Boxboys et la meilleure vidéo de 2018

Article par Morgan C’était le 8 février dernier, dans l’anonymat le plus complet, que fut mise en ligne la vidéo la pl...


Article par Morgan

C’était le 8 février dernier, dans l’anonymat le plus complet, que fut mise en ligne la vidéo la plus importante, la plus essentielle, que dis-je, la plus révélatrice de ce que doit être l’esprit rock aujourd’hui. Après m’être repassé en boucle cet objet visuel non identifié durant les 5 cinq derniers mois, il me fallait comprendre les raisons de cet attrait. Chercher à savoir ce qui faisait de cette vidéo un objet de culte qui ne manquera pas de guider les pérégrinations de nos futures générations de slackers. Voici donc quelques mots posés sur cette sensation absconse et indicible qu’est le coup de cœur musical.

L’auteur de ce coup de maître n’est pas inconnu de nos plus fidèles lecteurs. Il s’agit de Boxboys aka Alex Cavoli dont le projet solo, sous le nom de Chucker, avait magnifié notre été 2016, Yeah Summer inspirant une insouciance contagieuse ! S’il ne semble toujours pas décidé à nous gratifier d’un nouvel LP, l’essentiel réside ailleurs.

« Twenty Bucks (Friend Song) » et la vidéo qui l’accompagne sont d’une importance bien supérieure à celle que pourrait avoir n’importe quel album. En 2min03, cette vidéo réussit l’exploit d’encapsuler l’essence même de la musique indépendante, celle qui nous anime et que nous défendons quotidiennement. À travers l’état d’esprit véhiculé, l’autodérision assumée et finalement le message envoyé, « Twenty Bucks » est le rock dans toute sa splendeur !

L’inspiration comme nécessité

L’état d’esprit donc. Ou plutôt son absence, tant la sensation qui nous est ainsi renvoyée est celle de l’insouciance. Le rock n’a pas nécessairement besoin de talent, mais il doit déborder d’inspiration. Une inspiration la plus pure possible afin qu’elle jaillisse et puisse contaminer son audience. La musique indépendante est un virus qu’il convient de préserver des trop nombreux anticorps qu’imposent bien souvent les codes de la musique de masse. Alex Cavoli démontre par cette vidéo que son inspiration n’a pas de limite. Pas même celle liée à son inhabilité avérée pour le skateboard.

Le génie de ce clip est de nous dire que tout est possible. Que l’on peut être skateur sans équilibre ou faire du rock sans connaitre le solfège. Après tout, les Ramones ont bien montré qu’il était possible de déchainer les émotions avec seulement quatre accords. Si le rock doit être un geste, une énergie comme le dit Ian Svenonius, celle déployée ici par notre pro-skater est hautement communicative. Accentuée par un riff des plus addictifs, elle nous donne envie de courir - très vite - à ses côtés.

L’autodérision comme étendard

Mais que deviendrait cette inspiration si elle se trouvait dépourvue d’autodérision ? Une musique prétentieuse et superficielle incapable d’approcher la sensibilité de son audience (*Alex Turner !). La plus grave erreur pour l’art serait de se prendre au sérieux. À l’opposé de cet écueil, le ridicule de la vidéo se trouve accentué par les plans fixes et lointains d’un Alex Cavoli dont la foulée n’a rien à envier à celle de Forest Gump, le skate en plus. Ici, le second degré est brandi tel un étendard jusqu’au final de la vidéo. Un plouf grotesque et symbolique, comme un saut dans l’inconnu. À l’image du clip de Boy Pablo c’est ce vers quoi doit tendre le rock aujourd’hui. Toujours plus d’autodérision, sous peine de se perdre.

L’amitié in fine

« Twenty Bucks (Friend Song) » porte bien son nom. Le thème de l’amitié donne une dimension encore plus forte à cette vidéo. Certes, l’amitié et le rock connaissent une relation des plus tumultueuse – il suffit de voir la durée de vie certains groupes pour s’en persuader - mais l’amitié qui lie l’ensemble des communautés gravitant autour de la musique indépendante, elle, demeure. Au-delà même des groupes, qu’il s’agisse des labels, des tourneurs, des programmateurs, des graphistes, ou encore des groupies, des observateurs et des photographes, tout ce petit monde se côtoie et permet à ce microcosme musical et culturel d’exister. L’intégralité du message véhiculé par cette vidéo est celui qui doit continuer de guider les groupes dont nous nous faisons tous les défenseurs. Avec une seule vidéo, Alex Cavoli, encapsule à la perfection ce que doit être l’idée même du rock. Mais au fait, if we did have like twenty bucks would you come help us spend it ?

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