Paul Jacobs : le colmateur

Je pense avoir couvert toutes les sorties de Paul Jacobs depuis quelques années, et à chaque fois, alors que je crois avoir compris q...


Je pense avoir couvert toutes les sorties de Paul Jacobs depuis quelques années, et à chaque fois, alors que je crois avoir compris quel genre de musique il délivre, un nouvel album vient me faire douter. C'est à croire que certains artistes ne sont pas faits pour être compris. Son petit dernier, Easy, est paru le 19 octobre dernier via Stolen Body Records, label que l'on peut désormais qualifier de Mecque du garage européen (mondial ?). Il nous avait quittés avec Story About Anything EP qui amorçait une venue vers la garage pop. C'est du moins, ce que je m'étais aventuré à en conclure. Parce que Paul est sympa, il semblerait qu'il ait voulu donner un peu de grain à moudre à mes prédictions hasardeuses. Easy est plus pop que jamais, plus eighties que jamais, aussi.


"Holy Holy" commence dans le flou, un brouillard fluo qui semble embarquer une messe à la gloire des boules à facette. Vient ensuite "Expensive", l'une de ces pièces eighties qui manque dans le paysage sonore de l'histoire du garage. Ah, force est de reconnaître que l'on ne se souvient pas de cette décennie pour ces groupes garage, voyez la liste des articles anachroniques. Mais Paul Jacobs y rémédie, il colmate ce trou béant entre le seventies punk et le nineties ironique. C'est pour cette raison que Paul Jacobs est mon colmateur préféré. Il apporte une véritable pièce à l'édifice, une pierre qui manquait véritablement qui plus est. 

Et puis, on trouve des titres tels que "Easy (Warm Weather)", sorte de jingle complètement massacré par une excellente production lo-fi. "Laundry" par ensuite sur les caraïbes. On imagine Paul Jacobs et Meagan Callen en train de se dorer la pilule sur une plage de Tahiti. Quant à "Life Lessons II" (oubliez la leçon numéro 1), il vient porter la dernière estocade : cet album sera entubé, avec un son compressé et sans trop de variations, il ronronnera et ne laissera jamais rien exploser, parce qu'il est 80s, n'oubliez pas. 


Peut-être, finalement, que des titres comme "Baby (With Bells)" sont ce que Paul fait de mieux sur cet album. Le plus il nous enfonce dans une douce léthargie, le plus on apprécie sa compagnie, ces sonorités plates et colorées. Le réveil paraît alors brutal sur "Sunday Morning II", mais le chorus altéré par le soleil vient rapidement nous rappeler que Paul ne fait plus dans le punk depuis I'm Into What You're Into.

Il continue sur le thème du renouveau avec "Setting Sun". Il a tout du single. "Trouble (Last Song)", lui, n'a rien d'un single. Son introduction est longue et énigmatique, il est plus Halloween que Summer 1983, il est plus saturé que la voix d'Iggy Pop au lendemain d'une grosse soirée. Il est donc génial. Paul conclut finalement sur du Kerouac en puissance avec "Roads" et "Cigarettes". Il n'en démord pas, les eigthies, c'est cool, les premiers jeux vidéos, c'est cool, jouer au rubix cube en écoutant Easy, c'est cool.

Au final, Paul Jacobs donne une nouvelle leçon de cool, le truc qui ne se définit pas que you know it when you see it, comme ils disent, le truc qui n'est pas Pitchfork ni Vice. Paul Jacobs n'a jamais délivré le moindre LP qui s'approche de près ou de très loin d'Easy, et pourtant, il ne pourrait plus faire sens dans la direction générale le poussait vers là. A ce stade alors, je ne trouve qu'une seule chose à redire : pourquoi ne pas m'avoir contacté pour dormir à la maison et jouer à Amsterdam ?


Tracklist :
1. Holy Holy
2. Expensive
3. Coffee
4. Easy (Warm Weather)
5. Laundry
6. Life Lessons II
7. Baby (With Bells)
8. Sunday Morning II
9. Setting Sun
10. Trouble (Last Song)
11. Roads
12. Cigarettes


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