Dumb explose 2018

Dumb   m'est tombé dessus comme un coup de massue en pleine tronche. Comme beaucoup d'entre vous, je passe des heure...


Dumb m'est tombé dessus comme un coup de massue en pleine tronche. Comme beaucoup d'entre vous, je passe des heures chaque semaine à la recherche de nouveaux groupes, dans l'espoir de trouver quelque chose qui me transcende, ne serait-ce qu'un peu. Alors que je cherchais des vidéos de Peach Kelli Pop pour mon dernier article sur le groupe, je suis tombé nez à nez avec Dumb, en plein sur la page YouTube de Mint Records, le label commun des deux artistes.

Ma première réaction fut d'alerter Mazz (ses articles) pour lui dire qu'un nouveau groupe à la frontière entre Protex et les Homosexuals était né. Et puis, en contact avec le label, je me suis procuré l'intégralité de l'album. Si Parquet Courts et Canshaker Pi - deux des meilleurs albums de 2018 - me sont rapidement venus à l'esprit, c'est finalement la singularité de Dumb qui l'a emporté. À vrai dire, je crois que les trois groupes précités sont particulièrement difficiles à chroniquer parce que leur statement est assez généraliste, et qu'en dépit de laisser place à un parti pris très facilement identifiable qui donne lieu à des critiques téléguidées, il faut trouver ce qu'il y a de supérieur dans une musique qui flirte avec les styles que l'on ne connaît que trop bien.

Seeing Green est le deuxième album du groupe. Il sortira le 22 juin prochain et il fait suite à Mustang Law (2016), faisant partie de ses LPs qui, précisément, boxent dans la catégorie généraliste du rock indé. En dépit du nom du groupe, il ne joue pas la carte slacker à 1000%. En dépit des premiers titres cathartiques, il se raccroche rapidement à des mélodies finalement proches de la scène post-2001-post-Strokes. En dépit de ses allures punk, il délivre des morceaux que l'on veut être présents dans notre sommeil. Dit autrement, Dumb vient de produire un album qui nous portera pendant plusieurs années à moins, parce qu'on ne se lasse pas de ce qu'il y a d'universel. Ah, c'est un pari risqué, après tout, il est plus aidé de choisir un thème très visible, de jouer la carte à fond et de n'encapsuler que ce dernier. Dumb a donc pris d'immenses risques. C'est pari gagné pour ce dernier qui surclasse ici le dernier Parquet Courts et qui d'ailleurs pourrait bien être meilleur que Light Up Gold.


"Romeo" est le genre d'introduction qui te prend à la gorge et dont tu ne peux te départir. J'imagine un monde dans lequel tous les premiers titres seraient ainsi. Un monde dans laquelle aucune artiste ne forcerait jamais. Dumb est au-dessus de nous parce que délivre son punk avec toute la décontraction d'un film de Linklater. Et puis vient immédiatement "Barnyard", le titre qui m'a fait connaître Dumb. On se rappelle alors la scène de Thigh Master, Aborted Tortoise & co, un côté New York 1979 qui donnera vie à la musique skate punk 30 ans plus tard.

"Power Trip" tire la sonnette d'alarme : Dumb va écraser quiconque se foutra en travers de son chemin, il sort la disto' pour l'occasion et vient effectivement nous dire que The Homosexual ont réussi à enfanter ! C'est ce qu'il y a de post punk dans sa musique, des sonorités métalliques, mais qui disent fuck off à la new wave, à la bonheur ! "Hard Sea", quant à lui, est l'un des titres les mieux foutus que j'ai pu entendre cette année. Tout est là pour notre bonheur, de la guitare stridente aux accords vifs et acérés en passant par une fois délivrée vite fait bien fait, le titre semble avoir été emballé après une seule prise, c'est imparfait donc parfait.


"Artfact" passe la première dans un élan très cathartique, c'est alors que l'on se demande si Dumb va tirer sur du Omni / Ulrika Spacek. Il y excelle encore, mais ce n'est pas là où je le préfère. Le côté très progressif de la dernière minute est un premier hommage à Stephen Malkmus. Et je note que je n'ai jamais autant fait référence à Pavement qu'en 2018. Non pas que je veuille absolument causer du meilleur groupe de l'histoire dans tous mes articles, au contraire, je préfère user de parcimonie en la matière pour renforcer le compliment lorsqu'il est nécessaire. Mais avec Canshaker Pi, Parquet Courts (même s'il le dément), TH da FreakDumbleachers, t-shirt, Coude, Jim Shorts, Coude et Thigh Master... 
le revival nineties est bien là ! Il a longtemps été une affaire de musique shoegaze ou inspiré du grunge, mais pour la première fois, Pavement, Garageland et toute la clique indie rock trouvent un nouvel écho.

"Party Whip" accentue un peu le niveau de nervosité de cet album, c'est la voix qui fait tout. Et "Cowboy" de venir jouer dans la même cour que Parquet Courts. En sort-il vainqueur ? Je le crois bien, et ce n'est pas faute d'avoir lancé un avertissement pas plus tard qu'il y a une semaine, disant que Parquet Courts ringardise quiconque essaie de s'approcher de sa musique. La structure duale de ce morceau fait un parfait écho à "Almost Had to Start a Fight". Dumb, lui, joue sur le côté country bubblegum, comme Sapin sait si bien le faire.

"Warming Up" pourrait facilement être le premier morceau de cet album. Et cette phrase emblématique qui résonne encore et encore : "Seriously I'm not messin' around, I think it's time for". "Don't Get Me Started" est la suite logique. La partie vocale est plus parlée ce qui, par contradiction avec la musique très hachée, produit quelque étincelles post-punk. 



Maintenant que l'album est bien entamé, on pense connaître tous les tricks de Dumb, et c'est un tort. "Ripesnakes" en rajoute une couche sur le côté nineties, mais cette fois-ci, dans l'esprit qui s'en dégage, écoutez plutôt : "trying hard to impress, you forget what you came for". Ajoutez-y quelques références aux investisseurs bien riches, au besoin de vendre, d'appelez son avocat, de convaincre et de vendre encore, c'est du 90s à la Reality Bites en puissance. 

Vient ensuite "Soft Seam", le titre le plus australien de l'année. C'est, aussi, l'un des gros scud' de cet album parce que pour la première fois - ça arrive un peu tard - Dumb temporise et fait de Seeing Green le premier candidat au titre de slacker pépère. Et le combo avec "Mint" de nous achever. Que ce soit immédiatement dit, ce titre jouera sa place dans les meilleurs 5 meilleurs titres de 2018. "Mint", c'est ce que les Strokes auraient pu faire de mieux s'ils avaient continuer sur la lancée de Is This It?. Il est foutu en trois parties, la première nous fait rentrer dans un espace rempli de néon et de fun, le second laisse place à la voix et le troisième fait apparaître la meilleure guitare post-2001 depuis Sheer Mag. La petite guitare à la Mac DeMarco qui vient suppléer le tout ne saurait être boudée.

"Magistrate", plus Pavement que le maitre, fait une fois encore dans la perfection du genre indie rock disparu. Et "Roast Beef" de conclure cet album magistral sur une note... magistrale. Il y a une gravité qui sous-tend tous les titres de cet album. Dumb parvient enfin à l'extérioriser, non plus en accélérant son garage punk, mais avec une guitare qui crisse et qui rappellent les hangars que me décrivait Naomi Punk


J'en reviens, une fois encore, à la même conclusion que celle de mon article sur One Man's Trash de Vaguess : avec Dumb, on retrouve le slacker original, celui qui est nineties et qui fait bien entendu penser à Pavement, celui de la réconciliation frat' boy / geek musicos, celui de la nonchalance qui ne se feinte pas, celui des titres qui ne parlent jamais d'amour sans ironie, celui des artistes qui ont voulu tuer la Blank Generation sans y parvenir, celui qui ont tellement proné l'anti-système qu'ils ont fait rentrer cette expression dans le vocabulaire politique, celui des artistes de la plus grande décennie.

Avec Seeing Green, Dumb rentre dans mon panthéon des grands artistes, ceux qui, à tout le moins, ont un jour réussi l'album parfait, le genre de réalisation que l'on prend en pleine tête parce que chaque seconde semble être le meilleur moment de la carrière d'un autre groupe. Le slacker véritable est décidément de retour, rangez vos clips surfaits et vos attitudes de branleur faussement travaillées, rien ne se travaille ici, tout est inné !


Tracklist : Seeing Green (LP, Mint Records, 2018)
1. Romeo
2. Barnyard
3. Power Trip
4. Hard Sea
5. Artfact
6. Party Whip
7. Cowboy
8. Warming Up
9. Don't Get Me Started
10. Ripesnakes
11. Soft Seam
12. Mint
13. Magistrate
14. Roast Beef

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