Anachronique : Holy Sons (Indie Rock)

Holy Sons  est un groupe d'indie rock formé à Portland en 1992. Aujourd'hui auteur de plus de 10 albums studio, on se souvi...


Holy Sons est un groupe d'indie rock formé à Portland en 1992. Aujourd'hui auteur de plus de 10 albums studio, on se souvient (peut-être) qu'il s'était introduit à nous en 1999 (début 2000) avec un album intitulé Lost Decade

Si je me suis fixé comme limite de ne chroniquer que des albums du 20ème siècle sur la rubrique anachronique, il n'en demeure pas moins possible que certains des groupes évoqués aient toujours une actualité. C'est le cas de Holy Sons. Pourtant, l'album qui fait l'objet de cet article demeure son meilleur essai, surement parce qu'il regroupe de nombreux morceaux composés entre 1994 et 1999. 

Les titres de Lost Decade illustrent ce qui manque à la scène d'aujourd'hui. Certains sont le résultat d'une première prise et pourtant figurent en bonne place, preuve du détachement qu'avait cette scène avec tout le système. La scène des années 2010' est loin de cet esprit easy going, à mon avis prou à créer de grandes oeuvres d'art. Non pas que ces morceaux soient les meilleurs, mais leur présence traduit un esprit qui avait par ailleurs poussé le groupe à composer d'excellents morceaux. Ces quelques lignes ne sont pas particulièrement une ode à la fainéantise, mais plutôt la critique d'une sur-production qui tend à tuer le bébé dans l'oeuf. Le même constat s'impose pour "I Wish The Night", un titre très proche de ce que produit Guided by Voices.

Il y a une certaine gravité sur "To Abraxas With Headaches", et déjà l'influence de Pavement. "Of Cain" est une pièce plus expérimentale, un interlude qui nous conduit tout droit sur "Supraharmony". La voix d'Emil Amos forme une parfaite alliance avec la guitare qui donne à l'indie rock nocturne d'Holy Sons toute la nonchalance nineties que l'on aime. 

Et puis, "Wounded Son" vient délivrer les meilleures secondes de cet album. Il y a un peu de beaucoup de groupes des années '90 dans ce morceau, un véritable témoignage de ce qu'était l'avant-garde musicale de cette décennie. La dernière minute est de haute voltige, il y a le punk de Violent Femmes, le noisy de Dinosaur, le style d'Archers of Loaf, l'expérimental de Sonic Youth et le génie je-m'en-foutiste de Pavement. Ah... et Silver Jews est si proche. 


"The Voice" tente le combo qui était si cher à Holy Sons... du weird et du rythme, comme pour mieux faire passer la pilule d'un groupe qui cachait ses aspirations expérimentales. "Wait Stop Plex" enchaine rapidement, et on y trouve une fois encore ce spirit nineties. 

Si l'on devait comparer "Ladders Kicked Down" à l'univers d'un autre artiste, on serait tenté d'évoquer la session Unplugged de Nirvana. Sans trop d'instru', Holy Sons se fait une place dans nos playlists d'hiver, de celles qui habitent un appartement sur lequel la buée vient s'écraser. "I Went Down With The Dogs" se veut à mi-chemin entre une démo et un titre ironico-sufisamment-bien-produit-pour-marquer. C'est réussi. Et puis, une dernière fois, la voix de grave d'Emil Amos vient rappeler Silver Jews dans un ultime élan nommé "Jesus Was Walking".

"Rebel Of Vicarious Life", l'avant-dernier, est l'un des plus convaincants de cet LP. Le groupe dit qu'il love everything, miaulant quelques airs qui donnent un peu plus de D.I.Y. à ces dernières secondes. "A Rail" s'étire sur 17 minutes, on y trouve de nombreux enregistrements faits au magnétophone, une petite immixtion dans l'univers du groupe (avec un peu de psychalayse à la 10ème minute).

Au final, Lost Decade est un album particulièrement génial en ce qu'il marque du fer rouge la fin des années '90. Son thème et sa musique encapsulent ce qui a fait la grandeur de cette décennie. Les meilleurs groupes de l'époque - je ne parle pas de ‎Foo Fighters, cela va sans dire - avaient en commun une lassitude de l'industrie musicale qui semble avoir aujourd'hui disparu. Je me demande, toutefois, si l'essoufflement du marketing Internet ne marquera pas dans quelques années le début d'un mouvement similaire. Le retour dans les concerts, le besoin de réel et le rejet d'une digitalisation à tout va sera peut être le début d'une formidable aventure où l'on retrouvera le détachement nécessaire à la création d'une grande peuvre, à la façon d'Holy Sons.


(mp3) Holy Sons - Supraharmony (1999)
(mp3) Holy Sons - Wounded Son (1999)


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