Mozes and the Firstborn, Dadcore et universels

Mozes And The Firstborn , se sont des amis, des espoirs confirmés de la scène européenne, des compatriotes Dutch, des artistes sans pos...


Mozes And The Firstborn, se sont des amis, des espoirs confirmés de la scène européenne, des compatriotes Dutch, des artistes sans posture (je vais y revenir). Son premier album qui est paru en 2013 fait partie des meilleures choses garage de la décennie (voyez "I Got Skills"). Le suivant, Great Pile Of Nothing (2016), est un album tout à fait unique : Mozes s'était tourné vers une musique pop pour fin de bal de prom'. C'était excellent. Il aura donc fallu attendre trois ans pour voir la suite de cette pile de rien du tout. Trois ans sans ne savoir quoi attendre du groupe.

Mais avant de parler de la musique de cet album, commençons par le commencement : le dadcore, c'est quoi ? C'est, dans un premier temps, un truc de papa : une banane, un bob, des lunettes mouche et des chaussettes blanches. C'est, dans un second temps, une musique à peine audible. Urban Dictionnary nous dit que c'est une "category of music which includes bands/artists that your father most likely listened to/enjoyed. Most commonly music from the 1970's." Là où ça se complique, c'est du côté des exemples : "My favorite bands are Led Zeppelin, Pink Floyd and Kiss. I am so alternative". Que Dieu nous en garde, et fort heureusement, Mozes and the Firstborn n'est pas passé du côté obscur (et pourri) de la force. Il n'en demeure pas moins que Dadcore est pour lui l'occasion d'introduire un nouveau son : davantage produit, il se rapproche des prod' américaines de Together Pangea (ici invité), de Fidlar and co. Et aussi d'un autre genre de musique early 2000s inspiré de Soundgarden et Alice in Chains.


Une fois débarrassé de ses interludes de 10 secondes, l'album comporte 11 morceaux pour nous convaincre de devenir de bons pères de famille. C'est un objectif inhabituel des albums de rock - on le connait plus sur de la pop twee ou de la folk. Et Mozes attaque dès le premier morceau, avec quelque chose de très produit, "Dadcore (Ft. Together Pangea)". Vient ensuite "Baldy" qui nous fait comprendre quelle est la direction de cet album. Mozes and the Firstborn a voulu faire un album très inclusif, avec de grands refrains, des mélodies tirées sur la durée, une chose spleenétique pour les foules en manque d'amour. Il faut dire que Mozes a toujours été généreux avec nous : son premier album cognait très fort, le second était plein de confettis et celui-ci nous prend par la main pour nous dire que tout ira bien.

"Sad Supermarket Song" est probablement le morceau le plus intéressant de cet album. Non seulement la voix de Melle Dielesen est mise en avant comme rarement sur cet LP, mais en plus, on touche du doigt à l'appellation de ces morceaux : le dadcore. Pour la première fois, le refrain a effectivement quelque chose de papa, un petit côté ringue qui, sans aller piocher dans la musique 70s, est plus volontiers RTL 2. Et puis, il est super épique. La fin ne nous épargne rien, Mozes and the Firstborn délivre la bande-son du nouveau Dawson sans le moindre complexe.

Il me faudra un livre pour vous expliquer à quel point cela est cool-ish-Dutch. Vous le savez peut-être, je suis désormais expatrié à Amsterdam, non loin d'Eindhoven. Laissez-moi donc tenter de vous expliquer pourquoi, sous ses airs US, Dadcore est bel et bien un album Dutch. Cela tient principalement au fait qu'il n'emprunte aucune posture, il ne joue pas au truc plus cool qu'il ne l'est, il n'est pas dadcore pour le plaisir de la démonstration. Il va simplement puiser dans le cheesy du début 2000s sans y mêler aucune ironie nineties. C'est un peu comme si elle n'était jamais passée par là, l'ironie. Les Dutch ne portent pas des fringues trop larges à la Zachary Cole Smith (DIIV) pour la gloire d'être grunge, ils n'ont pas un skate sous la main et une clope dans l'autre pour aller titiller les ados transcendées. Les morceaux de Dadcore ne sont pas malicieux, même lorsqu'ils sont too much


Puis vient "Scotch Tape/Stick With Me (Ft. Kelsey Reckling)", une étape de cet album. Composé de deux parties, elle laisse originalement place à un morceau plus inclusif que les autres, parce qu'il rappelle le "Dr. Link" du groupe Lotion (1994). La seconde moitié est pour le moins surprenante. Mozes and the Firstborn y allie ses intentions universelles avec une musique un brin noirâtre. C'est, à mon sens, ce qu'il y a de tout meilleur dans cet album : la tension entre les grands refrains pour foules amoureuses et le spleen de certaines intru'.

Comme s'il était besoin de démontrer à quel point il est gentil, Mozes s'engage dans un "We're All Saints" qui s'approche dangereusement de Weezer et de la pop-punk début 2000. J'ai longtemps écrit sur la musique post-2001, faisant référence à l'après-Strokes. Je réalise avec cet album à quel point Jackson Scott avait raison lorsque je l'interviewais en 2014 : la musique de Blink-182 et de Jimmy Eat World, bref la musique de Dookie n'est pas morte. De Dookie à Dadcore il n'y a d'ailleurs qu'un pas. Laissez moi également insister sur le caractère exceptionnel de "Amen" dont la production est inégalable. Le tremblement sur le A des premiers A-men marquera l'année à lui tout seul. C'est ce que Mozes fait de plus grunge. Et "Fly Out IId'en rajouter une dernière couche. On sort les briquets, droite gauche droite gauche, filez ça à votre mère.

Au final, Mozes and the Firstborn nous surprend mille fois. Cela fait bien longtemps que je n'avais pas entendu un album aussi complet, plusieurs années peut-être. Il nous fait également beaucoup douter, ce qui semble contradictoire avec la volonté inclusive de cet LP. C'est un peu comme s'il voulait tous nous inclure dans un même groupe pour nous montrer le chemin d'une nouvelle scène pop et garage. Beaucoup se sentiront forcer, parce que Mozes nous pousse à aimer autre chose que le cynisme habituel des lignes de Still in Rock. Moi, je me laisse porter, je raccroche les pins de ma banane, j'allume le poste radio, je mets la cassette et je me prépare à expliquer à mon fils qu'un jour il sera grand, lui aussi.


Tracklist: Dadcore (LP, Burger Records, 2019)
1. D
2. Dadcore (Ft. Together Pangea)
3. A
4. If I
5. Baldy
6. D
7. Sad Supermarket Song
8. Fly Out I
9. Blow Up
10. C
11. Hello
12. O
13. Scotch Tape/Stick With Me (Ft. Kelsey Reckling)
14. We're All Saints
15. R
16. Amen
17. E
18. Fly Out II

Lien:

Article sur l'album Great Pile of Nothing












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