Still in Rock présente : Johnny Mafia (Garage Rock)

Johnny Mafia est un groupe français originaire de l'Yonne qui s'apprête à faire sortir son premier LP,  Michel​-​Mich...



Johnny Mafia est un groupe français originaire de l'Yonne qui s'apprête à faire sortir son premier LP, Michel​-​Michel Michel. Nous n'avions plus entendu parlé de lui depuis décembre 2014 et il ne comptait auparavant qu'un seul EP à son actif, EP 5 tracks. Autant dire que personne n'attendais Johnny Mafia.

Pourtant, Johnny Mafia est une claque pour le garage français que l'on attendait sortir un nouveau nom. Le voilà, avec Johnny Mafia, la scène va se rappeler que l'on est désormais en très bonne position sur le podium des nations les plus rock'n'roll. Ce groupe rappelle Mozes and The Firstborn  autant qu'il nous berce de quelques illusions seventies. Et puis, cet LP est particulièrement fort en ce qu'il ne se prend pas au sérieux. On sort ainsi des productions grandiloquentes, des mélodies dissonnantes et des accords impossible à répéter sur scène. Johnny Mafia a quelque chose de punk en lui, une recherche d'immédiateté qui ne gache rien de nos écoutes répétées.
"Sleeping", le tout premier morceau, est probablement le meilleur de tous. Son aspect mécanique à la Parquet Courts le place très vite très haut. Taillé pour les amoureux de proto-punk, il a le mérite de l'originalité, ce qui nous passionne immédiatement pour l'écoute de cet album et permet ainsi d'éviter l'eccueil de nombreux LPs de garages : l'apparence d'uniformité. "Sleeping", c'est un titre que l'on écoutera encore des plusieurs années, et c'est triste à dire, mais force est de constater qu'ils ne sont pas si nombreux (voir par ici. "Bad Michel" est plus punk (Pere Ubu, voir par là). La voix de Théo Courtet trouve la place qu'elle mérite sur un titre nerveux qui rappelle les sonorités métaliques de quelques grands noms. C'est excellent, du garage rock à son meilleur. 

"Scarycrow VI" est plus attendu en ce sens que la structure est plus classique. Toutefois, le long passage instrumental pousse vers plus de psyché, à la Druggy Pizza. Et l'on ne saurait résister à une fuzz pleine de bonnes choses : pepperoni pour la 8 et coca-cola pour le batteur. "Black Shoes", pour sa part, traduit ce que très peu de groupes de garage osent faire : prendre le temps de temporiser. On retrouve cette attirance qu'a Johnny Mafia pour les '90, aussi, celle pour un lifestyle de slacker qui colle parfaitement à sa cover. Les Black Shoes qui ont accompagné les révoltes anglaises ont encore de belles heures devant elles, dans les caves françaises.


"Sometimes 666", c'est un titre qui semble tout droit sorti de l'univers des Soft Boys. Je m'explique, les premiers accords de guitare sont fidèles à la jangle pop du groupe précités alors que Mafia cherche ensuite à cogner le plus fort possible. Il y a donc la confrontation de deux univers opposés, pop d'un côté (voir aussi le refrain) et rock'n'roll de l'autre. Une fois admis que le "pop rock" n'existe pas (voir, sur ce sujet, les déclarations de Lux Interior: "Rock'n'roll seperate the squares from the cool people. Pop music doesn't do that. Pop music is just for everyone's entertainment, rock'n'roll is something more than that"), on se dit que "Sometimes 666" fait une synthèse dont l'antinomie n'a d'égale que sa réserve live. On imagine déjà Johnny Mafia enchainer trois morceaux avec celui-ci, sans coupure, pour ne laisser respirer personne, à la façon des Ramones. 

"Smell" est un autre morceau trash et rieur. On note particulièrement la bonne production de cet LP ainsi que le potentiel d'un groupe qui sait également laisser place à autre chose que des riffs à gogo. Vient alors "Kim Deal", avant tout un hommage à la douce leader des Pixies. Si le titre n'a rien de très alternatif à la façon de Boston, il a le mérite de nous laisser fantasmer à quoi ressemblerait un déhanché de la belle Kim, "she's cool so cool". Et puis, Mafia conclut avec "One Two One Two", pas le plus essentiel de cet LP, mais tout aussi fort en cheedar.

Au final, Johnny Mafia a ce quelque chose qui n'en fait pas un énième groupe de garage français postiche des influences anglosaxonnes. Sa maitrise mélodique, la voix, la durée des morceaux, ça fonctionne à merveille. Peut être est-ce un peu du sourire de ce mec en bas à gauche (voir plus haut), un air coquin et décalé, comme pour nous dire : vous ne nous avez pas vu venir ? Vous allez nous voir rester. On entre là dans la catégorie des excellents disques de garage, capables de sortir plusieurs titres géniaux sur un seul et même album. La dernière fois que ça arrivait en France, c'était avec Wild Raccoon. Le reste de la scène est averti. 




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ENGLISH Version
(french above)
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Johnny Mafia is a French band from Sens, about to release their first LP, Michel-Michel Michel. We hadn’t heard from them since December 2014, and all they had to their credit was an EP named EP 5 tracks. Let’s just say that nobody was expecting Johnny Mafia.

Yet, Johnny Mafia is a big shock for French garage rock, from which we were expecting a new big name. Here it is, with Johnny Mafia, the scene will remember that we now hold a very good position on the podium of the most rock’n’roll nations. This band reminds of Mozes and the Firstborn, as much as it deludes ourselves with some seventies illusions. And that LP is especially strong in the way it doesn’t take itself seriously. We take a step away from the histrionic productions, the dissonant melodies and the unreproducible-on-stage chords. Johnny Mafia has something more punk in itself, a search for immediacy that doesn’t spoil our repeated listens.

Sleeping”, the very first track, is probably the best one. Its mechanical aspect, Parquet Courts-like, ranks hit very high, very quickly. Cut out for the proto-punk lovers, it has the merit of being original, which immediately captivates us into listening to this album, and this way avoids the trap in which a large number of garage albums fall: the appearance of uniformity. “Sleeping” is a track we’ll be listening to for many years and, that’s sad to say, but it should be noted that they are not that abundant (see here). “Bad Michel” is more punk (Pere Ubu, see there). Théo Courtet’s voice finds the place it deserves on a nervous track that recalls the metallic tones of some big names. That’s excellent, garage rock at its best.

Scarycrow VI” is more predictable, due to its more classic structure. However, the long instrumental part leads to a psychedelic sound, similar to Druggy Pizza. And we couldn’t resist to such a generous fuzz: a pepperoni for table 8, and a Coca-Cola for the drummer. As for “Black Shoes”, it captures what very few garage rock bands dare to do: taking some time to temporize. We find there this attraction that Johnny Mafia has for the ‘90s, and also for a slacker lifestyle that perfectly sticks to its cover. The Black Shoes that accompanied the English rebellions still have some beautiful days ahead, in the French cellars.


Sometimes 666” is a song that seems to come directly from the Soft Boys’ universe. Let me explain: the first guitar chords are loyal to the jangle pop of the mentioned bands, while Mafia is then looking to hit as hard as it can. Thus, there is a confrontation between two opposed universes: pop on the one hand (see also the chorus), and rock’n’roll on the other hand. Once we are able to admit that “pop rock” doesn’t exist (see on this subject, Lux Interior’s declaration: “Rock’n’roll seperates the squares from the cool people. Pop music doesn’t do that. Pop music is just for everyone’s entertainment, rock’n’roll is something more than that". “Sometimes 666” is part of a synthesis of which antinomy can only be matched by its live songs reserve. We can already imagine Johnny Mafia string together three songs with this one, without any break, without letting anyone take a breath, very much like The Ramones.

Smell” is another trash and cheerful track. The great production of this LP is quite noticeable here, as much as the potential of this band, which also knows how to leave room for something else than riffs aplenty. Then comes “Kim Deal”, a tribute to the sweet Pixies leader, above all. While the title of the song has nothing much to do with Boston-style alternative, it has the merit of letting us fantasize about what Kim’s gyrating moves would look like, “she’s cool so cool”. Finally, Mafia concludes with “One Two One Two”, not the most essential song on this LP, but copiously cheddar-flavored.

In the end, Johnny Mafia has this little something that drives them away from being another French garage rock ripping off their Anglo-Saxon influences. Its melodic mastery, the voice, the length of the tracks, it works, wonderfully well. Maybe that’s because of this guy’s smile, on the bottom left (see above), a cheeky and quirky look that seems to tell us “You didn’t see us coming? You’ll see us staying.” This album belongs to the excellent garage rock records, able to bring several genius songs out on a single LP. The last time it happened in France was with Wild Raccoon. The rest of the scene has been warned.
Translation by Paul

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