Canshaker Pi : Amsterdam, nineties !

Canshaker Pi a longtemps trainé sur mon bureau, d'août à novembre dernier, un truc à peu près comme ça. Et puis, com...


Canshaker Pi a longtemps trainé sur mon bureau, d'août à novembre dernier, un truc à peu près comme ça. Et puis, comme souvent lorsque je loupe le bon timing pour écrire sur une sortie, je me dis que je reviendrai dessus dans plusieurs mois. Nous y voilà donc.

Dès lors que je pense à la scène néerlandaise, je ne peux m'empêcher de visionner notre concert à la Méca de Mozes & the Firstborn. C'était bien, nous étions jeunes, insouscients. Mais je veux désormais y ajouter Canshaker Pi. Le groupe a fait paraître un premier album self-titled en 2016. Il est revenu l'an dernier avec Boomslang For Ed, un deuxième LP construit sur la base de ses deux premiers EPs. Et comme son label le dit, c'est du "heavy guitarnoise in tradition of the noisy grunge bands from the early nineties, but with added coolness of bands like Pavement and Dinosaur Jr". 

Le 4 mai dernier, il faisait paraître Naughty Naughty Violence, un troisième LP tout aussi Pavement-ien que les autres. Soyons plus précis. On pourrait croire que Canshaker Pi soit décidé à suivre la même trajectoire que celle de Stephen Malkmus. Alors que ses premiers albums sont parfois violents, il se tourne parfois vers une indie pop alternative. Son dernier album, Naughty Naughty Violence, fait de lui un fin mélodiste qui, en lieu et place d'un son crunchy, fera danser les foules punk. Mais il y a des nuances à ce constat. Canshaker Pi est parfois noisy, et il fait bien tant il excelle dans ce genre. Naughty Naughty Violence est donc violent lorsqu'il faut l'être, à moins que ce ne soit l'inverse.



"Pressure From Above" est excellent, le genre d'introduction qui nous convainc sans plus tarder de la nécessité d'écouter cet album sous la douche. Il y a du Strokes, du Parquet Courts, du post-2001 comme on l'aime, un truc qui tire sur du punk gentil. Et puis vient immédiatement "Tonsil" avec son côté très cathartique. Je me rappelle alors l'album de Meat Market, Dig Deep. Canshaker Pi a franchi bien des étapes depuis son apparition, la vitesse semble vertigineuse. Surement est-ce la potion magique, ah si seulement tous les groupes pouvaient suivre des trajectoires similaires... "Sooner/Later" va plus vite que mamie en visite dans une forgerie.

"Smurf", c'est une percé dans un univers plus nineties. Canshaker Pi se dirige alors vers une musique noisy, ce qu'il entérine sur "If Kelly Doesn't, Then Who Will?". Le potentiel slacker de ce morceau est sans fin. Et voilà que je dois rempiler sur le cool qu'il m'évoque, le 90s qui ne surjoue rien et qui consacre tout le détachement du monde. On sent bien que les Canshaker Pi sont nonchalants, des je-m'en-foutistes qui, en réalité, donnent tout le soin du monde à leur album. Le cocktail est explosif. "But Why" est explosif ! Ce titre - du niveau des meilleurs Parquet Courts - va faire des morts. Qu'il soit attendu sur la terre entière et Canshaker Pi ne pourra plus sortir dans la rue sans avoir ses hordes de groupies.


"No Sack", c'est du Silver Jews qui rencontre le flegme de joueur de pétanque. On se balade en sa compagnie, persuadé que les Canshaker Pi savent tout faire. Cet album, 100% américain, semble rejeter la culture européenne qui est pourtant la sienne. Canshaker tire sur les sonorités bien chaudes du sud des Etats-Unis, toujours avec cette attitude. Et le combo avec "Put A Record Out" est absolument irréprochable. Opérant une véritable mue, Canshaker Pi vient nous dire que le noisy, une fois encore, c'est son truc à lui plus qu'aux autres. Qu'on en prenne de la graine. Canshaker Pi touche les moments de grâce qui ne sont que trop rares, expérimentant ce qu'il faut sans tomber dans la démonstration, sans tuer le flow de son titre, non plus.

"Legless" est encore plus rock indépendant que les autres. On dit hello à Car Seat Headrest. "The Indie Academy" reprend sa route vers le son pop nineties. Ah, on ne peut s'empêcher de penser que c'est là où il est le meilleur. La production de l'album est irréprochable, ce qui lui permet de jongler entre ces différents styles.
  
Sur "Half Book", Canshaker Pi insulte les autres groupes qui veulent eux aussi tirer quelque chose de la scène nineties. That's right, ils ne sont pas au même niveau, la facilité avec laquelle Canshaker délivre ses morceaux a de quoi effrayer. Et "Beautiful World" de conclure sur la touche ironique qui va bien. C'est un peu injuste, cet amour pour le groupe, parce qu'il ne révolutionne pas le genre, mais il faut dire qu'on l'aime tellement, ce genre, que l'on reste conquis. Ce final, tout en rock progressif, prouve son ultime grandeur.



Au final, cet album explore de nombreux sous-genres de la musique nineties, flottant entre l'univers de Parquet Courts et des figures de la decade 90s. Il ne tire pas la scène vers un style nouveau et ne réalise pas un apport absolument crucial au genre, mais il fait si bien tout ce qu'il entreprend que l'on ne peut s'empêcher de tomber en amour pour ce dernier. Son premier album, paru en 2016, était produit par Stephen Malkmus himself. Naughty Naughty Violence est le fait d'un autre, mais il n'a rien d'un fils illégitime. Il fera nécessairement partie des GROS albums de 2018. D'ailleurs, Canshaker Pi est sur le point de devenir BIG. Mark my words.

(mp3) Canshaker Pi - But Why
(mp3) Canshaker Pi - Beautiful World

TracklistNaughty Naughty Violence (LP, Excelsior Recordings, 2018)
1. Pressure From Above
2. Tonsil
3. Sooner/Later
4. Smurf
5. If Kelly Doesn't, Then Who Will?
6. But Why
7. No Sack
8. Put A Record Out
9. Legless
10. The Indie Academy
11. Half Book
12. Beautiful World

Liens :

Article sur Pavement
Article sur Silver Jews



You Might Also Like

0 commentaires