Flat Worms : la fête et la guerre

Ce qu'a réussi Flat Worms est remarquable. Je présentais le groupe en juin 2016 , et quelques mois plus, lorsqu'il sortait son ...


Ce qu'a réussi Flat Worms est remarquable. Je présentais le groupe en juin 2016, et quelques mois plus, lorsqu'il sortait son premier LP, je restais muet. Quel tort ! J'arrive certes après la bataille, mais j'ai à coeur de regrouper les albums qui doivent l'être sur Still in Rock, alors j'écris. A ce stade, le groupe n'en est plus à rechercher ses premiers articles de presse, plusieurs gros noms de l'industrie se sont déjà occupés de lui, je pense à Rough Trade, par exemple. Mais nous, on s'en tape de ça, hein ?!


Son premier album est de style garage punk. Il est, également, de style parfaitement produit, de style très mélodique, de style très athlétique, de style membru, de style sexy. La voix, avec sa gravité toute naturelle, donne un peu de solennité à la musique du groupe qui est tiraillée entre la noirceur que le punk UK impose - ou que le krautrock suggère - et le festoiement d'un groupe US. Il faut dire que Flat Worms vient de multiples horizons, Will Ivy le mène d'une main de fer aux côtés de Tim Hellman (Thee Oh Sees, Sic Alps) et Justin Sullivan (Kevin Morby, The Babies). Il y a donc de quoi jouer sur les tiraillements.


"Motorbike", d'entrée, tape du pied dans la fourmilière punk. Flat Worms tient un premier single. Son label le décrit comme étant du "jumpy punk", ce que "Goodbye Texas" illustre parfaitement. Mais le premier scud nous vient de "Pearl", plus aucun doute à avoir, un mec de Sic Alps est là. Flat Worms tire sur du noisy. C'est là où il est le meilleur, sans conteste. La clé de cet album est on en peut plus identifiable. Plus il est noisy, meilleur il est.



Ce serait vous faire offense que de dire que "Accelerated" accélère. Et pourtant. Les sirènes nous préviennent du danger imminent. Serait-ce celui de "White Roses" ? La production de ce morceau fait ressortir son côté punk nineties, welcome à Washington D.C., le straight edge n'est pas loin. Flat Worms semble avoir ce supplément d'âme des punks qui ont un truc à dire. Lui, il nous dit combien sa guitare est violente, combien, aussi, il aime les derniers Ty Segall.

"11816" introduit la seconde moitié de l'album, on est déjà convaincu de l'exercice, mais Flat Worms en rajoute une couche sur le côté The Intelligence, le titre semble être téléguidé, ça sent l'Allemand. Et toujours ces mélodies de post-2001 viennent embellir l'album. "Followers" ne déroge pas à la règle? Il nous fait tous passer pour des moutons, en dépit de sa pochette d'album très chien.


"Fault Line" perpétue ce nouveau expérimental qui me fait penser à l'album éponyme de Ty sorti en janvier 2017. Tout ça est très bon, Flat Worms va chercher des sonorités que l'on entend jamais, il est parfaitement rythmé, bref, on fait la fête comme on fait la guerre en sa compagnie. Mais l'excellente nouvelle vient du duo conclusif - "Question" / "Red Hot Sand" - qui élève l'album dans de nouvelles sphères. Le premier des deux a un élan super seventies auquel Flat Worms ajoute le style 2010' des Blind Shake & co. Le second écrase. J'aime sentir sa musique m'appuyer sur le tympan, m'étrangler légèrement, me fixer avec ses longues phases instrumentales, son avant-garde.

Au final, Flat Worms fait précisément ce que l'on veut d'un nouveau groupe de la nébuleuse garage : l'expérimentalisme sur lequel je m'égosillais en 2016 (article). Il en ressort un album à la fois viscéral et précis, une guerre par l'absurde, une guerre en mélodies et en sang. "Red Hot Sand" résume tout. Ce titre doit servir de modèle dans les écoles de garage punk. 

(mp3) Flat Worms - Question
(mp3) Flat Worms - Red Hot Sand

Tracklist : Flat Worms (LP, Castle Face, 2017)
1. Motorbike
2. Goodbye Texas
3. Pearl
4. Accelerated
5. White Roses
6. 11816
7. Followers
8. Fault Line
9. Question
10. Red Hot Sand

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