Best Of Still in Rock : Mai 2012

----


Django Django. Samedi dernier, le 26 mai, était programmé à la Maroquinerie le live d'un groupe qui fait de 2012 l'année qu'elle est d'ores et déjà. Lorsque j'en suis ressorti, je n'avais qu'une chose en tête : rentrer chez moi et écouter leur opus à nouveau. Quelle claque, quelle énergie, quelle communion.
Entre verres et cocktails de la terrasse située au dessus de la salle de concert, le quatuor Irlando-Ecossais a dignement bravé la chaleur ambiante pour venir conquérir une salle surexcitée. Il est rare de voir à ce point une salle aux abois, c'est pourtant prise d'une fièvre d'une rare violence que les cris et applaudissements sont venus ponctuer la fin du premier titre. Django Django a su enchaîner les morceaux tous aussi tubesques les uns que les autres, jouant d'effets sonores et visuels sans fin. Derrière eux étaient installés des stores sur lesquels des vidéos projecteurs diffusaient toutes sortes d'images psychédéliques, un pur bonheur.
Lorsque "Waveforms" résonne, le groupe s'offre alors la liberté de se détacher complètement de la version album, ce pour quoi nous étions venus les voir. "Hand of Man" fera la part belle à une voix de tête de Vincent Neff, temporisant quelques temps, signe que la moitié du set approchait. Et puis, c'est foudroyant que le groupe a poursuivi avec les quelques grands titres issus de son dernier album. Une formation qui a autant de plaisir à venir sur scène est une formation qui conquis nécessairement son public. Ayant une basse comme seul instrument à cordes, Django Django n'aura pas cessé de jouer avec les émotions d'un public aux aguais, tout aussi détenu de la rotule que de la guitare. Que ce fut bon !

Si cet opus ne fait pas l'objet d'un Album Review, c'est avant tout pour ne pas avoir à évoquer plusieurs fois le fait que la voix de Jana est une pâle copie de celle de Victoria Legrand (Beach House). Malgré ce, trois titres tirent l'album vers le haut : "Alphabet Song", "Brains" et "Lamb". Ils sont tous trois de grandes épopées, celles d'une bande de loubards à l'approche d'un club de Manchester, celles d'une armée napoléonienne à l'approche de l'ennemi. Musique de sensations, musique d'érudition, Lower Dens fait alors remarquablement le travail. Ne vous y trompez pas, ces titres-là sont très bons.
Les autres morceaux sont de grandes envolées qui demeurent trop peu travaillées. Si quelques boucles créent l'illusion d'un fabuleux morceau à venir (comme l'introduction de "In the End Is the Beginning"), on finit vite par être lassé. En bref, rendons à Victoria ce qui est à Victoria.
(mp3) Lower Dens - Lamb
(mp3) Lower Dens - Brains


Album Review : The Walkmen
" Heaven "
The Walkmen. Lorsque l'on se rend sur le site de la School de la ville de St. Albans, on y apprend que le 5 juin se tiendra le 'End of Fourth Quarter'. Il semblerait qu'un événement manque au calendrier de l'école, celui le même jour de la sortie du nouvel opus de The Walkmen, eux qui ont tous fait partie de ladite école.
Surement cette rencontre à la St. Albans School explique-t-elle la musique aujourd'hui produite par le groupe. C'est à cette époque que les membres commencent à collectionner de vieux amplis vintage, guitares hors d'état de nuire et autres batteries d'époque. Cette collection servira à constituer leur premier studio, monté de leurs propres mains dans le quartier d'Harlem, à New-York.
Leur nouvel opus, "Heaven", a visiblement délaissé ces vieux instruments au service d'une instrumentalisation propre et appliquée. Les treize titres qui le composent sont autant d'intimes pièces musicales que leur nombre. Seulement, cette intimité produit tantôt une musique d'exception, tantôt une musique plus anodine, trop académique. The Walkmen n'est jamais aussi bon que lorsque Hamilton Leithauser laisse libre court à ses envolées vocales, et qu'ainsi, le reste du groupe porte sa voix. Quels sont ces titres qui méritent notre plus grande attention ? Réponse dans la critique détaillée :
En somme, Heaven est un bon album qui pourtant ne parvient pas à gravir tous les échelons de l'excellence. Et pour cause, il est trop conforme à ce que l'auditeur voulait entendre, ou du moins, ce que le groupe pensait que l'auditeur voulait (ça devient complexe). La cohérence d'un opus est toute aussi importante que les variations de ce dernier. Nous avons tendance à trop entendre des albums qui se complaisent à révéler quelques magnifiques morceaux entourés d'une musique plus aseptisée dont la dépersonnalisation m'effraie. Heaven est de ces albums là.
Malgré ce, même lorsque The Walkmen ne semble pas vouloir faire l'effort de la créativité, je pense aux titres "Heartbreaker", "The Witch", "Nightingales" et "The Love You Love", la voix d'Hamilton Leithauser continue d'illuminer ces quelques minutes de musique de la plus ravissante manière. Alors, lorsque résonnent "We Can't Be Beat", "Love Is Luck", "Line By Line" et "No One Ever Sleeps", nous atteignons les très hautes sphères de la musique indépendante.
The Walkmen est définitivement un groupe élégant dont la musique, parfois égale à elle-même, demeure trop raffinée pour être ignorée. Que cet opus prospère en ce qu'il a de meilleur.


Bill Callahan. Après la session Daytrotter de Herman Dune (article d'hier), celle de Bill Callahan, un artiste qui occupe une place particulière au sein du paysage musical. Bill Callahan, c'est avant tout une voix, grave et mélancolique. C'est aussi un homme que l'on imagine exister depuis toujours et que l'on imaginera toujours trouver auprès de sa cabane, à chanter ses ôdes - slowcore - aux grands espaces. Trois morceaux constituent cette session Daytrotter, voici mes deux préférés :
"River Guard" est un chant d'évadé, lancinant et intense, une guitare aussi expressive que celle de B.B. King, ce morceau s'écoute les yeux fermés. Prenons le temps de l'écoute, sachons admirer le paysage que Bill Callahan peint de ses paroles.
"Eid Ma Clack Shaw" est un magnifique morceau issu de son album Sometimes I Wish We Were An Eagle et cette interprétation est particulièrement convaincante. On traverse quelques collines en compagnie de Bill Callahan, ce vieux cowboy à la recherche du véritable chemin.
Lien afférent :
Article sur son album Apocalypse



Album Review : White Fence
" Family Perfume Vol. 1 & 2 "
White Fence. Deuxième Album Review pour White Fence cette année, après celle sur son album collaboratif avec Ty Segall, nommé Hair (article). J'en disais alors que White Fence est le "projet de Tim Presley, groupe souvent auteur d'un rock sauvage et sans concession, connus de la scène mondiale pour flirter sans équivoque avec un son sixties toujours plus rétro."
Family Perfume est le nouvel opus de White Fence sorti le 10 mai dernier, et comme Tim Presley avait composé plus de 80 morceaux, nous sommes gratifiés de deux volumes. D'un total de 29 titres, j'ai décidé de n'en garder que le meilleur et de vous présenter ainsi la crème de la Family Perfume, pour le reste, vous savez où vous reporter. Autant le dire d'emblée, la guitare électrique est la pièce centrale de cet opus. C'est un véritable festival de riffs qui s'abat sur l'auditeur, sans crier gare, sans pincettes ni retenue.
Ce double album est d'une créativité à faire pâlir tout les groupes de garage et autres psychés (à l'exception de Ty Segall, bien entendu). On y trouve une forte influence des Beatles autant que des Velvet Underground, sans oublier celle des Who, Kinks, Hollies ou même Simon & Garfunkel. Impossible de saisir l'essence de Family Perfume dès la première écoute. Courts et intrusifs, les morceaux sont aussi bruts que travaillés. Pour y voir plus clair parmi cet immense corpus de titres, place à la critique détaillée :
En somme, la présence des Velvet Underground marque les esprits. S'il est difficile de dire quel est le meilleur volume, on retient la présence de très bons morceaux dans chacun des deux, formant un ensemble tout aussi hétérogène qu'adroitement maillé. Dans l'ensemble, les voix usent de reverb' à ne plus en voir la fin, et la guitare, souvent saturée, fait elle état d'un psyché digne des années folles.
Le point faible de l'album est d'être trop lazy. Aucun titre ne sort véritablement du lot (mis à part, tout de même, les deux à l'écoute), certains sont à éliminer lorsque d'autres sont à regrouper, sans point culminant. En fait, beaucoup trop de titres sont présents, certains s'y perdent, s'y noient, et la sélection ici présentée eut été, à mon humble avis, plus pertinente. La quantité ne fait pas la qualité, toutefois, la qualité de certains morceaux ne doit pas nous échapper, White Fence produit une musique que l'on entend plus ailleurs, il faut savoir la conserver, l'apprécier à sa juste valeur.
Ce double opus fait définitivement de Tim Presley un artiste à suivre. Il ne nous reste qu'à attendre la sortie du prochain Ty Segall pour boucler la boucle Rock Garage/Psyché de cette année 2012, née de Hair, ce fabuleux opus que Family Perfume, en dépit de nombreuses qualités, ne parvient pas à surpasser.
(mp3) White Fence - Swagger Vets And Double Moon (Volume 1)
Note : 7,5 / 10 (barème)
Liens afférents :

(mp3) Muddy Waters - Mannish Boy

(mp3) The Tallest Man On Earth - 1904

(mp3) Noah - Tighten Up