Damaged Bug : Bunker Funk, Dwyer mécanique

Damaged Bug , vous le savez, est le side-project de John Dwyer, Pape du groupe Thee Oh Sees (pourquoi avoir supprimé le Thee , u...


Damaged Bug, vous le savez, est le side-project de John Dwyer, Pape du groupe Thee Oh Sees (pourquoi avoir supprimé le Thee, un coup marketing ?). Bunker Funk, son troisième album, vient tout juste de paraîtra via Castle Face.

Je dois dire être sceptique à chaque nouvel album de Damaged Bug. Je me demande toujours si John Dwyer va passer de l'autre côté, celui de l'électronique mal sentie. Et puis, comme à chaque fois, je peine à être convaincu par la première écoute avant de me ruer sur la seconde. Comme à son habitude, la musique du groupe a un aspect très froid et très mécanique qui nécessite d'être contrebalancé par l'écoute ultérieure de beaucoup de power pop. C'est la limite de l'exercice, le côté expérimental qui manque d'attaches, de quelque chose de plus humain et de plus identifiable. Mais ne boudons pas notre plaisir, Bunker Funk est un album très intéressant qui devrait intéresser tous ceux qui se sont un jour passionnés pour les textures sonores innovantes. 


"Structure Image Approach" nous fait approcher de l'image (!!). "Bog Dash" cogne fort, d'entrée, il nous appâte dans sa violence ordinaire. Et "The Cryptologist" de venir perpétuer le mouvement proto-punk initié malgré l'absence de guitare. John Dwyer entend bien démontrer, une fois encore, que la volonté supplante l'orchestration.


"Slay The Preist" nous fait rentrer dans un univers plus imagé, une véritable expérience 3D. Le son est modelé de telle façon que l'on ait l'impression d'être abordé par quelques formes plastiques et agressives. "Ugly Gamma", pour sa part, joue sur l'effet kaléidoscopique.

"Rick's Jummy" est un peu à l'image de ces morceaux dont l'évidence ne nous frappe pas. A la première écoute, je me suis bêtement demandé à quoi pouvait bien "servir" cet album. Des titres comme "Rick's Jummy" n'apportent pas une réponse évidente, mais elle finit tout de même par s'imposer. Un peu comme le font les albums de jazz, ou les albums très expérimentaux, il nous confronte à de nouvelles accommodations sonores. Le résultat compte moins que la démarche, un peu comme dans un musée d'art moderne : l'idée prime sur la réalisation. "Gimme Tamanthum", qui vient clore la face A de cet album, est tout aussi cabalistique. 


"No One Notice The Fly", avec la très forte présence de la batterie qui est suppléée par ces instruments à vent fait quelques merveilles. On y plonge comme dans le subconscient de John Malkovic. Vient alors "Bunker Funk", le titre éponyme qui s'annonce comme un ancien morceau des Oh Sees. Le titre bourdonne rapidement, et toujours avec ce même mécanisme huilé à la perfection, rappelle à lui un peu de rock'n'roll.


"Mood Slime" nous fait à mon sens entrer dans la phase la plus fascinante de ce Bunker Funk. La partie vocale est un brin plus présente, ce qui nous donne enfin un peu d'humanité dans cet univers post-apocalyptique. Et "Liquid Desert" d'enfoncer le clou. La basse semble avoir du mal à démarrer et le salut vient finalement d'une instru' un peu plus fouillée que sur le reste de l'album. Le minimalisme va bien à Damaged Bug, mais on n'est pas contre des ossatures un peu plus étoffées. 

"Heavy Cathedral" est un leurre qui n'a rien de heavy, à la différence de "Unmanned Scanner", une autre création qui semble faire écho à l'album Twins de Ty Segall. Le statement de Damaged Bug est clairement visible : rendre sa musique suffisamment aride pour ne se concentrer que sur l'essentiel - la guitare, tant la batterie et la basse ne varient jamais. "The Night Shopper" vient parfaire le tout sur une dernière touche de weird. John Dwyer chuchote, les grillons avec lui.


Au final, Bunker Funk est un album captivant, parce que minimaliste mais tout de même fouillé, parce que dantesque mais tout en contrôle. Le pari du grand John Dwyer est donc réussi. Il est heureux de savoir que sa notoriété servira à ce que cet album soit entendu par le plus grand nombre, preuve qu'il est encore possible de tenter l'expérimentalisme.

(mp3) Damaged Bug - Slay The Preist
(mp3) Damaged Bug - Liquid Desert

Tracklist : Bunker Funk (LP, Castle Face, 2017)
1. Structure Image Approach
2. Bog Dash
3. The Cryptologist
4. Slay The Preist
5. Ugly Gamma
6. Rick's Jummy
7. Gimme Tamanthum
8. No One Notice The Fly
9. Bunker Funk
10. Mood Slime
11. Liquid Desert
12. Heavy Cathedral
13. Unmanned Scanner
14. The Night Shopper

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