Fuzz, en cinq points.

J'ai longtemps réfléchi à ce pour quoi j'apprécie tant ce nouvel album de Fuzz en dépit de ses ressemblances avec les deux premiers....


J'ai longtemps réfléchi à ce pour quoi j'apprécie tant ce nouvel album de Fuzz en dépit de ses ressemblances avec les deux premiers. Le groupe nous a déjà fait le coup de l'album stoner qui ne tombe pas dans le ridicule d'un hard rock avec voix de castra - à la Led Zeppelin, AC/DC et autres monstruosités du passé. Seulement, il se distingue des deux premiers sur quelques points qui, au final, en font une expérience distincte des premières :

1– III est plus direct que les deux premiers albums de Fuzz. Avec cet LP, le groupe semble filer en direction des années 1980s, laissant ainsi le bon vieux stoner seventies qui ne jurait que par la chose psychédélique. Le son de la guitare de "End Returning" permet de s'en convaincre facilement : si le groupe s'appelle toujours Fuzz, il semble moins enclin à tremper l'ensemble de ses morceaux dans un interminable effet studio.

2– III est plus pop que les deux premiers. Si Fuzz conserve ses mélodies noirâtres, il ne manque pas d'y insérer de nombreuses boucles (voir "Blind to Vines") qui, comme Britney savait si bien le faire, finissent par tourner en boucle dans nos esprits toujours trop étriqués.

3– III est plus vocal. La voix de Ty Segall n'a jamais dominé les débats sur les précédents essais de Fuzz, mais cette fois-ci, il ose enlever quelques pédales et couvrir la guitare avec quelques partitions vocales plus naturelles (voir "Spit"). Ça contraste davantage avec la musique qui n'en demeure pas moins une ode à la morbidité. 

4– III est plus recentré. La grandiloquence des premiers albums laisse place ici à des morceaux plus dynamiques. Surement "Time Collapse" est-il le meilleur exemple. On sent bien l'envie de partir dans un solo m'as-tu-vu digne de ces rockeurs maquillés du début 70s, seulement, Fuzz condense la deuxième partie de ce titre sans jamais laisser au batteur le loisir de souffler une seconde ou deux. C'est rapide, énervé, et toujours incroyablement bien senti.

5– III, au final, a quelque chose de plus... punk. S'il est impossible de soupçonner les deux premiers LPs du groupe de vouloir établir une nouvelle connexion entre punk et stoner – ces deux mondes qui se détestent, III semble jouer à un autre jeu. Fuzz a certes toujours aimé le son "garage", mais la vitesse à laquelle il délivre III finit d'achever la ressemblance. Ecoutez là encore "End Returning".


Tous ces "plus" ne veulent pas dire que III est un meilleur album que les deux premiers – je ne le crois pas, mais ils indiquent la nouvelle direction de Fuzz. Elle me surprend, après tout, lorsque je parlais de punk à Charles Moothart, voici ce qu'il me confiait (lien) :

"Still in Rock : Your LP sometimes is in between punk and Black Sabbath' type of music. The two were enemies for long, one being very nervous and the other being slower. Do you feel like this opposition is obsolete today?

Charles : I don’t think opposition is obsolete. I think it is very much alive but the way in which if affects people or types of music is totally different. Punk music is different than it was in 1977 or 1982 or 1993 or 2003. It is constantly growing and changing that is what the whole point is. The ideals and attitude remain. That is what Punk is. Music and aesthetic are personal to those who express it. So I guess I just try to make the music I want to hear or that suits who I am. Everyone is going to have a different opinion about what implications that has (positive or negative)."

Ouais, les choses changent, et contrairement au dicton, ce n'est pas toujours pour le pire (🇺🇸).


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