TH da Freak : classé personnel.

( disclaimer : cette critique est, je crois, la plus personnelle qui n'ait jamais été publiée ici, parce que plutôt que feinter un...


(disclaimer : cette critique est, je crois, la plus personnelle qui n'ait jamais été publiée ici, parce que plutôt que feinter une quelconque objectivité, je préfère me livrer, trouver que je manque de pudeur et me dire que j’aurais dû écrire quelque chose de plus classique).

J’appréhende. Je l’ai dit de nombreuses fois, TH da Freak est à mon sens la plus belle chose qui soit arrivée à la scène mondiale ces quelques dernières années. Il est toujours un exercice curieux que de se frotter à un groupe que l’on admire, et plus encore, à son meilleur ouvrage. On se demande ce que l’on va trouver à dire, et surtout, comment le dire. Et puis, pour la première fois, je me retrouve à écrire la critique d’un album que j’ai rencontré il y a 5 mois. C’était à l’occasion d’une nuit de septembre, je m’en allais faire du vélo. Surtout, TH da Freak m’a appris sur moi même, ce qui ne m’était plus arrivé depuis Pavement, et ce qui m'émeut forcément. J’en ai pourtant rencontré des centaines, j’ai y consacré mes soirées et mes weekends, de nombreuses après-midi aussi, c’est ce que l’on fait tous, sur cette scène. Pavement m’a dit ce qu’était un slacker et ce qu'était l'ironie, il m’a connecté avec un cool qui n’existe que si l’on décide de partir à sa rencontre en passant par ses albums. Il plane dans les villes, mais sans que l’on puisse le saisir, à moins que Pavement nous y convie. Depuis, j’ai serré la main de plusieurs albums de Ty Segall, des Oh Sees, de King Gizzard, de Mac DeMarco… et j’ai passé certaines des plus belles heures de ma vie, assurément les plus intenses. La musique est devenue mon amante, mais j’étais toujours celui qui avait le dessus. Je la regardais avec un brin de recul, pour me forger avec contrôle.

TH da Freak ne m’a pas laissé le choix. J’ai compris, lorsqu’il est arrivé dans ma vie, que les nineties n’étaient pas qu’un passage, que je ne marchais pas vers quelque chose d’autre, un moi plus vieux qui se rappellerait ses écoutes de jeunesse avec nostalgie, mais c’est bien tout. J’ai découvert qui j’étais avec Pavement et je l’ai ancré avec TH da Freak. Ma relation à cet album est nécessairement trop personnelle. Je n’arrive pas à m’en dégager, ni même à prendre le centimètre de hauteur qui me permettrait de le mettre en contexte. Cet album a mon apparence, il est un fantôme qui est venu se poser sur mon être. J’avais un filtre d’incertitude, je l’ai perdu.


Le fait est que je suis connecté à The Hood comme je ne l’ai plus été depuis avec aucune oeuvre parue depuis 1999, date de Terror Twilight. Je comprends la signification de chacun de ses morceaux, probablement avec mes contresens que je chéris. Sur « I Was Such an Idiot », j’entends la suite de « I Don’t Understand ». C'est le récit d’un type qui, parce qu’il joue dans un groupe de musique, pense que tout lui est dû. Et puis, il ne comprend pas que son attitude ne suffise pas, qu’elle veuille autre chose, un autre que lui. Sur « I Was Such an Idiot », TH da Freak est passé à l’étape du rejet et de la colère ; c’est celle qui précède l’acceptation. Je revis mes ruptures. Quant à « Moonmate », il est l’une des plus belles chansons d’amour qu’il m’ait été donné d’entendre. Il est chic de dire qu’un oeuvre est moderne, avant-gardiste, qu’elle aidera une classe d’artistes à avancer. Mais oublions ces statements avec « Moonmate », simplement, notons à quel point TH da Freak ringardise ceux qui ont ringardisé la chanson d’amour. Je note, encore, que les moments de passion que l’on vit avec ses amis doivent être tu, parce qu’il faut idéaliser l’amour corporel. C'est ce que ce morceau me dit de ne pas respecter.

« Techno Bullshit », c’est le seul titre qui me semble adresser un message global. Il me fait sortir de mon introspection bien trop narcissique pour être dite. J’ai, de fait, une relation particulière à ce dernier que je perçois comme un ennemi. « Thick Head », lui, m’a rappelé la belle simplicité de Gram Parsons qui chante son « Hot Burrito #1 » (lien), « You may be sweet and nice, But that won't keep you warm at night, Cause I'm the one who showed you how, To do the things you're doing now ». En fait, je m’y vois encore, et je culpabilise de ne pas pouvoir me fondre entièrement dans ces paroles sans y projeter ma petite personne.


« Bored », qui n’était pas sur la première maquette de The Hood, est encore mon inconnu. J’y trouve la noirceur de tous ces groupes qui habitaient dans la banlieue américaine il y a vingt années de cela, ces 18h d’hiver lorsque la nuit tombe, que les arbres sont à nus et qu’aucun sourire n’a été esquissé depuis des semaines. Étonnamment, ce paysage m’attire. Surement contraste-t-il trop avec les autres pour me laisser indifférent. C’est un peu comme si un ballon de couleur rouge s’envolait au coin d'une rue, signe d’un optimisme quelque part, de gens satisfaits. Et il me semble qu’on les trouve justement quelques minutes plus loin, c'est alors que je réalise que je ne pourrai pas évoquer cet album, ce nouveau moi, sans avoir quelques mots sur sa musique. Surement aurais-je dû le faire plus tôt.

TH da Freak a déniché un son jangle pop très 90s qu’il couple avec une disto’ de ce son grungy de la même décennie. « I Add Some Whisky In My Cola » illustre cette nouvelle alliance avec virtuosité. L’album est plus groovy que je ne peux le supporter. « Wanking Class » et « Bienvenidos At Satori Park » ont quelques choses de violent, peut-être est-ce cet extérieur, ce courrier, cet enfant. « See Ya In Da Hood » aura assurément une carte à jouer dans mon avenir. C’est qu’il est bizarre ! J'y ai déjà dansé des dizaines de fois, dans ces bois. Je me revois, en octobre, frôler les murs de la rue de Liège en les trouvant rieurs, ce titre dans les oreilles. « Old Ladies Of The Blocks » le premier, a la texture d’un titre de Further. Il est intime, lui aussi. TH proclame son I avec insistance, c’est ainsi que l’on commence à s’y confondre. Le fond très spectral fait que j’y reviens sans cesse parce qu’il est la première étape de cette fine pellicule corporelle à laquelle je faisais référence.


Je dis, à qui veut l’entendre - ou m’écouter - depuis des semaines qu’un chef d’oeuvre est sur le point d’arriver. Je suis content qu’il soit finalement là, faisant table rase du post-nineties, du garage sixties dont on crève, des bons sentiments qui impose de ne plus avoir que de bons sentiments, dont on crève, de ce shoegaze qui n’a rien d’inventif et qui sévit nuit et jour dans les salles parisiennes et d’ailleurs, dont on crève, de ces artistes qui ne veulent que le montrer, surtout, pour que l’on sache qu’ils en sont, que je crève. Et malgré sa délivrance, cet album reste le mien, entièrement singulier.

TH da Freak va finir par tuer la Blank Generation. Pavement a commencé le travail qui n’est pas achevé. Outre le style musical qui fait penser aux années 90s - les meilleures de toutes - TH da Freak symbolise l’exact inverse de ce qu’était David Bowie. Il n’est en rien question d’attitude. On se trompe lorsque l’on définit le groupe de slackers au sens de branleurs je-m'en-foutiste. On se trompe, aussi, lorsque l’on dit TH da Freak être détaché de ce qu’il fait. Je me suis trompé. Le seul détachement qu’il me semble avoir, c’est celui de la réception. Non pas qu’elle lui importe peu, mais elle ne guide en rien ce qu’il fait. « Bored » ne serait pas là, sinon. Et je prends le pari que tu auras beau faire ce que tu veux, tu auras beau les foutre sur Canal +, les faire interviewer par le NYTimes ou leur dire qu’ils sont de véritables génies, que tu auras toujours plus de chance de lécher les dessous de bras de la reine d’Angleterre que de les convaincre de changer leur démarche.

Je ne savais pas écrire un autre article pour cet album. Je le publie pour le seul intérêt de vous présenter ces morceaux. Alors, pour finir sur une note qui feinte une grande objectivité, un article plein de vérités, d’affirmations grandioses et une abstraction de tout ce qui pourrait être personnel - après tout, qu’attendez-vous de moi, que je m’efface au profit de l’album, n’est-ce pas ? - je ne répondrai plus qu’à la question qui suit : The Hood est-il le meilleur album jamais composé par un français ? Oui.


Tracklist : The Hood (LP, Howlin Banana Records, 2018)
1. Old Ladies Of The Blocks
2. See Ya In Da Hood
3. Wanking Class
4. I Add Some Whisky In My Cola
5. I Don't Understand
6. Techno Bullshit
7. Thick Head
8. Bored
9. Bienvenidos At Satori Park
10. Moonmate
11. I Was Such An Idiot

Liens :
Article sur l'EP Infandous de TH da Freak
Article sur l'album The Freak de TH da Freak


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