Anachronique : Elvis Costello (Pop)

Elvis Costello est l'un des artistes anglais les plus prolifiques de sa génération. Ses 30 albums studio en font incontestabl...




Elvis Costello est l'un des artistes anglais les plus prolifiques de sa génération. Ses 30 albums studio en font incontestablement l'une des figures incontournables de la scène. Et c'est comme souvent son tout premier essai, My Aim is True, qui fait de lui une véritable légende vivante. My Aim is True parait sur Stiff Records, en 1977, le label de Wreckless Eric, des Damned, de Nick Lowe, des Feelies et j'en passe. Il sera réédité par Columbia l'année d'après. Son producteur ? Nick Lowe, qui fera paraître son Jesus of Cool un an après. Alors, on entend souvent prononcer le nom d'Elvis Costello, mais le connaît-on vraiment ?

My Aim Is True avait bien failli ne jamais voir le jour. En raison de plusieurs difficultés pour sortir ce premier album, le label suggéra en effet à Elvis Costello de publier un split avec Wreckless Eric. Il s'y refusa, l'obligeant à conserver son job de l'époque. Et puis, après quelques mois d'insistance, il parvint finalement à ce que My Aim Is True voit le jour. Barney Bubbles se chargea de réaliser la pochette, lui qui a également travaillé avec Ian Dury, les Damned et Hawkwind. Les deux premiers singles allaient commencer à tourner sur toutes les radios du pays. Elvis allait rapidement faire la Une de plusieurs magazines. La machine était lancée. 

"Welcome to the Working Week" est l'un des morceaux les plus Power Pop de tout l'album. On y découvre alors la pop d'Elvis, à la croisée du King (l'autre Elvis) et du punk ambient. "Miracle Man" est plus old school. Peut être illustre-t'il mieux encore le look que Costello avait initié sur sa pochette, les lunettes de Buddy Holly sur le nez. Mais là n'est pas le plus intéressant. On y entend ses premières intentions de crooner sur "No Dancing". Le titre est très bon, fifties à souhait et finalement assez éloigné de l'esprit punk de l'époque. Et puis, ça aide surement d'avoir Daniel Hersch au mastering, lui qui a travaillé avec Big Star, les Kinks, les Beach Boys, Coltrane et quelques centaines autres. "Blame It on Cain" reprend le style du titre précédent. Quoi de beau plus que d'assister à la naissance de l'un des plus grands songwriters ? Rendez-vous au drive-in, les étoiles brilleront ce soir avec ce morceau. 

Vient alors le grand hit de la carrière d'Elvis Costello, le premier titre qui vient à l'esprit lorsque son nom est prononcé, "Alison". Ce titre-là ouvre la tradition de ceux qui sublimeront les Queen Prom. Son "Oh it's so funny to be seeing you after so long, girl" introductif résonne encore, alors que l'on trouve ensuite la raison d'être de cet album, "Oh, Alison, my aim is true". Sans conteste l'un des meilleurs titres des années '70, il est (très) heureux qu'Elvis Costello ait décidé de ne pas retirer son vieux single de la maquette de My Aim Is True. Il gagnera ses lettres de noblesse à l'aide de ces trois minutes. La douceur de sa voix et de sa musique allaient initier son style, Elvis pour la vie.

"Sneaky Feelings" est plus bluesy et on y comprend pourquoi Elvis Costello est souvent associé au mouvement Pub Rock, celui de Nick Lowe, Dury et Graham Parker. Si le titre peut initialement paraître un peu fade, croyez en la magie Costello, sa voix vous gagnera. "(The Angels Wanna Wear My) Red Shoes" est déjà plus punk, de quoi nous préparer à l'énergie de sa Power Pop "Less Than Zero". Est-ce une inspiration pour le roman de Bret Easton Ellis ? Quoi qu'il en soit, "Less Than Zero" s'impose à mon sens comme le deuxième chef d'œuvre de My Aim Is True. Son refrain est aussi imparable que l'arrivée des Ramones dans Rock 'n' Roll High School

Il reste alors quatre morceaux. Le premier est "Mystery Dance", le morceau punk-ish plus expérimental que les autres. Quelle (bonne) surprise que de trouver un tel morceau sur l'album. Le pont entre fifties et '77 est ainsi formé. "Pay It Back" se veut plus jazz avec la première apparition d'un cuivre. Le tout est pour le moins habituel. Seul Richard Hell savait faire dans un genre similaire. Je passerai sur "I'm Not Angry" pour me précipiter sur "Waiting for the End of the World". Visionnaire, la société télévision est déjà dépeinte avec précision. "Everyone was looking for a little entertainment". La batterie nous mène énergiquement vers une belle fin du monde / de l'album. 

Quelques années après la parution de l'album, NME et Rolling Stones le nomeront dans leur liste des 500 meilleurs albums de tous les temps, pour ce que ça vaut. On ne saurait oublier de citer l'après My Aim Is True, voir "I Can't Stand Up For Falling Down". C'est pourtant un petit miracle qu'Elvis Costello soit aujourd'hui reconnu comme l'un des grands noms de la scène anglaise de l'époque. Non seulement son premier album arrive en pleine concurrence de 1977, ce que je me plait à décrire comme la meilleure année musicale de l'histoire, mais en plus, il s'écarte assez franchement des codes punk (même s'il en conserve l'attitude). Et puis, Elvis n'était pas un autre boys band, mais plutôt un p'tit mec à lunettes qui allait pourtant faire changer la face de la culture pop.

Sous couvert d'être une sorte de produit, pochette, lunette, attitude, Elvis Costello était et demeure un artiste capable de se refuser au succès dans le but de pouvoir faire partager sa véritable musique. Son refus d'un split avec Wreckless en atteste largement. Ce dernier fera paraître son "Whole Wide World" la même année, alors, on se dit que finalement, l'histoire a pour une fois bien fait les choses. 




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