des morceaux et de la maquette de l’opus. C’est alors “I’ve Been Waiting For Her” qui vient prendre le rélai. Mac DeMarco change d’interlocuteur, l’accablement est repoussé sur les autres, et peut-être l’exprime-t-il  plus parfaitement encore lorsque la dernière apparition de la guitare vient, acerbe et corrosive, nous administrater un dernier hochement de tête que l’on aimerait tant pouvoir refuser.
L’acceptation arrive enfin avec “Without Me”. Ce titre joue en plein sa carte pop, le son à la Mac DeMarco surgit de toute part, le beat, le jazz ! Sous couvert de répéter les titres de II et Salad Days (“My Kind of Woman), (“Let My Baby Stay), (“Only You“), (“Me and Mine“), Mac DeMarco change de discours et le fait passer inaperçu. On l’écoute prononcer son ‘she’s happy’ avec toute la maussaderie qu’il est possible de porter. Il se résigne à accepter le bonheur d’une autre personne au détriment du sien : et si, finalement, ce titre était la plus belle déclaration de tout son répertoire ? C’est les pieds dans l’eau que l’on en conclut. Avec “My House by the Water“, Mac nous laisse une drôle de sensation en bouche, le cœur serré et le regard vitreux. Heureusement, Mac satisfera la groupie new-yorkaise puisqu’il donne son adresse personnelle et promet d’offrir une tasse de café à tous ceux qui s’y arrêteront. La page peut-elle se tourner si facilement ?

Certes, Mac DeMarco n’opère pas un grand écart musical avec ses albums passés. La surprise des premiers instants de 2012 est passée. Et c’est précisément pour cela que ce qu’il parvient à achever est encore plus grand. On connait les forces de Mac DeMarco, son aspect universaliste qui se traduit étrangement par une musique novatrice ; ses mélodies pop imparables ; son aspect à la Ferris Bueler qui sied si bien à sa musique lymphatique… Pourtant, en conservant son image d’infatigable luron, Mac se confie à nous pour la première fois. Et puis, comme son label l’indique, Mac DeMarco fait paraître un album chaque année, ce qui peut sembler être beaucoup, mais n’oublions pas que beaucoup des très grands avaient eux aussi un rythme infernal. Les Beatles ne sortaient-ils pas un chef d’oeuvre tous les 6 mois ?!
Another One fait entrer Mac DeMarco dans la catégorie des grands songwriters qui, un jour, se seront longuement attaqués à l’amour devenu impossible. Il vient, en cela, jouer dans la cour de Neil Young (“Only Love Can Break Your Heart“), de Johnny Thunders (“Hurt Me“), de Big Star (“Take Care“), des Feelies (“Loveless Love“), des Zombies (“Can’t Nobody Love You“), des Ramones (“I Need Your Love“), et quelques autres. Ses codes sont différents, son expression est bien évidemment à mille lieues de celle des groupes précités, mais le fait est que le nom de Mac DeMarco surgira désormais à deux occasions : lorsque l’on entendra le mot “cool”, qui recouvre une réalité en train de disparaître parce que sur-construite, et celui de “rupture”.
Notons également que la suite réalisée avec Salad Days est absolument parfaite. Nous en disons à l’époque qu’une “partie de cette allégresse (celle de II, ndlr.) a parfois disparu pour laisser place à un Mac plus grisé. Les nuances sont infimes, mais voilà ce qui sépare à mon sens de Salad Days. Sous couvert de mélodies similaires à celle de son premier LP, le Ferris Bueller de la Pop s’est transformé, l’histoire de quelques secondes, en un clown triste que l’on a presque envie de câliner”. Avec Another One, Mac concrétise les doutes de sa journée des salades. Un(e) Another One évoque un autre album, mais aussi et surtout une autre vie, qui l’attend à regret. Mais où donc est passé kiki ? 
Souvent, Still in Rock raille les artistes pour ne pas avoir de message. Ici, Mac DeMarco déconstruit l’expression de nos sentiments. Cela ne paraît rien, mais combien d’artistes formulent un message qui soit en pleine confrontation avec son expression ? Combien de peintres ont exprimé la haine avec des sourires, combien de romanciers ont exprimé la peur à travers le déroulement d’une soirée entre amis, combien de chanteurs ont exprimé le désespoir avec une pop rieuse ? On ne badine pas avec l’amour, mais on badinera désormais avec le désamour.   



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ENGLISH VERSION

Mac DeMarco. I remember those old Parisian saturnalia on my return from Brooklyn with demos of Mac DeMarco in my hand. I remember the moments when I finally managed to inject my own music choices into the hubbub that characterizes these parties. I remember people using Shazam and to find nothing, ah, it was too much to come ask me who wrote these songs that already sounded like classics. The music of Mac DeMarco undoubtedly had the ability to unify. It creates a bridge between within these social moments, while others were alone in their rooms, we tasted “Cooking Up Something Good” with a glass of white wine. Mac DeMarco was born, and the whole world would soon succumb. It was obvious.

But to think that he would maintain his magic for years? How could it be possible that in a time where everyone is clamoring for exposure and bands put out pre-singles on YouTube, how could it be possible that Mac could remain the king of underground pop music?

It was difficult.

But the fact is that Mac DeMarco masks his real ideas with a mask of comedy and sarcasm. With Another One, his new album released on August 8 via Captured Tracks, the exercise will be even more enjoyable because many of his new fans will miss its substance. Mac DeMarco plays wonderfully, and in typical Mac fashion the album portrays a cheerfulness that hides some very dark lyrics where Mac DeMarco perfectly relates the last moments of the “we.”

Lost love is a poetic and challenging theme. Here, Mac DeMarco manages to disguise the false joviality of one who lives with it. He first hides the true substance of what he is saying on the album’s earlier tracks, but as it progresses, time brings us back to reality: the album is romantic, tender, and lyrical.

In Steppenwolf, Herman Hesse distinguishes the concept of “idea” with the one of “appearance”. Mac DeMarco keeps appearance substantially the same, but the idea is changed. While it has always intended to promote a contemplative life, borrowing an easy sense of stoicism, he brings us where our instincts decline to go.

When Mac DeMarco grappled with a serious subject, the appearance does not reflect its idea. The most poignant songs on Another One are the ones in which the orchestration is the most cheerful (note that in this regard, Another One is richer than his previous albums). Mac shows us codes of a life that is revealed in the joy of a feeling. “Learn what is to be taken seriously and laugh at the rest”, said Herman Hesse. With Mac DeMarco, we have a guide that makes us laugh and celebrate and should be taken very seriously. For this reason, Another One is a much more complex than his previous albums. I bet that many will miss this dual feature, but that only reinforces the idea that some only listen to his music for its poppiness, and fail to scratch below the surface.

The Way You’d Love Her” is a lighthearted introduction reflecting Mac’s slacker attitude. Yet, only the lyrics reflect what is going on in the background. Some tinges of regret find their way into the indolent chorus. Here, Mac DeMarco serves a more joyful pop song than anything found on Salad Days, as to make us believe that this record will have the same theme. Beware of the wolf! “Another One” is a second example of what knew before this album was released. This time, the work of synths give us food for thought: what if this album was in fact about confusion? With “No Other Heart”, Mac DeMarco returns to the jangle pop of Rock and Roll Night Club. This title is the grooviest of the whole album with a great funk bass ala Gang of Four. However, it also confronts the gravity of a break-up when Mac DeMarco invokes the one he loved.

Cunning, he then gives us “Just to Put Me Down“. No way even our grandmothers could resist the eurhythmy of these three minutes. It takes only a few seconds to realize that this is the standout single of the album. The almost synth sounding guitar backed up by the ever-present jangle of more guitar, make this one of the highlights of 2015. And yet, the guitar notes seem to translate the mental state of a fallen man.

And then, another cloud of smoke comes up with “A Heart Like Hers“. This new song is particularly powerful. The emotional lift finds a translation through the song structure. That’s when “I’ve Been Waiting For Her” takes over. With this track Mac DeMarco changes the conversation and pushes his feelings on us when the guitar comes, harsh and corrosive.

The break-up acceptance finally comes with “Without Me”. This pop song give us Mac DeMarco from all sides, it’s the beat, the jazz! Seemingly repeats of tracks on II and Salad Days (“My Kind of Woman“), (“Let My Baby Stay“) (“Only You“), (“Me and Mine“), Mac DeMarco truly changes his message. We listen to him mourning about her being ‘happy’ with all the sullenness of the world. He is resigned to accept her happiness at the expense of his own. What if this title was the most beautiful declaration of all its repertoire? And finally, Mac leaves us on a funny note with “My House by the Water“, though he certainly has glassy eyes. Fortunately, Mac will surely be joined by New York groupies since on this track he gives his home address and promises to make a cup of coffee. Can he move on so easily?


Certainly Mac DeMarco’s Another One does not deviate a whole lot from his past albums. The surprise of first hearing Mac DeMarco back in 2012 is now vanished and that is precisely why what he manages to complete is even greater. We know the strengths of Mac DeMarco; a universalist aesthetic strangely translated into an innovative music; his unstoppable pop melodies; a Ferris Bueler attitude and his emphatic music… Yet, retaining his tireless image of a good slacker, Mac confides in us for the first time.

Another One brings Mac DeMarco in the category of great songwriters who, one day, have to deal with impossible love. He also joins Neil Young (“Only Love Can Break Your Heart“), Johnny Thunders (“Hurt Me“), Big Star (“Take Care“), the Feelies (“Loveless Love“), Zombies (“Can not Nobody Love You“), the Ramones (“I Need Your Love“), and some others. His codes are different, his expression is obviously a far cry from that of the aforementioned groups, but the fact is that Mac DeMarco’s can be said to signify two different things: his music is undeniably cool but also now also emotional and/or wistful.

Plus, the continuity with Salad Days is absolutely perfect. When we reviewed that album we said that part of his joy (from II) had somewhat disappeared. The shades are very small, but this is what I believe what distinguishes II from Salad Days. Under the cover of similar melodies, the carefree Ferris Bueller of pop music has turned into a sad clown that you almost want to cuddle with. On Another One, Mac embodies the doubts of his salad days; Another One is about this other life that he embraces with regret.

Often Still in Rock mocks artists for not having any substance. Here, Mac DeMarco deconstructs the expression of his feelings. It may sound like nothing special, but how many artists formulate a message that is in fully confronts its own appearance? How many painters expressed hatred with smiles, how many novelists have expressed fear over the course of an evening with friends, how many singers have expressed despair with poppy laughter? You ‘Don’t Fool with Love’, but you will now fool with disenchantment.

(mp3) Mac DeMarco – Another One


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Article by Mazz



I feel like we’ve heard this song and dance from Mac before, and I like it. It marks a big time departure from the sound Mac cultivated on last year’s Salad Days. Yes, the familiar sound of Haruomi Hosono inspired jangly, breathy weepy guitar driven weirdpop permeates this outing just like two of Mac’s earlier records. (Hosono’s Hosono House is a brilliantly weird early 70’s jazz-fusion meets adult contemporary masterpiece out of Japan. These terms do well to describe Mac’s albums as well, except for the Japan part.)

Yet in this case there is something a bit different. Although any these tracks easily could have made the cut onto II, there’s a certain almost imperceptible change to the vocals. Did the little waves splashing onto the shores of Mac’s lakeside cottage bring sadness and heartache this fair summer? I hear a newfound genuineness in the vocals and melodies that retain elements of his facetious slickness from Rock n Roll Nightclub and II, while also showcasing his honest feelings and musical sensibilities.

I liked this album a lot but I want to only highlight two tracks. “Without Me” particularly spoke to me. It transported me to a strange place with its synthy-sounding repetition, somewhat distorted, fooling me into feeling and thinking high. Was I high when I sat around listening to The Honeycombs record on repeat and thinking about girls who I couldn’t make like me? The balance struck by this song of trippy, suave, melodic and repetitive led my mind’s schemas to find sonic linkages to Joe Meek produced songs minus all the obvious layers of tape manipulation and condensation. Flashes of dreamy Beatles influence shine through on “Another One”. It is a slow walk through plush spaces, taken with gentle strides, leading to a big sad empty bed where you lie alone. Another sad tale, said surprisingly eloquently. Bravo, Mac.

Link:
Album Review de Salad Days

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